Vélo Mag - Le défi continental hors-normes de Sofiane Sehili, 16 000 km en moins de 64 jours

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Tête d'affiche dans le monde de l'ultra-cyclisme, Sofiane Sehili relève un défi hors-norme : traverser le « super-continent Europe - Asie » - soit environ 16 000 km - en moins de 64 jours, via des régions dangereuses. Ça a débuté comme ça. Dix ans en arrière, Sofiane Sehili avait noué ses lacets et glissé ses épaules dans les bretelles de son sac à dos. Déjà, en piéton avide d'horizons, il avait taillé la route plein Est. Thaïlande, Cambodge, Laos... C'est là, quelque part en Asie du Sud-Est, que, las de trop dépendre des trains, il avait acheté un vélo et ajouté une autre dimension à son voyage. Une dimension définitive : l'année suivante, il repartait à vélo. C'est de retour à Paris, au terme d'une de ces expéditions au long cours (plusieurs mois à chaque fois) qu'il décide de changer de gagne-pain, et qu'abandonnant le service documentation de Télérama, il devient coursier à vélo. « C'est très efficace pour progresser, explique-t-il. Avec des journées à plus de 100 bornes, tu prends de la caisse, et en même temps tu fractionnes tes efforts. Certaines courses, rapides, sont des séances d'intensité. » Sofiane Sehili « Ce voyage a créé un déclic » Un peu plus de trois ans après la révélation, il met son vélo dans l'avion et traverse les États-Unis le long des montagnes rocheuses, suivant un tracé dont il avait pris connaissance dans un encadré du Lonely Planet. Question aventure aussi bien que performance pure, il franchit un cap : comparées à l'Asie du Sud Est, densément peuplée, les régions qu'il traverse sont des quasi no man's land. Par ailleurs, le prix d'une chambre - quand il en trouve - pour la nuit est considérablement plus élevé aux USA. Ainsi apprend-il l'autonomie totale, campant et ne croisant âme qui vive que de temps à autre. « Ce voyage a créé un déclic, raconte-t-il. Il m'a orienté vers le bike-packing et l'ultra-cyclisme en mode compétition. En chemin, j'ai appris que l'itinéraire en question servait de tracé à une course, le Tour Divide. J'ai trouvé ça dingue, mais j'ai aussitôt décidé d'y participer. » lire aussi Sofiane Sehili remporte la French Divide S'alignant donc en 2016 directement dans le grand bain de l'ultra-distance, il se classera troisième, après 16 jours de course. Il souffre et commet des erreurs mais « chope le virus ». Depuis lors, en quatre ans, il a participé à une douzaine des plus grosses courses d'ultra-cyclisme de la planète, remportant quatre d'entre elles (Italy Divide, Inca Divide, Atlas Moutain Race et French Divide), et est aujourd'hui mondialement reconnu comme un maître d'une discipline qui se développe vite, mais dont ils sont encore très peu à pouvoir vivre. Le projet « Far East » Il dit qu'en course, il vit sous l'emprise permanente du chrono, lequel « tourne dans [sa] tête et [le] culpabilise, sitôt [qu'il s']arrête : chaque minute qui n'est pas passée à rouler ou à dormir, c'est du temps perdu. C'est ce sentiment qui est difficile à supporter, plus que la douleur ou la fatigue purement physique. » Depuis un moment, il nourrissait l'idée - façon sans doute de renouer avec ses premiers voyages - de s'attaquer au record de la traversée du « super continent Europe + Asie », détenu par un autre monstre de l'ultra-cyclisme, l'Allemand Jonas Deichman. Depuis Cap Roca, au Portugal, Sofiane Sehili ralliera donc l'océan Pacifique à hauteur de Vladivostok, en moins de 64 jours. Au moins 16 000 km, l'équivalent de 4,5 Tours de France, en deux mois, à raison de 250 km quotidiens ! Ce projet « Far East » a pris corps à travers la rencontre avec Jean-Patrick Mothes, désireux de tourner un film documentaire sur cette quête singulière que représente l'ultra-distance. Au-delà du record, qu'il est bel et bien question de battre, les deux hommes sont motivés par la fascination du voyage. Ainsi ne s'agit-il pas tant de tailler au plus court que de construire un itinéraire à la fois inédit et somptueux. Mais le décor de l'exploit se paie cher et les plus belles régions sont aussi parfois les plus dangereuses. Une fois passées la Turquie et l'Iran, trois options sont à l'étude, via l'Afghanistan, le Pakistan ou le Turkménistan. lire aussi Pakistan : le Tour de l'impossible Autant dire qu'aux difficultés athlétiques, liées aux amplitudes thermiques et à l'altitude (dans la région du Pamir), au risque de casser du matériel loin de tout, il faudra ajouter un risque géopolitique réel - croiser un pick-up de Talibans n'a rien d'impossible, lesquels n'apprécient sans doute guère les équipes de tournage. Jean-Patrick Mothes veut faire sortir de l'ombre les exploits surdimensionnés générés par l'ultra-cyclisme. D'ici au grand départ prévu pour fin juin 2022, il entend documenter à l'aide d'une web-série les courses préparatoires de Sofiane Sehili.

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