Vélo mag - Une athlète paraplégique parcourt 4400 km à tricycle

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Athlète accomplie, Quinn Brett est devenue paraplégique. Sur la base de l'accident, l'Américaine s'est forgée un corps nouveau. En juin, elle a bouclé les 4 400 km du Tour Divide sur un tricycle à assistance électrique. Elle explique le sens de son périple. Les mots s'usent quand on en use. Le slogan fatigue le langage, mais parfois certaines personnes le revigorent. Quinn Brett est de celles-là. Outre le triathlon et la course d'ultra-endurance, son kiff et sa quête, c'était l'escalade. Par définition, les à-pics et les falaises attirent des gens que rien n'arrête. Mais il y a un peu plus de quatre ans, de la paroi mythique d'El Capitan, dans la vallée de Yosemite (États-Unis), elle est tombée. Elle ne s'en est pas tout à fait relevée, puisqu'elle a perdu l'usage de ses jambes. lire aussi La paire Caleyron et Beaugillet, objectif Paris 2024 pour ce tandem paralympique Et pourtant, elle a continué de s'élever. La preuve, en juin, elle a bouclé le Tour Divide, une des courses majeures du calendrier d'ultradistance : plus de 4 400 km en autonomie du Nord au Sud, du Montana au Nouveau-Mexique - autrement dit d'une frontière à l'autre, du Canada au Mexique. Elle a parcouru environ 100 miles, soit 160 km par jour, accompagnée de son ami Joe Foster, juché quant à lui sur un vélo tout à fait classique. La machine de Quinn est un tricycle tout-terrain à assistance électrique, sur lequel elle se tenait agenouillée, pédalant à la force des bras, le buste incliné vers l'avant et la poitrine en appui pour une bonne transmission de la puissance vers le pédalier. Bien sûr la puissance et le couple du moteur sont adaptés au pédalage « brachial ». Elle a bouclé son périple en 25 jours, soit dix de plus que le vainqueur de l'épreuve.

Quinn Brett « Le fait de sentir ses jambes douloureuses et ses poumons en feu, tout cela me manque » Elle a rendu grâce à l'assistance électrique sans laquelle cela n'aurait « évidemment pas été possible », mais elle regrette presque de n'avoir pas fourni un peu plus d'effort. « Cent miles par jour c'était éprouvant, explique-t-elle, mais peut-être plus encore pour Joe qui, lui, n'avançait qu'à la force du jarret. En termes de puissance et de fatigue cardio, l'assistance électrique me soulageait énormément. C'est au niveau des épaules et du cou que j'ai souffert physiquement : chaque jour, parfois au bout de 70 miles, et parfois après seulement 30 en fonction de la nature du terrain, j'avais des contractures et même des crampes. Mais mentalement, le plus difficile était cette impossibilité de pouvoir atteindre la dernière extrémité de l'effort : la sensation du visage en sueur, le fait de sentir ses jambes douloureuses et ses poumons en feu, tout cela me manque. » Voilà pourquoi elle s'est appliquée à utiliser le plus faible degré d'assistance : c'est au sentiment d'effort qu'elle tient par-dessus tout.

Au-delà de cette dimension d'accomplissement personnel, Quinn Brett a récolté des fonds pour l'association « Kelly Brush » qui milite notamment pour un meilleur accès des personnes souffrant de lésions spinales aux espaces naturels, et notamment aux parcs nationaux américains. Désormais, l'athlète elle-même s'est fait porte-parole de la cause. Si vous lui demandez ce qu'elle pense du regard global porté par la société sur les personnes handicapées, elle prévient : « Attention, sur ce sujet, je suis intarissable. Bien sûr le regard de la société est lourd de préjugés et stigmatisant. Comme toujours, le spectre est large, il va du commentaire ou du simple regard condescendant, à l'ignorance pure et simple de votre existence. Les discriminations sont flagrantes ou subtiles, elles concernent aussi bien le défaut d'accessibilité spécifique de l'environnement bâti, que le manque d'inclusion dans les rassemblements ou événements de toutes sortes, mais aussi plus globalement dans le monde des humains productifs et désirables. » Quinn Brett « Je suis née de nouveau » Ce qui apparaît au commun des valides comme un courage extraordinaire s'explique. Brett a toujours considéré son corps blessé non pas comme un corps diminué, mais comme un corps différent et nouveau. Un corps aux possibilités non « moindres », mais « autres. » « Bel et bien, affirme-t-elle avec force, je suis née de nouveau. L'accident m'a d'abord dépouillé de mon identité - disons, identité d'athlète et d'être humain intelligent, capable et digne. Le processus de guérison a consisté à retrouver ces caractéristiques sous une nouvelle forme. Il est important pour moi individuellement de retrouver mon amour-propre mais aussi de le faire rayonner vers l'extérieur. » lire aussi Statu quo pour la pratique du vélo en 2021 Et si le sport, cette exploration des pouvoirs du corps et de leurs limites, était justement capable de rapprocher les « personnes handicapées » des « personnes valides » ? « J'y crois pleinement. Pendant le Tour Divide, Joe et moi n'avions pas les mêmes possibilités en fonction du terrain : grâce à l'assistance électrique, j'allais mieux que lui dans les montées raides, mais dans les singles tracks j'étais bien moins agile, évidemment. Le sport permet en tout cas à des "valides" et des "handicapés" de partager des expériences de première main, et de réduire à l'anecdotique des différences qui semblent infranchissables au spectateur extérieur. »

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