Vélo Mag - Demi-fond - Demi-fond : Stayer alive !

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De moins en moins pratiqué dans l'Hexagone, le demi-fond est une discipline qui, outre la condition physique, exige une grande science « aérologique ». C'est la vocation d'Émilien Clère. Sur la piste, les « stayers » et leurs « pacemakers » avancent tels d'étranges animaux. Centaures à deux têtes, ils dévalent la piste à des vitesses folles et sont de ceux qui inspirèrent à Tristan Bernard, alors directeur du vélodrome de Buffalo, ce fameux avertissement : « Ne plaisantez pas avec les coureurs cyclistes, ils remettent le monde en jeu tous les 500m. » Le demi-fond se compose ainsi : lorsque le cycliste pédale, avec l'aspiration la roue avant tourne contre le rouleau fixé à l'arrière de la moto. La fourche inversée du vélo le met à l'abri et le rapproche de son entraîneur, debout sur les cale-pieds. Quant à la position relativement redressée du cycliste - qu'on s'attendrait à voir plus allongé sur sa machine, comme tout cycliste en recherche de vitesse - elle s'explique : l'abri ouvert par la moto et le pilote se referme dans le dos du coureur, créant des turbulences qui le poussent vers l'avant. Si les courses de demi-fond se font à 70 km/h en moyenne, la vitesse est limitée par le dessin de la piste elle-même. C'est pourquoi, d'un vélodrome à l'autre, le règlement ajuste le braquet maximum autorisé, ainsi que la longueur des bras qui fixent le rouleau à l'arrière de la moto. Il s'agit de s'adapter à la vitesse maximum permise par la piste, au-delà de laquelle les coureurs risqueraient tout bonnement de se balancer par-dessus bord dans les virages. L'augmentation de la distance séparant le stayer du pacemaker réduit d'autant la vitesse. Sur la plupart des vélodromes, il est dangereux de dépasser 80 km/m. « Certaines pistes sont particulièrement adaptées, voire conçues pour le demi-fond, explique Émilien Clère, triple champion de France de la discipline. Sur la plupart des vélodromes, il est dangereux de dépasser 80 km/m. Mais à Zurich, par exemple, tu flirtes avec les 100 km/h : là-bas, il n'y a personne pour atteindre la vitesse max de la piste. En Allemagne, à Bielefeld ou à Chemnitz, il existe même des pistes à double pente : l'inclinaison, normale entre le bord intérieur et la ligne bleue, devient plus forte au-dessus. » Cette ligne bleue, tracée au tiers de la largeur de la piste, est précisément appelée « ligne des stayers » : les concurrents ne doivent la franchir que pour doubler. Doubler : la grande affaire du demi-fond Cette discipline exige une science « aérologique » aboutie. « À 70 à l'heure, poursuit Émilien Clère, le volume représenté par le couple stayer-pacemaker, déplace tellement d'air que de doubler, c'est un peu comme croiser un camion roulant à pleine vitesse. Même si tu y parviens, c'est la gifle ! Pour avoir une chance de passer à travers la turbulence, il faut être bien lancé : si ça dure un peu trop longtemps, tu butes et c'est foutu. Dans ces moments-là, les entraîneurs expérimentés savent orienter les flux d'airs - en pivotant le tronc, en abaissant une épaule - pour rendre le dépassement encore plus difficile. » Si la course donne à voir des attaques progressives, c'est parce que la vitesse de base est très élevée. Mais il ne faut pas s'y tromper et, selon Émilien Clère toujours, les meilleurs sont capables d'attaques très violentes : « Un mec comme Renier Honing, le champion d'Europe en titre, il prend 10 km/h d'un coup. » Avec les énormes braquets utilisés, le moindre ralentissement d'allure se paie cher. « quand tu perds l'allure et que tu commences à ralentir un tant soit peu, le calvaire commence, tu butes sur la pédale et tu ne relances plus, tu subis jusqu'à la fin, et c'est très pénible », explique le cycliste. Depuis sa première course, le championnat national de 2006, où il fut pourtant éliminé au premier tour, Émilien Clère se bat avec quelques autres pour la survie de cette merveilleuse discipline. Il sillonne l'Europe pour courir, car les courses hexagonales se font rares. Ce 27 juillet, il a remporté une des soirées « Zurich Abendrennen ». Quant aux prochains championnats de France (du 7 au 14 août prochains à Bourges), ils devraient opposer une quinzaine de concurrents.

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