Vélo Mag - Florian Jouanny, le paracycliste mordu de sport qui rêve des Jeux Paralympiques

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Tétraplégique suite à un accident de ski, le paracycliste Florian Jouanny est triple champion de France, et potentiellement sélectionnable pour les Jeux Paralympiques de Tokyo. Allongé sur son handbike de carbone, le corps de Florian Jouanny file désormais à ras-du-sol, mais sa parole se place très haut. La conversation s'ouvre sur un préambule à valeur philosophique : « L'égalité des chances qui est au principe de la compétition est une illusion, assène-t-il. Une illusion que le handicap révèle comme un verre grossissant mais, même chez les valides, personne ne part avec les mêmes cartes - le même potentiel génétique, par exemple. Je préfère l'idée d'être en compétition avec moi-même. C'est pourquoi les instruments de mesure comme les capteurs de puissance sont précieux. » En d'autres termes : tous les corps sont singuliers, et nous « valides » sommes des handicapés comme les autres. Cela étant, ayant déjà cumulé trois doubles (à chaque fois il a remporté le chrono et la course sur route) titres de champion de France dans sa catégorie, le jeune Socrate ne saurait tout à fait renier le goût de la compétition. lire aussi Cinq bonnes raisons de regarder la saison 2 de « Dans la roue de l'équipe Movistar » Diagnostic, déni, résilience Natif de Bourg d'Oisans, Florian en a dix-neuf et il skie depuis toujours, entre freeride et snowparks, le jour où ce Big Air le propulse vers une réception trop lointaine qui lui brise les cervicales. Toute lésion médullaire compromet la motricité des étages inférieurs : une lésion au niveau lombaire peut vous priver de l'usage de vos jambes, et une lésion cervicale de l'usage des quatre membres. Il passe un an en clinique de rééducation, découvrant un nouveau monde, s'appropriant ce nouveau corps aux possibilités restreintes, à mesure que fond _ lentement - cette boule de déni qu'il garde en travers de la gorge. Mais il reste ce passionné de sport qu'il a toujours été, et il a « besoin d'air ». Il doit juste trouver d'autres moyens. Il est tétraplégique : le tronc est touché, mais il garde une mobilité partielle au niveau des bras, et le handbike s'impose comme la solution évidente. « Les sensations de vitesse sont d'autant plus fortes qu'on est près du sol, commente-t-il. J'entends mes roues arrière chanter, c'est très agréable ! » Aujourd'hui il est un paracycliste classifié « H2 », assez sérieusement handicapé donc : le coefficient attribué par la commission de classification, qui va de 1 à 5, est d'autant plus bas que le handicap est lourd. « Cependant, précise le jeune homme, je conserve l'usage des triceps. Si tel n'était pas le cas, je ne pourrais pas pousser sur les pédales. Ceux qui peuvent seulement tirer sont classifiés en H1. Il y a des tétraplégies très incomplètes. Certains peuvent encore gainer un peu au niveau du tronc. Le concurrent que j'ai battu à Ostende [manche de coupe du Monde qui s'est tenue du 6 au 9 mai, dont il se classe second, NDLR] se tenait debout sur le podium. » Florian Jouanny « Nous sommes tous singuliers, et c'est heureux. Sinon on serait des robots. » Sur sa machine ultralégère (12 kg), Florian Jouanny a réalisé quelques aménagements singuliers : il freine en serrant les coudes (il ne peut pas actionner les mains sur une poignée classique) et, quant au changement de vitesse, c'est avec l'arrière de la tête qu'il l'actionne. « Merci aux dérailleurs électroniques ! » lâche-t-il en riant. lire aussi Jasper De Buyst, l'interview décalée : « À fond derrière Max Verstappen ! » Aujourd'hui c'est la perspective des Jeux Paralympiques qui le motive. Il n'est pas sûr d'y aller - il n'y a de place, au sein de la sélection para-cycliste de la FFH, que pour un handbike, et la concurrence est rude. Cinq ans après l'accident, l'ahurissant défi. À l'époque de la sortie de clinique, la reprise du sport était sans doute pour lui une question de survie psychique. Roulant seul ou en compagnie d'amis « valides », il sillonna la région, montant bientôt de plus en plus de cols. En 2016, cinq ans après son accident, il se lance l'ahurissant défi de... boucler un ironman ! C'est l'épreuve de la natation qu'il redoute. Non pas tant la distance - même si la première fois qu'il se remet en piscine, il peut à peine la traverser en largeur _ que la foire d'empoigne que constituent des centaines de nageurs qui « se marchent dessus ». On l'a dit, privé de connexions neuro-musculaires au niveau du tronc, et donc incapable de « gainer », Florian ne peut utiliser ses bras de façon alternative « car alors je basculerais sur le côté, explique-t-il. Pour rester stable sur l'eau, je dois lancer mes deux bras simultanément. Quant aux jambes, disons que la combinaison néoprène les aide à flotter à peu près. » Il achèvera pourtant les 3,8 km de natation, puis les 180 km, et le marathon final (en fauteuil) du triathlon de Barcelone ! Comme son interlocuteur, à l'audition de ce récit, laisse un blanc dans la conversation, il ajoute modestement : « Nous sommes tous singuliers, et c'est heureux. Sinon on serait des robots. »

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