Tour d'Italie: avec l'Érythréen Biniam Girmay, l’histoire s’écrit au sprint

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Vainqueur de la 10e étape du Giro, à Jesi, dans un sprint de costauds qui l’opposait notamment au Néerlandais Matthieu van der Poel, l’Érythréen Biniam Girmay est devenu à 22 ans le premier cycliste noir africain à s’imposer sur l’un des trois Grands Tours (Italie, Espagne, France). La confirmation éclair d’un talent immense aux limites encore inconnues.

De notre envoyé spécial à Jesi,

Le téléphone de Valerio Piva n’a pas fini de sonner. Depuis le départ du Giro, le directeur sportif italien de l’équipe Intermarché-Wanty-Gobert reçoit des coups de fil de toute la « Botte », des félicitations pour ce « Bini » qui épate l’Italie et la planète cycliste. Biniam Girmay, le surdoué d’Érythrée, vice-champion du Monde en titre et vainqueur de la classique belge Gand-Wevelgem fin mars, était venu en Italie pour apprendre la science des Grands Tours, aujourd’hui il fait la leçon.

« C’est un talent pur, comme Peter Sagan ou Tadej Pogaçar, qui ont été capables de gagner dès leurs débuts sur des courses majeures, explique Valerio Piva. Avec lui, pas besoin de répéter deux fois la même chose : il regarde, il comprend, il absorbe, bref c’est un champion. »

Un champion adoubé par les siens : « Je suis impressionné par son sens de la course et du placement », glisse le Néerlandais Mathieu Van der Poel, superstar du peloton et rival de l’Érythréen sur ce Giro. « Il est né sur un vélo », abonde son coéquipier Rein Taaramae. Vainqueur, lui aussi, d’une étape du Tour d’Italie, en 2016, le grimpeur estonien avait remarqué ce coureur rapide et élégant sur le Tour du Rwanda 2020, qu’ils disputaient alors dans deux équipes différentes.

« Une rockstar » du peloton

« Il y a beaucoup de coureurs de talent en Afrique, mais lui était au-dessus du lot », poursuit Taaramae. « Biniam n’a pas le plus gros moteur du peloton, pour l’instant je ne le vois pas faire des longs raids solitaires comme Julian Alaphilippe, mais il est résistant. C’est très dur de le faire "sauter" » (décrocher de sa roue, NDLR)Et s’il arrive à garder le contact jusqu’au sprint, Girmay, très doux dans la vie, se mue en vrai chasseur. « Même quand on joue à des petits jeux, il déteste perdre », assure le réalisateur belge Lieven Corthouts, qui prépare depuis cinq ans un documentaire sur le destin du coureur érythréen.

Devenu avec le temps son confident, Corthouts décrit comme tout le monde un « Bini » « tranquille, drôle, décontracté, toujours avec le sourire ». La pression pourtant est immense : héros dans son pays, attendu comme le messie par les amoureux du cyclisme africain et nouvelle coqueluche médiatique en Europe, l’Érythréen est passé en quelques mois d’un relatif anonymat aux grandes lumières médiatiques. « C’est une rockstar » résume son coéquipier, compagnon de chambre et ange-gardien dans le peloton, Loïc Vliegen. Une « rockstar » qui a besoin de faire des pauses dans ses tournées. Dès qu’il le peut, Biniam Girmay retourne voir sa famille Érythrée, où les sollicitations sont moins pesantes.

Un diamant à protéger

Avec lui, l’équipe Intermarché-Wanty-Gobert, où Girmay a gagné en moins d’un an ses galons de leader et le respect général, prend beaucoup de précautions. Ses résultats, sa personnalité, le vent de fraîcheur et de nouveauté qu’il apporte dans le peloton, sont une mine d’or pour dénicher de nouveaux financements. Son contrat a récemment été prolongé de quatre ans, une durée exceptionnellement longue dans le monde du cyclisme. Logiquement, la communication le met souvent au premier plan, tout en essayant de trouver le bon dosage : « C’est un "capital" important par rapport aux sponsors, mais il faut le gérer, faire attention à ne pas le brûler en un an », explique le directeur sportif Valério Piva. « On essaye de faire le tri dans les demandes, parce que Biniam commence à sentir le poids de tout ça », poursuit-il.

Continuer à grandir tout en gardant son insouciance, sa spontanéité, ces qualités naturelles précieuses en course et dans un groupe : l’équilibre n’est pas évident à trouver, mais on parle là d’un garçon hors norme, un talent aux réserves encore inconnues. « Sur certains points, comme la nutrition, il est encore un peu amateur, il n’écoute pas toujours les conseils », charrie son coéquipier Rein Taaramae, « mais d’un autre côté, ça veut dire qu’il peut encore progresser. »

Jusqu’où ? Quand on lui demande s’il peut se comparer aux « ogres » Wout Van Aert et Mathieu van der Poel, Biniam Girmay perd pour la première fois son sourire. La réponse fuse : « Je veux faire du Bini ». Et ça nous suffit amplement.

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