Thévenoud, Delevoye... Avant Caroline Cayeux, ces ministres mis en cause par la HATVP qui ont démissionné

Caroline Cayeux à l'Élysée le 7 mai 2022. - Ludovic Marin
Caroline Cayeux à l'Élysée le 7 mai 2022. - Ludovic Marin

Le départ de Caroline Cayeux, dont la déclaration de patrimoine aurait été "sous-estimée" d'après les propos de l'ancienne ministre, n'est pas une première. Depuis la création de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) en 2013 dans la foulée de l'affaire Cahuzac, les ministres doivent déposer une déclaration de patrimoine et une déclaration d'intérêt. Retour sur ces membres de gouvernement qui ont dû quitter l'exécutif après avoir été épinglés.

• Thomas Thévenoud et sa "phobie administrative"

Thomas Thévenoud a été le premier à être mis en cause par l'HATVP, moins d'un an après son lancement. À peine nommé secrétaire d'État chargé du commerce extérieur en 2014, l'institution qui lance automatiquement une vérification sur la situation fiscale des ministres à leur nomination découvre que l'élu de Saône-et-Loire n'a pas réglé ses impôts depuis plusieurs années. Neuf jours après son arrivée au gouvernement, il est contraint à la démission - un record de brieveté jamais égalé depuis 1988.

Quelques jours plus tard, Le Canard enchaîné révèle que sa femme - alors collaboratrice du président du Sénat - et lui-même ont accumulé des impayés de loyer, des retard de paiement de cantine scolaire, de factures d'eau, de frais de kinésithérapie... Pour se justifier, Thomas Thévenoud évoque alors sa "phobie administrative" et se met en conformité avec le fisc. Il est définitivement condamné à un an de prison avec sursis et trois ans d'inéligibilité en 2019.

Autre cas qui a marqué le mandat de François Hollande: celui de Yamina Benguigui, qui a dû quitter le gouvernement, sans directement démissionner. Alors ministre de la Francophonie, la réalisatrice est soupçonnée en mars 2014 par la HATVP de ne pas avoir déclaré la vente d'une société dont elle était co-propriétaire et qui détenait 99% de sa société de production de films.

De quoi pousser le parquet de Paris à ouvrir une enquête préliminaire. Deux jours après, alors que Manuel Valls vient d'être nommé à Matignon, elle n'est pas reconduite à son poste. Elle a été condamnée en appel à un an d'inéligibilité, deux mois de prison avec sursis et 5000 euros d'amende.

• Laura Flessel et ses "raisons personnelles"

Nommée au gouvernement en 2017 au ministère des Sports, l'ancienne championne d'escrime démissionne un an plus tard pour "raisons personnelles", avançant "vouloir retrouver des engagements passés".

Le lendemain, Le Canard enchaîné révèle que son départ est lié à des vérifications menées par la Haute autorité qui pointe des "manquements déclaratifs concernant une société" gérant ses droits à l’image d’ancienne championne olympique, susceptible d’entraîner des poursuites judiciaires. Dans la foulée, l'administration fiscale avait jugé nécessaire de porter plainte contre la ministre alors en poste. L'enquête n'a pas abouti.

• Jean-Paul Delevoye et ses mandats "oubliés"

L'ancien président du Conseil économique et social est nommé Haut-commissaire à la réforme des retraites en 2017 pour plancher sur la future réforme à points promis par Emmanuel Macron pendant sa première campagne. Deux ans plus tard, il devient ministre du gouvernement d'Édouard Philippe.

Jean-Paul Delevoye est alors épinglé par le gendarme de la transparence pour ne pas avoir mentionné sa fonction d'administrateur bénévole au sein d'un des principaux organismes de formation dans le milieu des assurances. Or cette fonction, qu'il occupe alors depuis 2016, est susceptible de faire l'objet de conflits d'intérêts, puisque les professionnels de l'assurance sont très impliqués dans la gestion de l'épargne retraite.

Ces révélations tombent au pire moment, deux jours après une vaste mobilisation contre la réforme des retraites. Dans la foulée, Jean-Paul Delevoye affirme qu'il s'agit d'une "omission par oubli". Problème: le sexagénaire a également cumulé un autre activité, celle-ci déclarée. Il s'agit de la présidence d'honneur d'un think-tank, spécialiste des questions d'éducation. Pour cette fonction, il a perçu 64.420 euros net en 2018 et en 2019. Or, il est entré au gouvernement en septembre 2019, et la Constitution est formelle: "Tout emploi public ou toute activité professionnelle sont interdits aux membres du gouvernement durant leur mandat".

Les mauvaises nouvelles s'accumulent. Dans la foulée, plusieurs médias révèlent d'autres "oublis" de sa part. En réalité, l'ancien sénateur du Pas-de-Calais, cumulait 11 fonctions bénévoles.

Sous pression, et alors que ses difficultés ne lui permettent plus de défendre la réforme de la retraite à points, le Haut-commissaire, secoué par la polémique, présente finalement sa démission. L'Élysée fait savoir l'avoir l'accepté "à regret".

• Alain Griset, maintenu à son poste jusqu'à sa condamnation

Trois mois après la nomination de ce chauffeur de taxi au ministère délégué aux Petites et moyennes entreprises, en juillet 2020, la HATVP transmet le dossier d'Alain Griset au procureur de la République. En cause: la détention d'un plan d'épargne en actions (PEA) de 171.000 euros, ainsi que des participations directes dans plusieurs sociétés comme la Française des Jeux ou Natixis .

La somme de 130.000 euros placée sur son PEA et qui appartenait à la Confédération nationale de l'artisanat des métiers et des services du Nord, qu'il a dirigé pendant près de 20 ans, interroge également l'organe de contrôle.

En février 2021, deux enquêtes pour abus de confiance sont ouvertes et le logement privé du ministre à Bercy est perquisitionné. Maintenu à son poste, il présente finalement sa démission en décembre dernier, le jour de sa condamnation à six mois de prison avec sursis et une peine d’inéligibilité de trois ans assortie de sursis.

Article original publié sur BFMTV.com