Vélo Mag - La passion du président turkmène pour le vélo a encore frappé

L'Equipe.fr
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Dirigeant autocrate du Turkménistan depuis 14 ans, Gurbanguly Berdimuhamedov est un passionné de vélo, décoré par l'UCI l'an passé. Cette semaine, il a encore été la vedette d'une impressionnante parade cycliste, qui a fait le tour des réseaux sociaux. Même si les médias américains avaient disserté sur l'amour de Joe Biden pour son home-trainer Peloton, même si Emmanuel Macron a plusieurs fois été photographié sur deux roues pendant ses vacances, aucun dirigeant mondial ne peut se targuer d'avoir un plus grand amour pour le vélo que Gurbanguly Berdimuhamedov, le président du Turkménistan. En plus de vouloir se tailler une place de choix au coeur du peloton cycliste international, l'omnipotent despote, qui a instauré un culte de sa personnalité dans son pays, a fait de ce moyen de locomotion un pilier de son régime. lire aussi Les équipes du World Tour investissent YouTube De nombreux Occidentaux l'ont sûrement découvert, à leur plus grande surprise, lorsqu'une vidéo pour le moins surprenante de Berdimuhamedov, à la tête du pays depuis 2007, a fait le tour des réseaux sociaux cette semaine. On y aperçoit « Arkadag » (« le protecteur », son surnom officiel) sortir d'une voiture et être applaudi par une foule immense de cyclistes, tous vêtus à l'identique. Après un show musical, il mène ensuite un défilé cyclo d'engins verts, aux couleurs du pays, suivi au pas par des milliers de personnes, dans le cadre de la « journée internationale de la santé ».

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Une passion pour le Guinness Book des records C'est loin d'être la première fois que Berdimuhamedov fait défiler ses compatriotes, souvent des fonctionnaires et des étudiants, à vélo. L'an passé, déjà, il a rassemblé pour une parade 7 500 personnes, d'après la télévision d'État, pour la Journée internationale du vélo le 3 juin. Cette date a été arrêtée par l'ONU pour célébrer le vélo à travers le monde... grâce à l'intervention du Turkménistan. En 2019, il avait frappé encore plus fort en faisant rentrer son pays dans le Guinness Book des records, pour « la plus grande parade cycliste à la file indienne », avec près de 2 000 personnes roulant les uns derrière les autres, sur 3 300 mètres. En 2018, il avait aussi revendiqué le record de la « plus grande leçon de sensibilisation au cyclisme » avec 3 246 participants. lire aussi Vélo en grand, premier festival dédié à toutes les pratiques Despote peu tolérant à l'encontre des opinions dissidentes (le Turkménistan est l'un des régimes les plus répressifs au monde, avec une liberté de la presse quasi inexistante et de nombreux prisonniers politiques), le leader du pays d'Asie centrale, 63 ans, ne cesse d'imposer sa vision pro-cyclo à ses électeurs. En 2013, il les aurait « obligés » à acheter un vélo, en vue d'un évènement national, tout en lançant un grand plan sur plusieurs années pour développer le sport. « Notre but est le bien-être du peuple, une société saine et le développement harmonieux physique et spirituel de toutes les générations », s'emballait-il en discours officiel. À son domicile, il posséderait une très large collection de vélos, sur lesquels il est parfois filmé en train de gagner des courses factices, sous l'objectif bienveillant des caméras propagandistes.

Un pays soi-disant immunisé au coronavirus En mai 2020, Berdimuhamedov a été décoré par David Lappartient de l'ordre de l'Union Cycliste Internationale pour son « immense contribution au cyclisme mondial ». Si le choix de l'UCI d'honorer un dirigeant aussi controversé avait alors embarrassé en hauts lieux, il témoigne de la volonté du Turkmène d'utiliser le sport pour sa diplomatie, à l'image de la Chine ou du Qatar. Après des années de négociation, il a d'ailleurs réussi à obtenir l'organisation de sa première compétition d'envergure : les Championnats du monde sur piste, qui devraient se tenir au mois d'octobre prochain. lire aussi Avec les Bike Parade, la fête survit pendant le Covid Pour cette échéance, le Turkménistan devra mettre en place un protocole anti-Covid 19, qui serait anecdotique dans n'importe quel autre pays, mais détonne dans l'État asiatique, qui assure que le virus s'est arrêté à ses frontières. Au début de la pandémie, les autorités arrêtaient même les porteurs de masque (ils sont préconisés aujourd'hui, mais uniquement pour se « prémunir de la poussière »), jusqu'à ce qu'une délégation de l'Organisation mondiale de la Santé indique au pays de se comporter « comme si le virus circulait ». Si les hôpitaux locaux débordent actuellement pour de très nombreux cas de « pneumonies », aucun cas de coronavirus n'a officiellement été déclaré dans le pays à ce jour.