Vélo Mag - Le miel de Paris se livre à vélo

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Apiculteur et parisien, Volkan Tanaci compte au rang des artisans qui ont fait le choix de troquer leur utilitaire pour un vélo-cargo. Ainsi ses déplacements sont-ils aussi propres que son miel est pur. Ses caisses de matériel dans le dos, il remonte les files d'autos derrière les vitres desquelles les visages s'impatientent ou s'attristent, goûtant chaque jour le plaisir de pédaler. Parisien, Volkan Tanaci ne se déplace plus qu'à vélo. Les pensées qui le traversent, dit-il, sont très différentes - plus ouvertes et plus fructueuses - que celles qu'il pouvait avoir derrière son volant, ou dans le métro. Le vélo cargo format longtail (et non pas triporteur) lui permet de se faufiler, tout en transportant jusqu'à 150, voire 200 kg de matériel. Au besoin, il y accroche une remorque.
De la banque à la ruche Volkan Tanaci n'utilise plus la voiture qu'en ces très rares occasions où il doit déplacer un matériel particulièrement sensible : ses ruches. Car les abeilles, tout de même, seraient un peu secouées sur le vélo. Avant de trouver sa voie dans l'apiculture urbaine, comme beaucoup d'entre nous, Volkan avait fait fausse route. Après des études d'économie et une carrière professionnelle entamée dans le secteur bancaire, c'est sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle qu'il décide de troquer sa vie « enfermée » pour une existence de plein air, en lien avec la nature et en contact avec les autres. Le vélo représente donc l'ultime étape d'une libération progressive, passée par un rapprochement en deux temps : d'abord avec la nature, puis avec le monde humain - et même, avec la ville. Indispensables abeilles Une fois prise cette décision de changer de vie, c'est le hasard qui le dirige vers l'apiculture. Il se forme auprès d'un exploitant installé en Seine-et-Marne. « J'avais très peur des abeilles alors, dit-il en souriant. Mais ce qui m'a permis d'oser, c'est l'évidence d'un métier fécond, utile, et cette satisfaction à l'idée de travailler au rythme des saisons. J'ai su que je venais de trouver ma voie. » Cependant il se désole de voir mourir en masse des abeilles responsables elles seules de 80 % de la pollinisation des plantes, et indispensables à la vie des humains. « Chaque année nous perdions en moyenne 35 à 40 % du cheptel - et, c'est arrivé, jusqu'à 100 %. Faire face à des millions d'abeilles mortes, c'est une catastrophe. » lire aussi Ikéa livre à vélo, avec objectif « zéro émission » Le miel urbain le plus « propre » C'est une des raisons qui le poussent à s'installer... en ville. Car, en tête des menaces qui pèsent sur la survie des abeilles, il y a les « pesticides », dont l'usage est drastiquement réglementé dans nombre de grandes villes, et notamment à Paris. Depuis 2019, le recours aux « phytosanitaires chimiques » y est interdit aussi bien aux collectivités qu'aux particuliers. Volkan Tanaci l'affirme : « Les abeilles sont heureuses à Paris. L'éloignement des champs et des pesticides, voire le microclimat, les maintiennent en bonne santé. Elles butinent sur les balcons, les arbres, dans jardins, et la variété de fleurs est supérieure à ce qu'on imagine : tilleul, acacia, thym, menthe, vigne vierge, lierre, Sephora du Japon... Je ne dis pas que le miel de la ville est meilleur que celui de la campagne, mais il est propre : les analyses le confirment, comme les récompenses que nous recevons dans tous les concours. »
lire aussi Toute l'actu du vélo Ainsi est née CityBzz, dont l'activité première consiste à installer des ruchers pour ses clients, principalement des entreprises soucieuses de contribuer à l'amélioration environnementale dans le cadre de leur plan RSE. Une fois les colonies installées (chaque ruche compte 40 à 50 000 abeilles), Volkan Tanaci les entretient et effectue la récolte annuelle. Par ailleurs, il propose, dans les écoles et le monde du travail, divers ateliers pédagogiques centrés sur l'importance des abeilles pour le monde humain. L'essentiel de son métier consiste donc en visites régulières à Paris et dans sa proche banlieue, où la question du transport est centrale. Il réfléchit d'abord à des solutions d'autopartage avant d'entendre parler de l'association « Les Boites à Vélos » qui, regroupant des professionnels de tous secteurs (plombiers, ostéopathes, déménageurs...), promeut l'entreprenariat à vélo, et ce dernier comme moyen alternatif aux véhicules motorisés. Il ne s'agit que d'ouvrir les yeux. « Avec Les Boîtes à Vélo, j'ai trouvé réponse à mes questions : quel type de vélo choisir en fonction des besoins mon activité et de mes trajets, et comment l'utiliser en ville ? Ils m'ont aussi formé sur l'aspect réglementaire, et aidé à obtenir les aides spécifiques de l'État », raconte Volkan Tanaci. Qui oserait encore nier que le vélo signale l'avènement d'une ville plus « durable » ?

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