TJ Parker (Asvel) avant d'affronter Monaco en Euroligue : « Le moment parfait »

TJ Parker, l'entraîneur villeurbannais, veut croire au réveil des siens à l'aube d'un mois de décembre très relevé. (A. Martin/L'Équipe)

L'entraîneur du champion de France appréhende avec un esprit toujours conquérant la période difficile que son équipe traverse à l'heure de retrouver Monaco, son rival en Betclic Élite, ce jeudi soir (20 heures) en Euroligue. Il voit même dans ce match l'opportunité de faire basculer une saison en danger du bon côté.

TJ Parker plonge sa main dans l'un des tiroirs noirs du bureau posé derrière son espace de travail. Sur le meuble, une photo enamourée de lui et de sa femme Najla. Entre une boîte jaune pleine de barres chocolat-amande-miel Balisto - « C'est TP qui mangeait ça tout le temps, gamin. Maintenant c'est pour les enfants », s'esclaffe-t-il - et quelques dossiers, l'entraîneur de l'Asvel (38 ans) extrait un classeur bleu, qu'il se met à feuilleter. Des systèmes de jeu, des profils de joueurs, avec leurs points forts et points faibles, leur évolution en cours de saison, les « plays » où ils excellent.

Un mois de décembre infernalSur le bureau, des feuilles éparses, certaines griffonnées, d'autres blanches. « Je suis à l'ancienne. Papier, stylo. C'est l'endroit où je passe le plus de temps », sourit le coach du triple tenant du titre de champion de France - les deux derniers conquis sous sa direction, tout comme la Coupe 2021.

Cela n'empêche pas sa formation, qui accueille jeudi Monaco dans le cadre de la onzième journée d'Euroligue pour un remake de la finale de Betclic Élite, d'être dans la tourmente après un mois de novembre marqué par cinq défaites de suite.

Le problème ? Ces revers sont intervenus, souvent dans les dernières minutes, contre des équipes en théorie à la portée de Villeurbanne - Kaunas 76-93, Étoile Rouge 67-71, Munich 74-75, Panathinaïkos 58-77 - à un moment où le club aurait dû faire le plein. Car décembre s'annonce infernal, - 11 matches en Euroligue et Championnat, deux contre Monaco (où le club, après le duel de jeudi, se rendra le 6 décembre en Betclic Elite), déplacements à Madrid, Barcelone, Limoges, réception d'Olympiakos, du Partizan...

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Et voilà Villeurbanne 15e (ex aequo avec Berlin, Munich et Milan, 3-7), plongé dans le doute, surtout au vu du visage anémique présenté à Athènes. La victoire étriquée sur un Pau décimé cette saison, dimanche (91-79), n'a que modérément rassuré.

Pointé du doigt, comme régulièrement depuis sa prise de fonctions, malgré ses résultats, prolongé jusqu'en 2026 par son président (son frère Tony Parker), TJ Parker a accordé à L'Équipe un entretien en sus de la session presse de rigueur de la fin de matinée, mercredi.

« Le match contre Monaco peut-il, doit-il être un déclic ?
La victoire contre Pau a fait du bien sans faire oublier les trois matches qu'on aurait dû gagner... C'est un succès, mais il en faut plus pour reconstruire la confiance, le mental. Contre les grosses équipes, par exemple Monaco, ça pourrait faire basculer notre saison. C'est le moment parfait. Dans le jeu, cela passe par se donner à fond en termes d'intensité, défense, de retrouver un basket où on parvient à se passer la balle et à trouver de bons tirs sur tout un match, pas juste par séquences.

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Vous avez failli plusieurs fois dans les fins de rencontres. Que s'est-il passé et quelle est la responsabilité du coaching staff dans ces contextes sous tension ?
Le coach, les assistants, bien sûr, on peut être concernés par certains choix, mais c'est un problème global. On détermine des options tactiques. Puis, si après il y a des oublis, à cause d'un manque de concentration, ou si l'on est victimes de coups de sifflet on va dire un peu durs (TJ Parker pense sans doute à deux décisions litigieuses, lors de la défaite à Dijon -90-95- et contre Munich), cela devient difficile. On va progresser pour faire les stops qu'il faut.

