Vélo Mag - Les Martinez, à vélo de père en fils

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Ex-champion olympique de VTT, Miguel Martinez a appris le métier auprès de son père. Aujourd'hui il a transmis le flambeau à son fils Lenny, qui a signé son premier contrat pro. À 45 ans, le père rêve de pouvoir prendre le départ d'une course à ses côtés.

Fin juillet, Lorrez-le-Bocage-Préaux, Seine-et-Marne. Un soleil pâle délave à peine le ciel gris posé sur les champs. Les moissons ont pris du retard mais, entre les barrières qui montent vers l'arche d'arrivée, les juniors n'ont pas perdu de temps. Et, trente secondes après que Romain Grégoire s'est adjugé le titre de champion de France de cyclisme chez les jeunes, un petit groupe se prépare à sprinter pour la troisième place.

Vingt mètres en retrait de l'arrivée, campée, bras croisés, une silhouette s'efforce à la décontraction. Tout de bleu vêtue, la ceinture croco (façon Nicolas Cage dans Sailor et Lula) qui la coupe en deux. Sous la visière de la casquette, le sourire s'épanouit bientôt. C'est que Lenny, le fiston, vient de décrocher la médaille de bronze. Miguel Martinez est heureux. Il aime son fils évidemment, et le cyclisme passionnément.

Le père
À 45 ans, l'ancien champion olympique et champion du monde de cross-country ne saurait se passer de vélo, et s'entraîne encore quotidiennement, ou presque. « C'est la première chose que j'ai dite à ma compagne quand je l'ai rencontrée, précise-t-il, alors qu'on l'interroge sur sa bonne forme apparente. Je suis un homme gentil et tu peux tout me demander, mais ne t'avise jamais de me retarder d'une minute quand je suis prêt à partir rouler ! »

Malgré une retraite officielle en 2006, il a alors 30 ans, l'ex-professionnel (Mapei-Quick Step, Phonak) n'a jamais supporté de vivre sans dossard. Il faut dire que les circonstances ne l'y ont pas aidé. Alors que, reconverti, il dirige un centre VTT dans le Var, une dramatique agression lui vaut non seulement un long séjour à l'hôpital, mais aussi de vivre sous la menace des agresseurs en cavale. Il se réfugie seul en Italie, où il trouve des sponsors et se remet à rouler.

Le fils
Lenny, aujourd'hui âgé de 18 ans, sera professionnel dès la saison prochaine dans la Continentale Groupama-FDJ, Miguel jure qu'il n'a rien fait pour le pousser à devenir coureur. « Lenny a grandi dans le Var auprès de sa maman, et même quand, adolescent, il a choisi de venir vivre avec moi en Bourgogne, il n'avait pas de projet en ce sens, assure-t-il. Il était attiré par l'Urbex (pratique consistant à visiter des constructions abandonnées, N.D.L.R.). Mais à faire des sauts périlleux dans les friches industrielles, il s'est cassé deux fois la clavicule. C'était une mauvaise pente. On a fini par l'aligner sur une course, sans lui donner aucune instruction, et il a gagné. À partir de là, il n'a fait que progresser, il est méticuleux et il apprend très vite. »

Bon sang ne saurait mentir. Si Miguel assure ne pas l'assommer de conseils, c'est que l'histoire familiale est source naturelle d'enseignement. Avant Miguel, il y a son propre père, Mariano, meilleur grimpeur du Tour 1978 et légende vivante en Bourgogne, qui lui enseigna le métier « plutôt à la dure ». Or, le cyclisme désormais est une science autant qu'un savoir-faire, et son apprentissage est plus qu'une simple transmission. Longtemps, les coureurs apprirent comme dans l'atelier d'un maître - en ce sens Miguel a appris auprès de Mariano comme Velasquez avait appris dans l'atelier de Pacheco.

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Mais la génération de Lenny travaille au capteur de puissance. Non qu'il n'écoute les conseils des ascendants, mais il a aussi un entraîneur. Il fait le tri : « Ça passe dans l'oreille, il en reste et il en ressort. Oui, mon grand-père me donne des conseils tactiques : parfois ça fonctionne. Mais on n'est pas toujours d'accord. Il dit que je devrais moins boire en course, moi je pense qu'il a tort. » Même en cyclisme, la science est meuble.

Et l'esprit de famille
Il faut dire que chaque midi, tout le monde se retrouve, en famille, chez papi et mamie. Lenny y vient déjeuner au retour de l'entraînement. Miguel et son frère Yannick (qui fut pro lui aussi) y passent pour le café, avant d'aller rouler eux-mêmes. Un café au Martinez.

Un peu en marge des conversations expertes, Marie-Noëlle veille sur sa tribu pédalante. Elle en sait pourtant long sur le métier, elle qui prépare pour son champion de petit-fils les repas qu'elle préparait pour son champion de fils et, avant lui, pour son champion de mari. « Pendant des années c'est ma mère qui m'emmenait courir, raconte Miguel. C'est elle, le pilier ! Elle, qui s'occupait et qui s'occupe toujours de mes engagements pour les courses. Aujourd'hui elle fait de même avec Lenny. »

Maman puis mamie, Marie-Noëlle Martinez conduit toujours la voiture les jours de course, dans les effluves de camphre s'échappant du sac posé sur le siège arrière. Dans le coffre, le vélo démonté et la glacière avec les bidons.

Cela étant Lenny est un Martinez. Pas seulement parce que sa façon de grimper et son « jus » évoquent le paternel. Question d'éthique, plutôt : « J'entends les autres coureurs parler de travail et de récompense. Moi je suis déjà récompensé : rouler tous les jours et courir, c'est juste la vie que je veux mener. J'espère que ma carrière sera longue », dit le jeune homme de 18 ans.

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Et puisqu'on parle de longévité, Miguel n'espère rien tant que pouvoir porter, ne serait-ce qu'une fois ou deux encore, le maillot d'Amore & Vita, et s'aligner au départ d'une course professionnelle aux côtés de son fils. « On serait les premiers, non ? » lâche-t-il, en regardant au loin.

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