Thierry Tulasne, ancien entraîneur de Gilles Simon : « Un champion dans sa tête »

Thierry Tulasne et Gilles Simon, à l'entraînement à Roland-Garros en 2012. (N. Luttiau/L'Équipe)

Thierry Tulasne, coach de Gilles Simon de 2007-2012, revient sur son expérience avec un joueur qui a marqué le tennis français.

« Comment l'avez-vous trouvé à Bercy ?
On a retrouvé tout ce qui a fait sa force, avec sa capacité à jouer les points à fond. Avec son plan de jeu qui ne donne aucune solution à ses adversaires. Murray et Fritz ont cherché des solutions tactiques et à chaque fois ce sont les mêmes points qui se reproduisaient. Gilles ne ratait pas. Il jouait suffisamment long, il arrivait à placer des contres et c'est ce qui faisait toute sa force.

Pour revenir à sa carrière, il s'était mis petit à petit à faire ce que font beaucoup de joueurs quand ils vieillissent, à savoir gérer les matches, à ne plus jouer tout le temps à fond. Et là, sur ce dernier tournoi, il a dû se dire que sa seule solution était de jouer tout à fond avec les doutes sur son niveau de jeu... Ça lui a fait retrouver son fond de jeu, pour embêter un 11e mondial (Fritz), même s'il lui manquait son service des meilleures années. Et que les enchaînements de match ont fini par être difficile.


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Qu'est ce qui le rendait spécial ?
Il était spécial dans le sens où il adaptait son jeu à l'adversaire. Il ne lui donnait pas la possibilité d'avoir de prise sur lui vraiment, en fait. Gilles avait des solutions dans beaucoup de situations. Il arrivait à avoir ça grâce à ses jambes. Il courait tellement vite et longtemps... Sur un sprint de cinq mètres, il était vraiment rapide. Et c'était un champion dans sa tête. Mais c'est ce qu'il avait perdu, je trouve, quand on s'est séparé. On avait arrêté parce qu'il me disait : ''Thierry, je suis épuisé, je ne me sens pas capable de faire d'autres années comme ça en jouant tous les points à fond, en jouant en réaction et jamais en lâcher prise. J'explose mentalement, je ne peux plus continuer à faire ça...''

Et donc il a commencé à laisser partir ses coups, à jouer plus détendu et pour moi ça lui a fait perdre beaucoup de force. S'il avait fait encore une ou deux années comme ça dans les dix premiers, je pense que le relâchement, il l'aurait trouvé avec la confiance. Il n'a fait que deux ans dans les tout meilleurs, en 2008-2009, et quand il a commencé à être moins ''chien'' sur un court, c'est là qu'il a perdu les 5 ou 10 %...


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Que retenez-vous de lui ?
Un des faits marquants, c'est qu'il a battu tous les meilleurs du monde, en gagnant énormément des finales qu'il a jouées (14 sur 22). Et sur le plan humain, il a beaucoup de respect. Les échanges étaient très riches. Un défaut ? Sur la nutrition, il mangeait toujours la même chose et ce n'est pas forcément ce qu'il y a de mieux, avec les Chocapic le matin, deux croissants et son chocolat chaud (sourire). Ce que je me suis attaché à lui amener, c'est de l'enthousiasme pour entretenir la motivation. Car il jouait beaucoup de matches, beaucoup de tournois. Il aimait bien enchaîner pour garder la confiance... »


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