Le manque d'expérience en Euroligue d'une partie de l'effectif (cinq rookies) est-il une explication ?
Le haut niveau se joue sur des détails. Il y a les choses qu'on voit, qu'on scoute et après, dans un match, on est tous humains, il y a des erreurs. Il faut en réduire le nombre. Cette équipe est encore jeune. L'effectif a besoin d'apprendre à se connaître. Et ce qui manque à beaucoup, c'est aussi de connaître les joueurs en face. On a beau le répéter en vidéo, prévenir, ils ne saisissent le véritable niveau qu'une fois qu'ils le vivent en direct.

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Des tensions au sein du club et du vestiaire sont rapportées en coulisse. Quel est votre ressenti ?
Quand tu perds, il y a toujours des tensions, de la frustration. C'est normal que des joueurs soient agacés par certaines choses. Notre job est de garder tout le monde focus sur le prochain match. Il y en a tellement... Mon bureau est toujours ouvert, pour tous. Je dialogue beaucoup avec nos leaders (De Colo, Lauvergne, Lighty, Kahudi). Mais l'atmosphère ne m'a pas semblé mauvaise. Le groupe vit bien. Les mecs ont envie d'y arriver, ce sont de bons gars. En match, il faudrait même qu'ils soient parfois un peu plus méchants. Après, c'est sûr qu'il nous faut apprendre plus vite, à savoir construire nos matches et à gagner.

N'y a-t-il pas un problème de construction d'équipe depuis le début, avec le manque identifié d'un poste intérieur ?
L'équipe qu'on a est l'équipe qu'on a. On voulait ajouter un joueur plus vite que prévu, mais ce ne sera pas le cas pour l'instant et on ne peut pas se concentrer là-dessus. Il faut s'occuper des treize qui sont là, trouver des solutions.

L'Asvel a-t-elle besoin d'un renfort ?
Bien sûr. Mais il nous reste deux contrats (sur les 16 autorisés par la LNB). Tu ne peux pas te rater. Il faut un mec qui va changer la donne, comme en 2016 et 2019 (Casper Ware et Adreian Payne). Le profil ? Alex Tyus est expérimenté, il y a Youss Fall et, au moins dans le cadre du Championnat, j'aime bien ce que peut proposer Yves Pons par séquences au poste cinq malgré sa taille (1,98 m). Nous cherchons plus un ailier-fort qui puisse se décaler à l'aile, un 4-3.

Malgré les résultats récents et le visage parfois inquiétant de l'équipe, Tony Parker, dans le Progrès, a dédramatisé. L'Asvel n'est jamais en crise ?
Pour moi, il n'y a pas de crise. Pour Tony non plus, qui sait que toutes les années ne se ressemblent pas, que des périodes comme celle que l'on traverse arrivent. Il va de l'avant, ne regarde pas en arrière. On est dans un club où on sait qu'il faut gagner. Ce qu'on a beaucoup fait depuis qu'il l'a repris. Et les moments difficiles, l'an dernier, ne nous ont pas empêchés d'y parvenir.

Vous êtes souvent pointé du doigt dès que les choses se gâtent. Comment gérez-vous cela ?
J'ai vécu avec ça toute ma vie. Ce qui compte, c'est de s'entourer de personnes qui sont là pour toi dans les moments les plus difficiles. Je ne peux pas m'arrêter sur ce que les gens disent, j'ai autre chose à faire. Je me concentre sur le quotidien et le fait d'avancer.

Un entraîneur vit en permanence sur un siège éjectable. Pensez-vous que votre poste puisse être menacé si les défaites continuent de s'accumuler ?
Je ne pense pas à ça. Cette instabilité vient avec le métier. Tu es une sorte de patron, mais en même temps toujours la cible. Tu dois vivre avec des choses, sur et hors terrain, que tu ne contrôles pas. Sur mes deux ans, on a ramené trois trophées. Je ne crois pas que Tony me juge sur un mois. »

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