Vélo Mag - Les Mondiaux de Zwift vus de l'intérieur par la Française Marie Le Net

L'Equipe.fr
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Devenu référence des logiciels pour home trainers, Zwift organisait ses premiers championnats du monde en ligne, le 9 décembre. Une compétition inédite que raconte Marie Le Net, 44e au final, et seule Française engagée. La possibilité d'accrocher un maillot arc-en-ciel, bien que virtuel, sans bouger de son salon, était trop belle pour être ratée. Le 9 décembre, 117 cyclistes, 64 hommes et 54 femmes, ont enfourché leur home trainer pour disputer le tout premier championnat du monde de cyclisme virtuel. Reconnue par l'UCI, la compétition se disputait sur l'application américaine Zwift, l'outil d'entraînement n°1 dans le peloton. Si Marie Le Net, seule Française alignée au départ (un autre Tricolore, Jordan Sarrou, participait à la course masculine) a échoué à décrocher ce premier titre, elle raconte cette course pas comme les autres... et potentiellement pionnière.

« Un peu de peps » pour la reprise « C'était le premier championnat, donc je voulais y prendre part. Il y avait un côté symbolique », explique joyeusement Le Net, coureuse professionnelle chez FDJ-Nouvelle Aquitaine-Futuroscope depuis 2019. À en croire Eric Min, PDG de Zwift, le championnat promettait de marquer « l'orientation future de la discipline » et, surtout, de confronter des Zwifteurs rompus au logiciel aux meilleurs cyclistes sur route et pistards de la planète. Si peu de Français ont répondu à l'appel, quelques gros noms, comme Rigoberto Uran ou Thomas De Gendt, se sont essayés à l'exercice. « En ces temps un peu particuliers, ça mettait du peps dans l'entraînement et ça me donnait un petit objectif pour reprendre la saison », éclaire de son côté Le Net. Pour autant, ses attentes étaient minimes. « J'avais déjà une expérience de courses Zwift, avec le Tour de France virtuel (qui s'est tenu entre le 4 et le 19 juillet) pendant le confinement et je voyais bien que ce n'était pas mon domaine, qu'il y avait des personnes spécialisées dans ces efforts », confie-t-elle. Vissée sur son vélo d'appartement, dans le logement bordelais qu'elle partage avec son copain, elle avait simplement pour but de tenir le plus longtemps possible, encouragée par les supporters qui suivaient son live Facebook. Un effort similaire au cyclo-cross Le grand départ de la course féminine était fixé à 13h45, sur le parcours de Watopia, une carte connue de la communauté. Cinq secondes avant le top, les jambes de l'espoir française, 20 ans, tournaient déjà à plein régime. « Une course Zwift, il faut la démarrer à bloc, quasi au sprint. C'est comme le cyclo-cross, ça fuse, sauf qu'il y a une petite latence pour que la puissance se retranscrive sur l'ordinateur, donc il faut prendre un peu d'avance. Après, c'est sauve-qui-peut, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus appuyer sur les pédales. » lire aussi Cyclo-cross : une équipe professionnelle française Très vite, son coeur s'est affolé, l'effort étant encore plus intense qu'une course classique. « Sur ce championnat, j'avais 177 de fréquence cardiaque. D'habitude, je tourne à 150 max, c'est énorme. » Les Mondiaux se déroulaient sur un circuit de 50km, pour puncheur, avec plusieurs bosses plutôt raides. C'est dans l'une d'elles qu'elle a perdu le contact avec le groupe de tête, après 20 minutes de course. « J'étais déjà fière de tenir 20 minutes, mais j'ai pété dans une bosse. En temps normal, on se dit qu'on pourra récupérer dans la descente. Sur Zwift, c'est impossible, le phénomène d'aspiration est bien trop important. Je me suis vite retrouvée dans la pampa. » Larguée entre Van Vleuten et Van der Breggen À ses côtés, Annemiek Van Vleuten et Anna Van der Breggen, les deux dernières championnes du monde sur route, qui ont cédé en même temps qu'elles. La preuve que Zwift est avant tout une affaire de spécialistes, au rapport poids-puissance optimal. C'est le cas de la vainqueure finale, la cycliste sud-africaine Ashleigh Moolman, 1,63m pour 50kg, qui l'a emporté pour 64 minuscules centièmes le jour de son anniversaire. Chez les hommes, le gagnant, l'Allemand Jason Osborne, n'est même pas un spécialiste de la petite reine, mais un rameur professionnel.

Quelques minutes plus tard, Le Net franchit à son tour la ligne en 44e position, après 1h20 d'effort. « Van Vleuten m'a lâchée sur la fin, aux alentours de 50 minutes de courses. Je m'attendais à ce que ce soit dur et ça a été le cas. » Fin du calvaire, qui aura été « un gros exercice de VMA », mais dont elle ne tardera pas à se remettre. Pour remettre le couvert l'année prochaine ? Zwift ne compte en tout cas pas lever le pied sur les compétitions. Cette semaine se tenait les finales de la Zwift Academy, un programme révélateur de talents, dont les deux gagnants ont pu décrocher un contrat professionnel dans le peloton, chez Canyon-Sram et Alpecin-Fenix.