Vélo Mag - La nouvelle aventure en Équateur du vététiste français Fred Horny

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Le vététiste et aventurier de l'extrême Fred Horny a roulé 15 jours en Équateur, où il a dévalé les plus hauts volcans du monde en compagnie du photographe Richard Bord. Une performance sportive exceptionnelle, surtout prétexte à faire des rencontres inoubliables. Fred Horny fait partie de ces bienheureux qui vivent de leurs aventures sportives. Il roule la bosse de son sac à dos et ses pneus à crampons sur les plus beaux singletracks du monde : Canada, USA, Éthiopie, Kirghizistan... Enduriste et pilote de haut-vol, il est motivé par les pentes à dévaler, l'adrénaline et le frisson. En bon voyageur, il l'est aussi par le dépaysement, les panoramas et visages. Mais chez lui, la performance ne se confond pas avec cette fascination de l'autonomie si répandue de nos jours et qui n'est pas une fin au soi pour l'Alsacien. lire aussi L'aventure au Kirghizistan de Fred Horny « Fondamentalement, nous sommes dépendants les uns des autres, explique ce pilote un brin philosophe. Personne n'existe tout seul. C'est pour ça que, certes, je planifie mes voyages, mais pas dans le détail. Ce qui m'intéresse, c'est de me mettre dans cette situation où j'aurai besoin d'aide, de trouver mon chemin au jour le jour. À mon avis, c'est comme ça qu'on rencontre vraiment les gens. » Visages d'Équateur L'Équateur, pays montagneux où se dressent les plus hauts volcans du monde en activité, était évidemment la promesse de sensations fortes pour le cycliste français. En compagnie de son compère et photographe Richard Bord, il a accumulé en 15 jours 400km de VTT « engagé » et environ 6800m de dénivelé, navigant entre 4 et 5500m d'altitude, de Quito à Guayaquil sur l'océan, en passant par les sommets ou les flancs du Chimborazo, du Cotopaxi et autre Pasochoa. Fred Horny. « Je connais suffisamment la haute montagne pour savoir que c'est dangereux d'une façon générale » Arrivés à Quito, les deux hommes ne savaient donc pas encore où dégoter les meilleurs spots. « Je connais suffisamment la haute montagne pour savoir que c'est dangereux d'une façon générale, même dans les lieux familiers. » Par ailleurs, même si la sécurité des touristes semble s'être améliorée, l'Équateur reste tout de même une plateforme du trafic de cocaïne. « Il est impossible d'activer une carte SIM en Équateur sans qu'un Équatorien te fournisse sa carte d'identité » ajoute Fred Horny. Plutôt que de braver le risque des mauvaises surprises, les deux hommes ont fait appel à un guide local, Mateo Cuesta, 33 ans, qui les a accompagnés durant leur incroyable périple. Mais sur la route, en Équateur, Fred Horny a également croisé le chemin de nombreuses autres personnes inoubliables. Il nous raconte ces rencontres à travers une série photo de portraits. « Nous étions déjà à Quito, quand je l'ai contacté. Je me suis souvenu que Tito Tomasi m'avait parlé de lui. Mateo a 33 ans, c'est un fort caractère et un excellent pilote d'enduro, il est très connu en Équateur. Il vend ses services comme guide VTT, mais depuis deux ans le tourisme est effondré et il vit sur ses économies. Nous sommes allés ensemble manger une pizza et boire quelques Michelada - une boisson locale à base de bière, de citron, de jus de tomate et d'épices. Quand il a su que Nicolas Vouilloz et Jérôme Clementz, ses pilotes préférés, étaient deux de mes amis, c'était pesé ! On est parti le lendemain, on a beaucoup roulé ensemble : les bivouacs, les transitions en pick-up, etc. Heureusement qu'il était là. » « Nous avons pris le téléphérique jusqu'à 4200m, puis sommes encore montés 400m plus haut, à la pédale. Le premier soir, on a trouvé un endroit magnifique pour dormir, on s'est laissé séduire par le coucher de soleil, mais c'était imprudent, nous étions trop hauts et avons souffert de maux de tête. De là, nous sommes redescendus