Triathlon - Ça donne quoi le XTerra Tahiti sans préparation ?

L'Equipe.fr

« Ça te dit d'aller courir un XTerra à Tahiti ? » - « C'est quoi exactement un XTerra ? » « C'est un triathlon avec 1,5 km de natation, 30 km de VTT et 10 km de trail » - « Mais je n'ai jamais fait de VTT ? » - « Et alors ? » - « Hum, ok. » Adrénaline n'est pas farouche : nous nous sommes embarqués dans cette drôle d'aventure tropicale. Le résultat ? Un avant-goût des enfers, au coeur d'un paradis terrestre.Nombreuses sont les « fausses bonnes idées », qui prennent leur source dans les effluves éthylées d'un comptoir de bar. « Au fait, on a reçu une proposition. Ça te dit d'aller courir un XTerra à Tahiti ? » L'inconscience d'une fin de soirée a fait le reste. Mais ça, vous le saviez déjà.Parce que en vrai – et c'est en tout cas la teneur de la discussion qui a suivi cette décision hâtive – ce n'est pas si terrible un XTerra. Non ? 1,5 km dans l'eau, 30 km à rouler et 10 km sur les sentiers. Ce n'est ni plus ni moins que trois petites séances d'entraînement, mises bout à bout. Pour un coureur habitué aux efforts d'ultra-endurance, voilà un défi qui se relève sans trop d'appréhension. Non ? Et puis c'est à Tahiti, comment refuser ça ?... Non ?Pourtant, certains indices auraient dû nous mettre la puce à l'oreille. Une discussion avec le directeur tahitien de la course, au sujet d'un prêt de VTT... « Mais tu n'as pas de VTT à Paris ? » - « Ben, pas vraiment » - « Pas vraiment ? » - « Et bien, je ne suis pas vététiste » - « Ah... Et bien tu es courageux alors ! » - « Euh, pas spécialement pourquoi ? ».Ou cette vidéo de l'édition 2015, où des participants - recouverts de boue - n'avaient pas de mots assez forts pour décrire la démence du parcours VTT.Il y avait bien des signaux. Mais vous savez ce que c'est, on se dit toujours que les misères n'arrivent qu'aux autres. Alors, samedi 6 mai 2017, nous avons bien pris le départ.8h57. Baie d'Opunohu, sur l'île de Moorea. Le cadre est surréaliste. Les montagnes verdoyantes de l'île se reflètent dans l'eau azur des profondeurs polynésiennes. Au loin, on devine les nageoires d'un groupe de dauphins. Départ dans moins trois minutes. On saute dans l'eau à 28° de la baie, au milieu des pirogues tahitiennes, ces Va'a chargées de Tahitiens souriants armés de leurs percussions. Le premier objectif est simple : rejoindre la côte, que l'on devine tout là-bas, à un kilomètre et demi exactement.Laborieuse natation. Elle n'avait pourtant rien de compliqué. Il suffisait de taper droit en face. Mais quand la préparation dans l'eau se limite - cette année - à une séance par semaine à la piscine de Boulogne-Billancourt, la navigation n'est plus exactement une science exacte. Cette matinée va être longue.La sortie de l'eau est lamentable. Les idées sont loin d'être claires. Déjà un peu d'exaspération. Quel amateurisme. Ma montre m'indique 1750 m de natation, au lieu des 1500 m du tracé. Bravo champion. Vite, vite, il faut récupérer du temps sur la transition. Le casque est de travers, les chaussures sont mal lacées. Mais ce n'est pas grave. Chaque seconde est bonne à prendre, pour me convaincre que j'ai encore quelque chose d'un triathlète.Et c'est parti pour le VTT. Comment ça marche déjà ce truc ? Le premier kilomètre de route me permet de tester les rapports, d'essayer de comprendre à quoi sert cette petite manette sur ma gauche (un truc qui joue avec les suspensions j'ai l'impression). Et on prend déjà un chemin de traverse. Trouver le cheminement optimal, éviter les trous et... faire attention de ne pas percuter les vrais vététistes, qui ne s'embarrassent pas de politesses pour laisser les débutants sur le bas-côté.So far, so good. Le rythme cardiaque redescend. Les paysages sont magnifiques : nous roulons sans ménagement dans une jungle unique au monde. Ce n'est finalement pas si terrible le VTT. Idiot. Une rivière mal anticipée, à peine 2 minutes plus tard, me rappelle à l'ordre. Le pilotage, ce n'est pas inné, la chute n'était vraiment pas loin. Des rivières de ce type, nous en traverserons une bonne dizaine. Les single tracks deviendront sinueux, entravés par d'énormes racines. Il faudra poser le pied au sol, souvent. Mais ce n'est pas très grave : progresser dans ce tableau merveilleux est à ce prix.Le vrai problème, c'est la chaleur. Etouffante. Les coups de chaud ne tardent pas, malgré les nombreux ravitaillements. Les bénévoles sont des anges et anticipent nos besoins. Toujours souriants. Mon cocktail gagnant ? Un seau d'eau sur la tête, deux gobelets d'eau et un gobelet de soda. On peut repartir. Et finalement retrouver la zone de transition.Enfin ma zone de confort. 10km de trail. De quoi lâcher les chevaux sans retenue. Sur les deux premiers kilomètres tout du moins. Car cette satanée chaleur est toujours bien pesante. Les coups de chaud sont de retour. Cloué sur place. L'enfer. On reprend le rituel du ravitaillement, en espérant des jours meilleurs. C'était sans compter le sentier des anciens. Marche après marche sur 300m de dénivelé, jusqu'au « belvédère ». Lieu merveilleux, qui porte bien son nom, et qui signe surtout le début de la fin : une longue descente rapide vers l'arrivée.Sur la ligne, le chrono indique 4h11. La performance frôle le ridicule. Mais l'expérience fut grandiose. Le XTerra Tahiti mérite le détour. Même si ce détour signifie 22h dans l'avion.

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