Vélo Mag - Kraftwerk, les pionniers de la techno fans de vélo

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Inconditionnels de cyclisme, les Allemands de Kraftwerk, vus comme les créateurs de la techno moderne, avaient rendu hommage à leur sport préféré dans un single mythique : « Tour de France », sorti en 1983. La mort de l'un de leurs fondateurs, Florian Schneider, d'un cancer fulgurant, a été révélée mercredi. Utrecht, vendredi 3 juillet 2015. À quelques heures du départ de la 102e Grande boucle, la cité néerlandaise est en ébullition. Ce n'est pas tant l'arrivée du peloton qui enflamme le village-départ, mais la tenue exceptionnelle, à minuit, d'un concert des légendaires précurseurs de la techno Kraftwerk. Pour les membres du groupe allemand, ce show exceptionnel est l'occasion, 45 ans après leurs débuts, de boucler leur Grande boucle. Cyclistes invétérés, membres d'un vélo club à Düsseldorf, ils ont fait de leur passion pour la petite reine une partie importante de leur discographie. En témoigne leur single culte, sorti en 1983, Tour de France. Ralf Hütter « Lors de nos tournées dans les années 80, notre bus nous lâchait et on finissait les deux heures qui nous séparaient de nos salles de concerts à vélo » De Kraftwerk, Neil McCornick, critique musical britannique pour le Daily Telegraph, a dit qu'ils étaient « le groupe de pop le plus influent de l'histoire », le plaçant au niveau, si ce n'est devant, des Beatles. C'est dire l'influence du quatuor sur les charts actuels. Avec Autobahn (Autoroute, en allemand), son album référence, il a posé les bases de l'électro, incontournable dans le paysage musical actuel, en mêlant une utilisation pointue des synthétiseurs, une volonté d'innover technologiquement et des refrains simples mais entraînants. Au moment de la sortie du disque en 1974, l'approche, complètement inédite, marque durablement les esprits. Depuis, Kraftwerk a continué à se renouveler, amenant peu à peu l'informatique au coeur de leur répertoire. Jusqu'au décès de Florian Schneider (qui avait été remplacé depuis quelques années dans le groupe par Falk Grieffenhagen), le 21 avril dernier à l'âge de 73 ans d'un cancer mais révélé seulement mercredi, le groupe continuait à se produire aux quatre coins du monde, livrant quelques performances scéniques exceptionnelles, dont une série de concerts au Museum of Modern Art de New York. Mais il n'avait pas sorti d'album depuis son Tour de France Soundtracks en 2003. OEuvre majeure de leur discographie, appréciée par les fans, ce dixième opus était paru à l'occasion du « Tour du centenaire », après 17 années sans album pour le groupe. Bâti autour de leur single Tour de France, sorti en 1983, l'album est une ode à la « joie de vivre » et au vélo. Plus dansant que leur répertoire habituel, il est centré sur les différentes étapes de la course, du prologue au contre-la-montre. Tout au long des douze pistes, des samples de respirations de coureurs, de chaînes et de pédaliers accompagnent les mélodies. En apparence, les liens entre le cyclisme et l'électro n'ont rien d'évident. Pour Kraftwerk, ils apparaissaient pourtant comme tel. « Nous nous intéressons beaucoup à la dynamique, à l'énergie et au mouvement. Le cycliste sur son vélo, il va de l'avant. C'est ce qu'on essaie aussi de faire avec notre musique, expliquait Ralf Hütter, dans une interview à Rolling Stone. C'est important quand tu voyages avec ton vélo d'écouter ton environnement, ce qui se passe autour de toi, le vent, ta propre respiration... Nous savons que les cyclistes, lorsqu'ils écoutent notre musique, ils la comprennent, ils entendent comment elle est composée. » Le natif de la région de Düsseldorf savait de quoi il parlait. À la fin des années 70, l'intensité de ses tournées l'avait poussé à changer drastiquement de mode de vie, en devenant végétarien et en se mettant intensément au vélo. Il avait entraîné ses camarades dans sa roue. « On habite à deux pas des Pays-Bas, qui est le paradis du cyclisme, indiquait le claviériste en 2015. Ça fait partie de notre culture, de notre background. Lors de nos tournées dans les années 80, notre bus nous lâchait et on finissait les deux heures qui nous séparaient de nos salles de concerts à vélo... Même si maintenant on fait tout par avion. » Tout au long de leur carrière, le vélo avait même pris une place importante dans le folklore autour de Kraftwerk, groupe énigmatique aux rares apparitions médiatiques. En 1982, lors d'une de ses habituelles sorties à vélo, Hütter avait été victime d'un accident sur les bords du Rhin, alors qu'il roulait sans casque. Au sortir de ses quatre jours de coma, ses premiers mots auraient été, selon plusieurs proches : « Est-ce que mon vélo va bien ? Qu'est ce qui est arrivé à mon vélo ? ». Une version démentie par le principal intéressé, mais qui prouve la place centrale prise par le cyclisme dans la vie de l'artiste. « Ça ne m'a même pas affecté. On m'a réparé la tête et tout allait bien », exprima-t-il après coup dans une interview au Guardian. Comme s'il voulait coller aux paroles de Tour de France : « Crevaison sur les pavés, le vélo vite réparé, le peloton est regroupé, Camarades et amitié ».

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