sur Quito et avons atterri dans un quartier où les gens étaient sympas, mais où ça devait craindre un peu tout de même parce que nous avons entendu ce qui ressemblait fort à des coups de feu. D'ailleurs, nous sommes arrivés assez tard en soirée et on nous a fait comprendre qu'il ne valait mieux pas traîner là, avec nos vélos tops de gamme. » « En chemin vers le Chimborazo, que nous avons atteint après huit jours, le village de Simiatug. Ce vieil homme masqué, c'est Raul, il est originaire du village et, même s'il a passé quelques années à Quito, il y est revenu et il y tient sa petite boutique. Il fait son propre turrón et nous en a donné de gros morceaux, disant "vous en aurez bien besoin, dans la montagne". Je ne parle pas l'espagnol, je ne l'ai jamais appris, mais en écoutant attentivement - et aussi grâce à l'appli Google Trad de mon téléphone, on a pu se comprendre. Il nous a parlé du rapport de force disproportionné entre les petits cultivateurs locaux et l'industrie agroalimentaire. On est à plus 3 000 mètres, mais on cultive l'orge, le blé, le maïs. » « Voici Maria, avec son chapeau andin. Elle vit avec son père et son fils de huit ans sur les hauteurs de Simiatug et travaille à la ferme. Elle a accepté que nous installions nos tentes avant le retour de son père, parce que Mateo était là pour expliquer ce que nous faisions. On a bu une bière avec elle, et comme elle était occupée à rentrer des sacs de grain, on l'a aidée. Richard en a renversé un et s'est fait engueuler, on a mis du temps à tout ramasser soigneusement. Plus tard José, le père, est arrivé, il s'est montré très content et on a mangé pas mal de viande tous ensemble, à genoux autour du feu. Au petit matin, une tempête soufflait, tout s'envolait. Des rafales à 140 à l'heure. On ne pouvait pas démonter nos tentes, c'était la panique, les chiens en ont profité pour manger toute notre bouffe. José ramenait l'âne qui s'était enfui dans la nuit. » « Telimbela, province de Bolivar, non loin de Guayaquil, et je viens de vivre une des plus belles descentes de ma vie - pourtant j'en ai connu quelques-unes, à travers le monde ! Nous sommes partis sous le sommet du Chimborazo, à 5 500 m d'altitude. Là-haut dans la roche volcanique, il y a néanmoins des trekkers, c'est un peu touristique, mais dès que tu te lances : plus personne. Après, c'était magique. On s'est envoyé 5 000 m de drop en 3 heures 30 ! Nous avons traversé des mondes différents. La roche nue se couvre petit à petit, et vers 2 500 m tu arrives dans les cannes à sucre et les bananeraies. À chaque altitude, une couche de vie différente. Bien sûr, plus tu descends, plus c'est chaud et humide : les premières maisons que tu devines sont noyées dans la brume. En plus, point de vue pilotage, la terre offre un grip parfait et, après les zones techniques du début, tu te régales ! Sur la photo, la distance qui me sépare de Richard, c'est la distance max de visibilité. » « Marcello a hérité d'un terrain, d'une colline au-dessus de San Miguel, et a ouvert une maison d'hôtes, Bellavista Moutain, qui se présente comme un ranch, et qu'il tient avec sa fille Gabriella - nous y avons dormi après notre descente du Chimborazo. Le site est très beau : d'un côté le volcan, de l'autre, l'océan. Il faut dire que Marcello travaille régulièrement aux États-Unis, sur des chantiers de construction. Il restaure de vieilles Jeep Willis, écoute de la country music toute la journée, pour ne rien dire de cette vieille pompe à essence vintage, de la Winchester ou du portrait de Clint Eastwood. Quand nous sommes arrivés, il nous a servi des whiskys, direct. Il ne pratique pas lui-même, mais il adore le VTT et organise à ses frais des énormes barbecues pour les gens qui défrichent et aménagent de nouveaux sentiers. Quand nous sommes repartis, il nous a offert de la confiture de lait. Il avait les larmes aux yeux. »

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