Thauvin, l’homme qui revient de loin


Il y a 18 mois, Florian Thauvin ne quittait pas le banc de Newcastle. Aujourd’hui, l’attaquant olympien s’apprête à honorer sa première sélection en équipe de France. Une sacrée revanche pour le natif d’Orléans, dont les performances cette saison ont à juste titre attiré l’attention de Didier Deschamps.

Après plusieurs années en dents de scie, Florian Thauvin semble enfin avoir trouvé la bonne carburation, et s’est ouvert les portes de l’équipe de France

 

9 janvier 2016, Newcastle est mené à Watford, et voit ce 3è tour de FA Cup lui échapper. A quelques minutes du terme, Steve McClaren décide de lancer Florian Thauvin sur la lourde pelouse de Vicarage Road. Loin de l’encourager, les supporters des noir et blanc entonnent un chant sans ambiguïté à l’entrée de l’attaquant français. « Tu n’es pas digne de porter ce maillot », entend-on s’élever dans les travées du stade. Histoire de leur donner raison, le n°20 des Magpies rate l’immanquable à quelques secondes de la fin de la rencontre. En cette après-midi pluvieuse, le temps où l’ex-Bastiais se voyait remettre le trophée du meilleur espoir de Ligue 1 n’a jamais paru aussi loin…

Son idylle anglaise avait pourtant commencé de la plus belle des manières le 26 août 2015. Pour sa première titularisation face à Northampton, en League Cup, « Flotov » avait en effet gratifié St-James Park d’une reprise acrobatique que Zlatan lui-même n’aurait pas renié :

Et puis, plus rien. Quatre mois et demi d’apathie et de maladresse succèderont à cette fulgurance estivale. Relégué sur le banc dès le mois d’octobre, celui qui était arrivé dans le nord de l’Angleterre avec l’étiquette de star en devenir agrafée dans le dos, va sombrer encore plus vite que son nouveau club, pourtant transformé en bateau ivre.

Comment expliquer un tel naufrage, pour celui qui fut comparé à Eden Hazard, au terme de sa première saison dans l’élite hexagonale ? Pour beaucoup, l’ancien Marseillais n’a pas digéré son transfert en Angleterre. A commencé par Vincent Labrune, à l’origine de son départ forcé pour Newcastle. « Quand il est parti, pour des raisons économiques, il l’a vécu comme un crève-coeur, révélait l’ancien président de l’OM à nos confrères de L’Equipe, il y a quelques semaines. Il a accepté ce transfert parce qu’il est corporate, mais au fond de lui, il espérait que ça ne se fasse pas. C’est quelqu’un de fier, et il craignait une chose : ‘On va dire que je n’ai pas réussi à Marseille.’  C’est pour ça que dès la fin novembre, il a fait passer des messages pour revenir au club

Habitué à encaisser les coups

L’hiver venu, les Magpies ont ainsi dû se résigner à renvoyer l’ailier droit sur la Canebière, sous la forme d’un prêt avec option d’achat. Un douloureux constat d’échec pour le club anglais, qui avait déboursé 18M€ pour s’attacher ses services six mois plus tôt. Une aubaine pour Thauvin, bien décidé cette fois à briller sous la tunique blanche et bleue qu’il avait porté deux saisons durant, sans jamais parvenir à trouver réellement son rythme.

Son retour à la Commanderie n’a pourtant rien eu d’un come-back éclatant. Passé d’un vaisseau anglais en perdition à un Olympique à la dérive, l’Orléanais a dû en outre composer avec la concurrence d’un Cabella solidement arrimé au onze de départ. Résultat : 14 petits matchs et seulement deux buts en cinq mois de compétition. Pas de quoi éteindre la colère d’un public marseillais, dépité de voir son équipe aussi malmenée au Vélodrome. Mais pas de quoi entamer non plus la détermination d’un joueur résilient, habitué à encaisser les coups depuis ses 16 ans, âge auquel une fracture de fatigue au dos avait bien failli tuer dans l’oeuf sa carrière.

Sans trop en faire, sans trop en dire, Thauvin s’est donc remis au travail. Et force est de constater qu’aujourd’hui, cela paie. Exit, les déclarations à l’emporte-pièce, les escarmouches avec les supporters, et cette inconstance fébrile qui donnaient des maux de tête aux Ultramarines. Place à l’éloquence par le fait, et à la régularité. Plus avare de mots doux à l’endroit du club que de preuves tangibles de son attachement, l’attaquant laisse désormais parler le terrain. Résultat : dix buts et six passes décisives – témoignant d’un altruisme qu’on ne lui connaissait pas – sont venus sanctionner ses excellentes dispositions depuis le début de la saison. Flatteuses, ces statistiques ne suffisent pas à elles seules à rendre compte de l’impact du gaucher sur le collectif marseillais. Ainsi Thauvin est-il également le joueur qui centre le plus (165), qui dribble le plus (158), et qui effectue le plus souvent la dernière passe avant un tir de son équipe (45)*. Des données qui  dessinent en creux le portrait d’un ailier efficace, percutant, mais suffisamment lucide pour faire jouer les autres.

Un portrait que Didier Deschamps a lui-même esquissé lors de l’annonce de sa liste la semaine dernière, pour justifier la présence du joueur olympien à Clairefontaine : « Il est capable de faire des différences, de marquer et de faire marquer. Il fait preuve de beaucoup de régularité cette année. » L’hommage est à la hauteur du chemin parcouru. Reste désormais à s’en montrer digne.

*Source : Opta

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages