Vélo Mag - Quand le gravel tourne au professionnel

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À la mi-octobre s'est tenue en Italie la Serenissima Gravel, la première course de gravel réservée aux professionnels. Elle augure un tournant pour la discipline, qui aura ses premiers Mondiaux l'année prochaine. Le Tour de Lombardie bouclé par une victoire de Tadej Pogacar, le 9 octobre, les grands noms du peloton international ont mis fin à leur saison, pour s'offrir des vacances bien méritées. Tous, vraiment ? Avec une poignée de curieux, Alexey Lustenko a fait une escale par la Serenissima Gravel, le 15 octobre, qu'il a remportée en solitaire. Organisée en Italie, cette nouvelle épreuve était la toute première course de gravel réservée aux professionnels. L'occasion de se préparer aux futurs Championnats du monde de la spécialité, qui doivent voir le jour en 2022. lire aussi Peter Sagan sur son arrivée chez TotalÉnergies : « Je vais me sentir chez moi » Hybride à mi-chemin entre le vélo et le VTT, empruntant des chemins rocailleux ou de terre, le gravel suscite depuis plusieurs mois l'intérêt des passionnés de cyclisme. Idéal pour les randonnées ou les épreuves longue distance, il a vu sa pratique amateure, notamment aux États-Unis, se développer rapidement, jusqu'à attirer l'attention de l'Union Cycliste Internationale. En septembre, cette dernière a officialisé son intention de mettre en place en 2022 des Gravel World Series, avec une série d'épreuves qualificative pour des Mondiaux en fin d'année. Alexey Lustenko, vainqueur de la Serenissima « Des coureurs comme Van Aert et Van der Poel, ce serait intéressant pour eux. » Quatre équipes pro au rendez-vous « Le cyclisme continue à innover, cette fois en quittant la route et en reconnaissant le gravel, une discipline additionnelle qui grandit très rapidement », a expliqué David Lappartient, le patron de l'UCI au moment de l'annonce. Sans être reconnue comme une course World Tour, cette Serenissima Gravel automnale était une première expérimentation pour les équipes professionnelles. Quatre d'entre elles se sont prêtées au jeu : Astana, l'écurie de Lutsenko, Cofidis, Intermarché-Wanty-Gobert et Qhubeka. Parti en solitaire dans Trévise, Alexey Lustenko a franchi la ligne victorieusement après 132 km d'effort, le vélo brandi en direction du ciel. « C'était une nouvelle expérience pour moi, s'est réjoui le vainqueur du jour. Je suis très heureux, car c'est la première fois que je cours sur terre. C'était un peu difficile de s'habituer à rouler, de continuer à pousser. [...] À l'avenir, je pense que cela pourrait être cool pour les équipes du WorldTour. Des coureurs comme Van Aert et Van der Poel, ce serait intéressant pour eux. »

Empruntant les reliefs vénitiens, la course, version soft mais plus caillouteuse des Strade Bianche, était incluse dans le « Ride to Dreamland », une série de quatre épreuves pensée par l'ancien champion transalpin retraité en 2018 Filippo Pozzato et le designer de vélos Jonny Moletta. « Je pense que nous avons été les premiers au monde à étudier un règlement ad hoc pour ce type de course avec la Fédération, détaillait ce dernier avant le départ. La Vénétie offre de nombreuses opportunités et je suis sûr que ce sera un grand spectacle. » lire aussi L'insolite Gabriel Muller, devenu pro à 33 ans après trois ans de vélo Un peloton enthousiaste, des puristes mécontents L'exercice a eu l'air de plutôt convaincre les coureurs qui y ont pris part. « Le gravel, c'est juste incroyable, c'est le truc le plus cool », s'enflammait Riccardo Minali (Intermarché-Wanty-Gobert), deuxième à l'arrivée. « Je trouve que c'est formidable que des gens comme Pozzato organisent ce genre d'évènements et explorent des nouvelles disciplines pour voir ce qu'elles peuvent apporter aux amateurs, aux professionnels et à l'industrie du cycle dans son ensemble », se réjouissait également Nathan Haas (Cofidis), qui l'accompagnait sur la dernière marche du podium. Riccardo Minali, coureur pour Intermarché-Wanty-Gobert « Le gravel, c'est juste incroyable, c'est le truc le plus cool » Hors du peloton, tout le monde ne partage pas forcément cet enthousiasme. Traditionnellement, le gravel s'est toujours voulu inclusif, acceptant des participants de tout bord et de tout niveau, le dépassement personnel comptant plus que le classement final. Avec des courses professionnelles à l'accessibilité restreinte, cet esprit disparaît, ce qui déplaît à certains pionniers. « La discipline a émergé d'évènements populaires où le challenge était simplement de finir la course, tranchait l'un d'eux, Colin Strickland, en 2019. Quand on regarde ses racines, il est clair que le gravel n'est pas un sport d'équipe. » Sous l'impulsion des instances internationales, il pourrait pourtant le devenir.

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