Ultra-cyclisme : les difficultés de la Race Across France expliquées

Le parcours le plus dur est long de 2 500 km pour 43 000 m de dénivelé. (Race Across France)

Devenu un rendez-vous incontournable de l'ultra-cyclisme dans l'Hexagone, la Race Across France, qui traverse le pays du Nord au Sud, démarre le 18 juin, avec son itinéraire le plus extrême. Pour ses participants, le défi est immense.

Annualisée, la « Race Across France » revient ce samedi pour une cinquième édition. En 2018, pour la grande première, ils n'étaient que 42 à prendre le départ. Cette fois, inspirés par la réussite des précédentes, ils seront près de 1 000 participants à repousser leurs limites sur les routes hexagonales. Pour les plus courageux - il existe d'autres itinéraires, plus courts ou plus simples pour ceux qui le veulent -, le départ se fera le 18 juin du Touquet pour rallier Mandelieu-la-Napoule, après 2 500 km d'effort en solitaire et sans assistance, sur des routes non banalisées. Un authentique exploit que décrypte Arnaud Manzanini, créateur de la course.

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La préparation, un indispensable

Si le départ a lieu dans quelques heures, la course a véritablement commencé depuis plusieurs mois. À l'inscription, les participants ont pris connaissance du tracé, auquel il a fallu se préparer, en reconnaissant ses arrêts et ses ravitaillements. « Se préparer à une épreuve comme celle-là, c'est sacrifier six à dix mois de sa vie, analyse Manzanini. Ce n'est pas juste prendre son vélo et pédaler. Pour une épreuve qui va durer entre six et neuf jours, il faut que les 72 premières heures soient parfaitement prévues - savoir où manger et dormir - pour pouvoir se concentrer sur son effort. »

L'effort physique, une brûlure permanente

Comme les ultra-marathoniens, les ultra-cyclistes poussent leur corps aux limites, engendrant des souffrances incomparables à une sortie cycliste classique. « C'est une douleur aiguë, permanente. Les genoux vous brûlent, les pieds aussi, parce qu'ils sont gonflés avec des oedèmes », tente d'expliquer l'organisateur. Avec l'expérience, elle devient toutefois plus supportable. « Dans l'ultra distance, on apprend qu'il faut chercher le confort, pas la performance pure : on modifie sa position pour avoir moins mal aux genoux, on prend des chaussures une pointure au-dessus... »

Arnaud Manzanini

« Vous allez probablement pleurer sur le vélo, mais après ce genre d'épreuve, on sait qui on est vraiment »

La fatigue, un « supplice »

Plus que la douleur, c'est le manque de sommeil qui pèse le plus sur les organismes en fin d'épreuve. Sur la distance reine, les concurrents disposent de dix jours pour terminer dans les délais, ce qui implique un repos très court. « C'est une torture, tranche Manzanini. Ça fait sauter tous les filtres et ça vous fait vivre toutes les émotions d'une vie. Ce que je conseille, c'est de choquer son corps en amont, de l'habituer à rouler tôt le matin ou tard le soir, le préparer à souffrir. Mais il y a toujours une phase d'adaptation, ça ne se passe jamais si facilement que ça. »

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La solitude, le principal risque d'échec

Dans des conditions aussi extrêmes, le mental est rudement mis à l'épreuve. D'autant que la course se déroule sans assistance, ce qui implique que les participants roulent en solitaire, sans avoir le droit à l'aspiration ni à la compagnie d'un autre. « C'est incomparable avec une course classique, avance Manzanini. La solitude vous fait tout remettre en question, il y a beaucoup d'introspection. On n'est plus le même à la fin, même le premier café est différent. Le mental, c'est le principal risque de ne pas terminer. Il m'est arrivé d'avoir des appels de coureurs qui étaient à 70 km de l'arrivée et qui me disaient abandonner, alors qu'ils avaient déjà fait 2 500 bornes... »

Les imprévus, le sel de la course

Disputée sur des routes ordinaires empruntées par des automobilistes, ponctuée par des arrêts à l'hôtel ou au supermarché, la « Race Across France » est une course du quotidien et des aléas qui vont avec. Comme pourrait en témoigner le coureur qui a dû marcher pendant 10 km dans un col afin de louer un nouveau vélo pour finir la course, ou cet autre qui a chuté lourdement après avoir percuté un blaireau mais a quand même tenu à finir dans les délais... « En 2 500 km, il y aura forcément des péripéties. Vous allez probablement pleurer sur le vélo, mais après ce genre d'épreuve, on sait qui on est vraiment », conclut Manzanini. D'ici dix jours, 1 000 courageux auront à leur tour leur épiphanie.

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