Vélo Mag - Alt Tour - Lachlan Morton : un Tour dans ses sacs

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Lachlan Morton est membre de l'équipe EF Education-Nippo, mais c'est en autonomie qu'il parcourt le Tour de France - transferts compris ! Il entend bien rallier Paris avant ses collègues : c'est l'Alt-Tour. Longtemps le cyclisme s'est confondu avec le Tour de France. Mais aujourd'hui on le sait, les pratiques et le public se diversifient, les frontières entre les disciplines tendent à s'effacer (après tout, Mathieu Van der Poel, sans conteste le plus grand des champions en exercice, en est la preuve vivante). Cette extension du champ cycliste est une aubaine pour les sponsors, et une ressource inépuisable en matière de storytelling. EF (Education First) et Rapha l'ont bien compris, qui, à travers un partenariat signé en 2019, se sont donné pour objectif de « révolutionner la manière dont le cyclisme professionnel est perçu », dit le communiqué de presse, et de se « concentrer sur la présentation de coureurs inspirants et charismatiques », dussent-ils pratiquer un peu en marge des courses traditionnelles. Il s'agit donc de communiquer aussi bien sur le Tour et les courses World Tour, que sur des courses d'ultra-endurance ou de gravel. Cette redistribution des valeurs, qui est évidemment le reflet de la demande, a trouvé en Lachlan Morton un ambassadeur de choix. Membre de l'équipe EF Education-Nippo, l'Australien s'est attiré la lumière une première fois en juin 2020, alors que le cyclisme mondial tournait au ralenti pour cause de pandémie, portant le record de l'Everest Challenge (qui consiste à cumuler le plus rapidement possible un dénivelé positif de 8 848 m) à 7h 9 minutes et 57 secondes. Pour établir cette étonnante performance, le grimpeur avait choisi une méthode originale : escalader 42 fois une côte de 1,9 km à 11 % de pente moyenne. Depuis lors, Morton a baladé son gabarit filiforme sur toutes sortes de défis originaux, au fil desquels le petit grain de folie qui le caractérise est apparu comme une mine d'or en termes de communication. Plus inspirant, tu meurs ! Le Tour + les transferts = l'Alt Tour Mais c'est le Tour de France, encore lui, qui sert d'arrière-plan à son idée la plus dingue. Soucieux de renouer avec « les origines du cyclisme », Lachlan a donc entrepris de faire bande à part sur le Tour : pendant que ses collègues d'EF Education-Nippo travaillent autour de leur leader Rigoberto Uran, lui avale tout seul, de son côté, l'intégralité du parcours, augmenté des transferts, qu'il parcourt bel et bien à vélo ! Non content de rouler non pas 3414 mais 5 510 km (soit 2 100 km - et 23 000 m de D + - de plus que les coureurs), il entend bien arriver à Paris avant eux ! lire aussi Lachlan Morton roulera l'intégralité du Tour de France en bikepacking Comprenons-nous bien : au départ du Tour à Brest, après avoir salué ses collègues, le moustachu volant (imaginez Frank Zappa avec un casque) s'est élancé une heure après le peloton, sur un vélo chargé de son nécessaire de camping. Il a certes roulé moins vite que la meute déchaînée, mais il ne s'est pas arrêté à Landerneau. Au sommet de la fameuse Fosse-aux-Loups qui vit le succès de Loulou, il a poursuivi sa route. À l'heure où ses confrères dînaient et se faisaient masser, il roulait encore. Ce premier soir en dépliant son Bivi dans un champ, il avait déjà 100 bornes d'avance sur eux. Depuis, il n'a fait que creuser l'écart. Pourtant, personne ne se précipite une roue neuve à la main quand il crève : il répare. Il a même dû, voici quelques jours, acheter une boîte de Rustines au pied du Mont Ventoux. Il trouve tout seul sa pitance : il se nourrit de french baguettes ou plante une cuillère solitaire dans sa boîte de cassoulet, pendant que ses potes gèrent à la calculette leurs ratios d'hydrates de carbone et d'oméga 3. Alors que Pogacar leur file des cauchemars, lui se drape d'un coin de ciel étoilé. Premiers cols en sandales N'allez pas croire qu'il n'en bave pas. Mais il invente. Il soigne un genou récalcitrant en troquant quelques jours ses chaussures de vélo pour une paire de sandales, et de pédales plates. Ainsi, c'est Birkenstock au pied qu'il a parcouru le contre-la-montre de Laval en 1h17, et monté les premiers cos alpins ! Il lave son linge, que la météo n'aide pas à faire sécher. Mais il se réjouit de sa solitude, d'avoir la route pour lui tout seul, et les couchers de soleil et les nuages. De la compagnie des supporters qui, ici et là, l'accompagnent un bout. Dimanche il était déjà au Ventoux, là où la course n'arrive qu'aujourd'hui. Hier, ayant roulé lundi pendant que les autres faisaient repos, il avait porté à 850 bornes son avance sur la meute et les camions Cochonou ! Il prend de l'avance en prévision du dernier transfert, de Saint-Émilion à Paris : 700 km qu'il se farcira non pas en TGV mais à vélo, encore et toujours. Bien sûr, il lève des fonds pour la meilleure des causes, pour WBR (World Bicycle Relief) qui fabrique des vélos là où leur usage est vital au développement de l'économie. Rapha et EF, ses sponsors, ont fourni la mise de départ, 500 vélos chacun, et depuis le départ les promesses de dons sont montées à plus de 200 000£ (230 000€), soit environ 1700 vélos, qui enverront autant d'enfants à l'école. Sauront-ils à qui ils le doivent ? Il est vrai que cela importe peu. Pour suivre Lachlan Morton en temps réel, c'est ici.

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