Vélo Mag - « La Bonne Échappée », le projet vélo pour faire bouger les ados

L'Equipe.fr
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Les capacités physiques d'adolescents trop sédentaires sont en chute libre. Un médecin tire le signal d'alarme et cherche à les mobiliser autour d'un projet sportif, une sorte de Tour de France : « La Bonne Échappée ». Le sport-santé a le vent en poupe. Il est désormais (presque) fréquent d'intégrer un programme d'exercices physiques dans un protocole thérapeutique, y compris en oncologie. Ainsi voit-on se multiplier les maisons sport-santé (137 sont déjà référencées, et le plan national de santé publique en prévoit 500 à l'horizon 2022) destinées à toute personne désireuse de reprendre une activité physique à des fins de santé, mais aussi à accueillir les patients souffrant d'affections de longue durée ou de cancers nécessitant selon prescription médicale, un programme d'activité physique adaptée, encadré par une personne qualifiée. Il est de mieux en mieux établi que la sédentarité et l'inactivité physique font le lit des maladies chroniques qui pèsent le plus lourd sur la société : pathologies cardiaques ou cardio-vasculaires, maladies neuro-dégénératives, cancers. Or, une récente étude publiée dans le fameux Lancet tire le signal d'alarme, et pointe une catégorie particulière de la population : les adolescents. Les concernant, les chiffres sont affolants (voir encadré). « À ce rythme, si rien n'est fait, c'est un véritable tsunami sociétal qui, d'ici 15 à 20 ans, va déferler sur notre société et système de santé », prévient le docteur Matthieu Muller. Matthieu Muller, à l'initiative du projet « Le cyclisme, qui peut précisément leur sembler ennuyeux, est un effort qui s'inscrit dans la durée » Une sorte de Tour de France Rattaché au centre hospitalier des Pays de Morlaix, Matthieu Muller fait partie des médecins qui n'entendent pas rester les bras ballants devant cette urgence. Lui-même père d'une enfant de 14 ans, le patricien compte bien sensibiliser et mobiliser les adolescents concernés. Par ailleurs cycliste émérite, licencié FFC mais aussi féru d'ultra-distance (finisher de la BTR), il a imaginé mettre sur pied un défi sportif, avec le concours de l'association La Vie... en Rose BZH (qui a déjà récolté des fonds pour le service onco-pédiatrie du CHRU de Brest, de sorte à ce que les petits malades y bénéficient d'une activité physique adaptée). Baptisé « La Bonne Échappée », le projet peut sembler classique dans les grandes lignes : il s'agit d'organiser une sorte de « Tour de France » en quinze étapes de 200 km, et de s'assurer, pour chacune d'entre elles, de la participation de 4 adolescents, qui en parcourraient les 50 derniers kilomètres. Pour Matthieu Muller, il ne s'agit pas d'imposer sa passion à tous crins : « Je pense que le cyclisme est tout désigné, car chez les ados, la baisse des capacités d'endurance est particulièrement spectaculaire, avec tout ce que ça entraine en termes de capacités cognitives aussi bien que d'immunité. Et le cyclisme, qui peut précisément leur sembler ennuyeux, est un effort qui s'inscrit dans la durée, à l'inverse du zapping permanent qu'ils pratiquent sur les écrans. » Le recrutement des adolescents (soixante au total pour la première année) s'effectuerait via les établissements scolaires des quinze villes ciblées. Pour « créer du lien », le premier contact sera établi au moyen d'une série de visioconférences, impliquant à chaque fois la ville, l'établissement scolaire, les enseignants et, bien sûr, les élèves recrutés qu'il s'agira de mettre en valeur, notamment en l'élevant au statut d'ambassadeurs, mais en mettant à leur disposition vélos et tenues vestimentaires qui leur seront offerts pour peu qu'ils s'acquittent du défi. Les professeurs d'EPS seront les pièces centrales du dispositif puisque c'est à eux que reviendra la responsabilité de tester leurs élèves, afin de déterminer lesquels d'entre eux auraient, « le plus d'intérêt à réagir, et à se mettre au sport pour éviter des problèmes de santé futur, explique le médecin, et de les convaincre. » Après quoi, il faudra les préparer. Question de communication Qu'on y songe, le défi n'est pas mince. Il est question de convaincre des ados qui ne pratiquent pas et probablement « n'aiment pas le sport », de s'entraîner pour rouler cinquante bornes à vélo. « Comment se faire entendre et ne pas les rebuter avec des discours de vieux ? se demande encore Mathieu Muller. C'est toute la délicatesse de notre entreprise. » « En effet, il ne suffit pas de récolter des fonds, poursuit Nadine Enjalbert, présidente de La Vie... en Rose BZH. Sachant qu'il n'est pas évident pour un adulte de se représenter avec justesse la vie intérieure, l'univers symbolique et les codes de l'âge adolescent, nous avons aussi besoin de parrains susceptibles de les toucher. Nous regardons du côté des sports extrêmes, ou des youtubeurs populaires - si des gens comme Squeezie, Juju Fitcats, Cyprien ou Norman acceptaient de nous soutenir, nous marquerions des points ! » On ajouterait volontiers à la liste les dénommés McFly et Carlito qui, avant qu'Emmanuel Macron ne les interpelle pour un clip sur les gestes barrières, s'étaient lancés eux-mêmes un défi sportif, suivi par plus de six millions d'abonnés. Une activité physique insuffisante Environ 81 % de nos adolescents auraient une activité physique insuffisante, au regard des recommandations de l'OMS. Plus affolant : en 30 ans, les collégiens ont perdu 25 % de leurs capacités physiques d'endurance ! En 1971 ils couraient le 600 mètres en 3 minutes, en 2013 ils le courent en 4 minutes ! À cette inactivité physique s'associe évidemment une augmentation du surpoids et de l'obésité : en 2001, 19,3 % des adolescents étaient en situation de surpoids ou d'obésité, en 2017 ils sont 23,4 %.
Et les confinements n'arrangent rien sur ce point : selon l'Observatoire National de l'Activité Physique et de la Sédentarité, 59 % des adolescents ont réduit leur activité physique pendant le premier confinement. Alors qu'il est recommandé de faire 60 minutes d'activité physique par jour, seulement 0,6 % d'entre eux ont respecté cette préconisation. Par ailleurs, ils ont augmenté de 75 % leur temps passé derrière les écrans.