Timothée Clément, le jeune espoir français du hockey sur gazon

Timothée Clément s'était fait connaître en 2018, qualifiant l'équipe de France pour les quarts de finale de la Coupe du monde. (J. Vermeersch/L'Équipe)

Désigné meilleur espoir mondial de la saison en hockey sur gazon, le jeune Français de La Gantoise se concentre maintenant sur son Graal : les Jeux Olympiques à domicile, dans deux ans.

Briller dans un sport comme le hockey sur gazon n'autorise pas vraiment de rêves de fortune. Même quand on s'appelle Timothée Clément et que votre fédération internationale (FIH) vient de vous désigner meilleur espoir mondial de la saison, un trophée qu'aucun Français n'avait encore obtenu. « On ne se rend pas compte parce que le hockey n'est pas un sport populaire. Mais c'est un truc de dingue. J'espère que ça arrivera une deuxième fois pour un Français. Mais ce trophée, c'est comme gagner au loto », raconte le père du prodige, Guillaume Clément, longtemps recordman de sélections en équipe de France (164).

La récompense de ce ticket gagnant est cependant assez modeste. « Ça n'a pas changé grand-chose. J'ai juste eu une certification sur Instagram, c'est pas mal pour chercher des sponsors », relève simplement Timothée Clément. Le jeune international (22 ans) doit recevoir aujourd'hui son trophée à Colombes, dont le stade accueillera le tournoi olympique des Jeux de Paris 2024. Tournoi pour lequel la France, 11e nation mondiale, est qualifiée automatiquement. « Quand on commence le hockey, on sait que ça va être compliqué financièrement. On joue un peu pour le sport, pour l'amour du maillot. Mais quand tu l'as dans la tête dès le début, ça ne pose pas trop de problèmes. On ne se fait pas trop de fausses idées, comme les jeunes footballeurs », confie l'attaquant, grand fan du PSG, dont il ne rate pas un match.

En 2018, après avoir marqué le but de la qualification pour les quarts de finale de la Coupe du monde face à la Chine (1-0), le hockeyeur s'était même offert une célébration façon Kylian Mbappé, torse bombé et bras croisés. L'attaquant n'avait alors que 18 ans, mais le benjamin de l'épreuve avait annoncé à ses coéquipiers qu'il prévoyait un clin d'oeil à la star du Paris-Saint-Germain s'il parvenait à marquer...

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Accueilli à l'Insep pour son année de terminale, Timothée Clément a dû quitter prématurément la pension du bois de Vincennes en 2018, le hockey sur gazon ayant cédé sa place à des disciplines jugées plus prometteuses. Il y a deux ans, l'espoir du Cercle athlétique de Montrouge (CAM) a finalement décidé de s'expatrier, afin de se confronter à un Championnat plus compétitif avant les Jeux de 2024. Au regret de son entraîneur, Aymeric Bergamo, confronté à une fuite des talents (dix joueurs en trois ans), mais aussi de la présidente du club, ancienne internationale et... grand-mère de Timothée. « Très honnêtement, je ne pouvais pas dire grand-chose. Mais je ne vous cache pas que j'espère qu'un jour il reviendra jouer au CAM », confie Martine Clément, fringante septuagénaire, dont cinq petits-enfants jouent actuellement dans des sélections nationales.

« Ça a été compliqué de l'annoncer, il a fallu lui expliquer longuement, mais elle l'a compris », plaisante Guillaume Clément. Comme la plupart des internationaux français, Timothée Clément joue en Belgique, la nation championne du monde. L'étudiant en kiné a opté pour le Championnat belge, l'un des plus relevés au monde même si les salaires sont moins élevés qu'aux Pays-Bas (entre 1 000 et 3 000 € par mois pour les meilleurs étrangers). Depuis cette année, il joue pour La Gantoise, où il peut mener de front sa carrière de joueur et ses études. Logé dans un petit appartement situé sur le domaine du club, avec son petit frère Mathis, « Timo » peut aussi se rendre facilement aux séances d'entraînement hebdomadaires de l'équipe de France, organisées à Waterloo, au sud de Bruxelles, et au Creps de Wattignies, près de Lille.

