Le trail a changé de dimension en 2022

La belle image de l'UTMB 2022 : Kilian Jornet et Mathieu Blanchard, sous l'arche d'arrivée après près de 20 heures de combat sur les sentiers du massif du mont Blanc. (UTMB)

D'un UTMB aux airs de grand-messe annuelle de l'outdoor jusqu'à l'arrivée sur les plus grandes courses d'athlètes en provenance des pays africains en passant par des circuits de trail qui continuent de monter en gamme, le trail et l'ultra-trail semblent avoir changé de dimension en 2022. Explications.

L'UTMB, un des plus grands événements outdoor au mondeQue l'UTMB ne ressemble plus vraiment à l'ultra-trail à côté de chez vous, cela fait quelques années que ce n'est pas une nouveauté. Mais l'arrivée d'un nouvel investisseur (Ironman) et d'un nouveau sponsor titre (Hoka One One) ont fait passer l'événement déjà planétaire dans une nouvelle dimension.

lire aussi : L'actu du trail et de l'ultra-trail

Merchandising ostentatoire sur un Salon du trail, ultra-visibilité des marques partenaires (Hoka One One en tête) et ambush marketing des autres (il y avait bien un bus aux couleurs de The North Face qui tournait à vide dans la ville), des médias de plus en plus présents (460 médias accrédités venant de 34 pays et un impact médiatique, selon l'UTMB, deux fois plus important que lors de l'édition 2021, qui avait déjà pulvérisé tous les records)... L'UTMB, cette année, ce n'était pas qu'une course au scénario fantastique et une pluie de records. C'était aussi du business.

Un Championnat du monde qui porte (enfin) bien son nomSouvent boudés par les meilleures athlètes de la discipline qui choisissent pour certains d'arborer d'abord le maillot de leur équipementier avant celui de leur équipe nationale, les grands Championnats ont parfois eu des allures de course de seconde zone. Cela a encore été le cas pour les Championnats de France de trail 2022 dans le Cantal, placés au même moment que la mythique Zegama-Aizkorri dans le Pays basque espagnol fin mai, ce qui illustre l'incohérence d'un système entre organisateurs privés et fédéraux qui ont parfois des difficultés à s'entendre. Et, ce, au détriment des athlètes contraints à des choix cornéliens.

En choisissant la Thaïlande et le mois de novembre, les organisateurs du Championnat du monde de trail 2022 (en commun entre trois fédérations, l'ITRA, la WMRA et l'IAU) se sont eux assurés la disponibilité de la plupart des athlètes internationaux, à commencer par le champion du monde de Long 2022, le vainqueur de la Western States, l'Américain Adam Peterman, et de la championne française Blandine l'Hirondel, vainqueure chez les femmes. Une vraie réussite.

Des circuits de trail qui montent en gammeUn des freins au développement de la médiatisation du trail running est assez évident : la multiplicité des circuits et des fédérations internationales impliquées dilue l'élite de la discipline sur un grand nombre d'épreuves chaque année, ce qui pose des problèmes de densité sur certaines épreuves. Face à ce constat, se lançait en 2018 la Golden Trail World Series, visant à fédérer les plus grandes courses de trail au monde sous une même bannière et d'appâter les athlètes avec près de 300 000 euros de primes.

Un circuit qui a encore pris de l'ampleur cette saison, emmené par sa tête d'affiche, le Suisse Rémi Bonnet. Mais c'était sans compter sur un sursaut d'orgueil du circuit concurrent de la GTWS, celui de skyrunning, qui vient, lui, d'annoncer un montant de gains pour les athlètes record pour 2023 : 100 000 euros dont 20 000 euros pour le seul vainqueur.

L'arrivée des coureurs africains dans le trailCe n'est pas non plus une nouveauté. Il y a depuis longtemps de forts coureurs provenant de pays d'Afrique sur les plus grandes courses, notamment la plus relevée et dotée, Sierre-Zinal. Mais cette année, un tournant semble s'être amorcé sur cette tendance, notamment sur les courses de la Golden Trail World Series. À commencer par Sierre-Zinal qui a été remportée par deux coureurs kenyans, Esther Chesang chez les femmes et Mark Kangogo chez les hommes (ce dernier a finalement été déclassé car contrôlé positif à la Norandrostérone et au Triamcinolone Acetonide, un corticoïde, deux produits placés sur la liste des produits dopants).

Cet incident ne semble pour le moment qu'un cas isolé dans le milieu du trail, quand les bonnes performances des coureurs en provenance d'Afrique, elles, se multiplient, comme l'atteste l'impressionnante saison de Robert Pkemboi (Kenya) plusieurs fois dans le top 5 de la GTWS cette saison, tout comme le Marocain Elhousine Elazzaoui qui a lui trusté plusieurs podiums sur ce même circuit. Est-ce le début d'une nouvelle ère en tête de peloton des grandes courses de trail ? Affaire à suivre.