Vélo Mag - L'insolite Gabriel Muller, devenu pro à 33 ans après trois ans de vélo

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Gabriel Muller a commencé le vélo à 30 ans, est passé pro à 33 sans avoir jamais participé à une compétition officielle. À 35 ans, membre de l'équipe Burgos (continental pro), le Français rêve de « Top 10 » et d'une participation au Tour d'Espagne. Un personnage riche et étrange du milieu. Il est grand et mince, ce qu'accentuent encore le front haut et les tempes rases, tout comme les mèches posées en couvre-chef, façon Brian Setzer. Sans ces anneaux à chaque oreille et sur sa narine gauche, il ne ferait pas exception parmi les coureurs cyclistes, l'entrelacs de tatouages qui enserre son bras n'étant pas inédit dans le peloton. lire aussi Le Vaucluse investit dans la pratique du Gravel Gabriel Muller se marre sans fausse pudeur en racontant sa propre histoire. Elle n'est ni triste ni banale. Un vrai feuilleton, dont le dernier volet a de quoi étonner. Aujourd'hui âgé de 35 ans (36 en décembre), il n'était jamais monté sur un vélo avant ses 30 ans. À l'époque déjà, ses affaires, dans le business des applis, étaient florissantes : suffisamment en tout cas pour qu'il n'ait jamais eu « à bosser plus de trois ou quatre heures par jour parce que, franchement, plus, je pourrais pas me concentrer ». Et voilà que cette légère béance dans le quotidien laissait remonter à la surface un parfum de Tour de France - qu'il adorait regarder à la télé. Gabriel Muller « Dans la vie j'ai besoin de me fixer des objectifs et, une fois que je suis focalisé, rien ou presque ne peut m'arrêter. » Comme rien ne l'effraie tant que l'ennui, il n'en faut pas plus pour qu'il s'achète un vélo et se mette à rouler. Deux, trois heures par semaine, pour commencer : pas plus que le temps qu'il consacrait à s'entretenir au footing. Or déjà, sourdent dans son crâne des projets démesurés. Il s'entraîne de plus en plus, et participe bientôt à une ou deux épreuves cyclosportives, dont le Granfondo Nice, où il court plutôt bien. Culot, franchise et confiance XXL C'est sans autre référence, sans avoir jamais signé la moindre licence ni couru la moindre course amateur que, quelques mois plus tard, il se fait embaucher par le team continental Differdange, basé à Luxembourg. Stupéfiant ? Pas tant que ça quand on connaît le culot hallucinant et la franchise du luron. « J'ai proposé d'apporter un peu d'argent, ça a aidé », précise-t-il. Ce qui, certes, est un élément probant, mais laisse intact le mystère central de cette histoire : celui d'une confiance en soi illimitée. Pour la jouer comme Freud, on dirait que Gabriel Muller n'a pas de « surmoi ». Pourtant, plutôt qu'à la psychanalyse, c'est au développement personnel que notre homme carbure, dont il affirme avoir dévoré toute la littérature : « Dans la vie, j'ai besoin de me fixer des objectifs et, une fois que je suis focalisé, rien ou presque ne peut m'arrêter. » 33 C'est l'âge auquel Gabriel Muller a signé son premier contrat professionnel, trois ans après avoir commencé le vélo. Ceux qui - il y en a - y verraient une supercherie à la Christophe Rocancourt, ne peuvent contester qu'à vélo, il faut tout de même pédaler. D'ailleurs, au-delà de l'embauche, point de miracle. La première saison de notre lascar fut « une collection de DNF [did not finish] ». Abandons consécutifs à un lâchage prématuré, ou chutes. « Avec 1,88 m pour 70 kg, j'ai plutôt un gabarit de grimpeur, commente-t-il. Pourtant, j'ai commencé par les courses en Belgique et aux Pays-Bas. J'en ai chié. Il faisait froid, en plus. Je m'étais lancé sans savoir. Les trois premiers mois, j'ai pas fini une course. » Si les capacités d'endurance de Gabriel Muller ne font pas de doute, sa science du placement balbutie. Mais sa détermination est réelle et ses progrès constants. Pour cette première saison, il parvient à finir le Tour de Hongrie. La seconde, en 2020, passé dans les rangs de Cambodia Cycling Academy, il se classa 12e du Tour de Serbie.

En 2021, c'est la team Burgos, une formation Conti Pro (deuxième division), qui le recrute, intéressée par « ses qualités et sa connaissance du calendrier asiatique », où elle a des objectifs. « J'étais hyper surpris que ce soit possible, commente l'intéressé. J'ai fait le début de saison, pas trop mal. J'avais passé un petit palier. Au Tour de Turquie, j'ai craqué le dernier jour seulement. » lire aussi Les recycleries veulent rendre le vélo plus durable Oiseau migrateur Ce qui caractérise cet animal inclassable, ça n'est pas qu'il s'entraîne dur sans entraîneur, ni qu'il roule seul presque 100 % du temps, et toujours la musique dans les oreilles. Ce qui le distingue des autres professionnels n'est pas, non plus, une difficulté à tenir son poids de forme, ni le fait de l'assumer (« Quand j'ai faim, je vais manger un gros steak, quand j'ai pas faim, je prends une salade »). Pas plus que ce goût revendiqué de la fête (« Je ne bois pas d'alcool et je ne rentre pas à 5 heures du matin, mais j'ai besoin de sortir et de danser, ça me donne de l'énergie »). Ça n'est même pas le business d'applis pour iPhone, qu'il gère entre Inde et Salvador, et dont les revenus auraient permis cette effraction dans le peloton pro. C'est son âme voyageuse. Gabriel Muller aime le cyclisme, et pourtant à travers lui, il n'a fait que poursuivre un mode de vie qui était déjà le sien, depuis le divorce de ses parents et les deux ans qu'il passa alors aux États-Unis avec sa mère et son frère. Muller est un oiseau migrateur. Pendant que l'Europe était confinée et les courses interrompues, les affaires l'ont entraîné en Colombie. Alors, il a roulé là-bas. Actuellement, il vient de se poser à Bali, « son autre maison », où il passera l'hiver, parce qu'à Berlin, il fait trop froid. lire aussi Le vélo à hydrogène roule vers le futur C'est sur l'île indonésienne qu'il préparera les futurs tops 10 qu'il se donne pour objectif et, peut-être, une participation à la Vuelta dont il rêve. « C'est pas impossible » conclut-il dans un sourire qui ne doit pas le quitter souvent.

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