Vélo Mag - L'envers du Nord exposé à Tourcoing

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L'artiste Mahjoub Ben Bella est connu des amateurs de cyclisme pour avoir peint « L'Envers du Nord », une fresque de 12 km étalée sur les pavés du Paris-Roubaix. Le Musée des beaux-Arts de Tourcoing rend hommage à cet artiste important à travers une exposition consacrée à « la musique du geste ». Le ciel est morne mais la route est sèche en ce deuxième dimanche d'avril 1986. Sur les pavés, les coureurs de Paris-Roubaix absorbent les chocs et rebondissent à proportion. Le fameux maillot, dit « Mondrian », de l'équipe La Vie Claire-Radar se noie dans le fourmillement du peloton et sur le gris granit des sentes infernales. Sur un vélodrome à peine moins terne, dans son maillot presque fluo, Sean Kelly prendra le meilleur sur Rudy Dhaenens et un certain Adrie Van der Poel. lire aussi Les règles du Code de la route méconnues des cyclistes Pourtant, ces forçats de la promotion 1986 ont connu un intermède coloré : douze kilomètres durant, ils ont eu le privilège d'admirer une oeuvre d'art. Colorée et joyeuse. L'envers de l'enfer Qu'en ont-ils vu depuis leur perspective agitée ? Qu'est-il resté des motifs dessinés aux pochoirs, une fois passés par leurs yeux assombris de poussière ? Certes, ils sont les seuls à le savoir. Sur cette fresque gigantesque si joliment intitulée « L'Envers du Nord » (et comment l'envers de l'enfer ne serait-il pas joyeux ?), ils n'en ont pas moins « roulé et craché », conformément au dessein de son auteur, le peintre Mahjoub Ben Bella. Si l'on considère l'artiste franco-algérien comme un des précurseurs du street art, c'est bien en raison de son application à sortir l'art pictural de ces ornières que sont les musées, et de leur silence affecté, pour les exposer au vacarme de l'espace public. De fait, Mahjoub Ben Bella a peint sur toutes sortes de supports et de lieux. Ainsi, libérée des cimaises, sa peinture vient à la rencontre. Sur les murs de Lille ou dans une station de métro de Tourcoing, elle se propose sans peser. La représentation et sa trace L'exposition que lui consacre le Muba, le musée des beaux-arts de Tourcoing, qui s'ouvre jeudi, insiste notamment sur une autre dimension, qui était essentielle, déjà, à la démarche de « l'Envers du Nord » : « l'artiste en mouvement, le geste et le corps au coeur du processus créatif. » Il n'est d'ailleurs pas anodin que parmi la quarantaine d'oeuvres présentées se trouvent « des grands formats réalisés à même le sol ». lire aussi Le vélo à hydrogène roule vers le futur Si la peinture, quand elle est figurative, montre des gestes en racontant des histoires, elle porte aussi la trace des mouvements de l'artiste. Et en l'absence de figuration, quand elle est plus « abstraite », la trace et le geste sont toujours là, plus immédiats. Sans filtre. Car entre la représentation et la matière qu'est la peinture posée sur la toile, il y a la gesticulation de l'artiste. Il y a les mouvements, sensibles, visibles, de la main ou - c'est la même chose - de l'esprit. Il suffit de fermer les yeux et de lever les bras pour s'en rendre compte : tout mouvement produit une sorte de dessin, un flux continuel d'images et de couleurs qui se lèvent et se déposent au fond de l'esprit, dans une ondulation perpétuelle. Pourquoi ce mouvement purement psychique ne ferait-il pas un objet légitime de représentation ? Effet miroir Quoi qu'il en soit, cette méditation sur geste en peinture proposée par l'hommage du Muba, qui convoque également les liens entre l'acte de peindre et la danse ou la musique, nous met la puce à l'oreille. Si Mahjoub Ben Bella aimait l'idée qu'on puisse « rouler et cracher » sur son oeuvre, ce n'est pas par provocation. Ni par un quelconque goût de la « profanation ». C'est parce que la gestuelle des coureurs ferait un miroir à la sienne, à cette agitation domestiquée dont toute peinture est la trace. lire aussi Primes dans le cyclisme féminin, un débat qui dure Mahjoub Ben Bella, disparu à l'été 2020, est un artiste internationalement reconnu, exposé dans le monde entier (au British Museum, ou à New York, à l'Institut du Monde Arabe à Paris) et chez lui, à Roubaix et à Tourcoing. Sa peinture est réjouissante et profonde, deux dimensions que nous marions souvent si mal. « La musique du geste - Hommage à Mahjoub Ben Bella », au Musée des Beaux-Arts de Tourcoing Eugène Leroy, du 22 octobre au 21 février.

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