Doté d'un gabarit remarquable (1,93 m), Timothée Clément se distingue aussi par une habileté rare, qui lui permet de marquer régulièrement des buts spectaculaires. « C'est un enfant né avec une crosse, il joue au hockey depuis sa naissance », témoigne Aymeric Bergamo. « Physiquement, il est déjà fort. Il arrive à jouer avec son corps. Il a vraiment l'instinct du buteur aussi. Comme il a joué longtemps au tennis, il sait très bien se placer », juge quant à lui le sélectionneur de l'équipe de France, Frédéric Soyez. Mais pour Aymeric Bergamo, son formateur à Montrouge, il se démarque surtout par son tempérament. Aujourd'hui très à l'aise sur les penalties corners, une phase de jeu arrêtée primordiale en hockey, le jeune homme a d'abord dû persuader son entraîneur en moins de 21 ans qu'il pouvait s'imposer dans l'exercice. « C'est un geste très éprouvant physiquement, où il y a beaucoup de blessures, donc je n'étais pas hyper chaud, explique Aymeric Bergamo. Il est venu me voir à l'Insep, alors qu'il était encore en moins de 18 ans. Il a eu l'intelligence de décider ça. Les joueurs importants, souvent ils décident... »

Auteur de quinze buts en six matches lors de la Coupe du monde des moins de21 ans l'an dernier (la France avait fini troisième), le lauréat de la FIH doit évidemment son trophée à sa performance individuelle. Mais le capitaine de la sélection française a aussi révélé des qualités de leader, dans un contexte compliqué par une préparation réduite en raison de l'épidémie de Covid. Avant le tournoi, Timothée Clément avait par exemple demandé à ses coéquipiers de ne pas boire une goutte d'alcool durant deux mois. « Il a appelé tous les joueurs en leur disant "Maintenant, on a une échéance, on a un coup à jouer, on joue tous le jeu." Ils l'ont écouté et ils ont ramené cette médaille de bronze », raconte Guillaume Clément. « Ce qui me rend le plus fier dans sa progression, c'est sa capacité à encaisser la pression, à prendre le leadership et à assumer sa position, ajoute Aymeric Bergamo. C'est rare, des joueurs qui assument leur talent. »

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« Si on avait fini sixièmes de la Coupe du monde, je n'aurais jamais eu cette distinction-là. Ce n'est pas qu'une récompense individuelle, tempère Timothée Clément. Je reste les pieds sur terre. J'ai encore une carrière d'adulte à entamer et maintenant il va falloir assumer d'avoir eu ce prix-là. C'est peut-être le plus compliqué. » « La médiatisation en hockey sur gazon est relative, rappelle Aymeric Bergamo, mais quand tu reçois tout le temps des messages sur les réseaux sociaux, disant "t'es le meilleur", "the GOAT"... toutes ces conneries, à un moment, ça peut avoir un impact. Je lui souhaite surtout de gagner des titres. De faire ce que, malheureusement, on n'a jamais fait dans le hockey français, avoir des médailles et des titres dans les compétitions internationales A. »

Alors que l'équipe de France n'a participé à aucun tournoi olympique depuis 1972, Timothée Clément peut rêver d'une médaille en 2024, aux Jeux de Paris. « Il est déjà haut, mais ça ne lui suffira pas, je le sais, raconte son ancienne camarade de l'Insep, Sonia Ouchene, footballeuse au Stade de Reims (D1). On se confie souvent sur ce sujet-là. Les Jeux Olympiques c'est son objectif. » « Pouvoir faire des Jeux Olympiques devant ses amis, sa famille, c'est le Graal pour tout athlète, rappelle Timothée Clément. Ça va être fou. » Jusqu'ici, le fils de Guillaume aspirait surtout à « suivre les traces de (son) papa ». À 22 ans, c'est désormais lui qui ouvre la route.