Vélo Mag - Le sprinteur «Toto Gérardin», l'amour bleu d'Édith Piaf

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Elle pensait être sa petite reine, elle l'appelait son « amour bleu ». Dans les années 50, Édith Piaf et le cycliste Louis Gérardin ont connu une année d'aventures. De cette époque ne reste que des lettres de la Môme, des merveilles à découvrir ou redécouvrir. Édith Piaf a collectionné les aventures amoureuses, et parmi elles certaines ont compté plus que d'autres, mais aucune n'était anodine. La Môme n'aimait qu'à « en crever ». La disparition accidentelle du boxeur Marcel Cerdan la plongea dans un chagrin si noir qu'elle ne s'en releva jamais tout à fait. Après le boxeur, vinrent Tony Franck, Eddie Constantine, puis ce fut André Pousse, cycliste et recordman du tour au Vel d'Hiv' déjà reconverti en acteur, par qui elle rencontra Louis Gérardin, dit «Toto ». Sprinter de haute volée, crème des coureurs de Six-jours, Toto est alors en fin de carrière mais toujours actif. Avant-guerre, les pistards, athlètes urbains, représentaient une sorte d'élite, voire d'aristocratie du cyclisme. Bel homme, musculature imposante et bronzée, pupille bleu acier et chevelure crantée, portant impeccablement le costume croisé, Louis Gérardin avait sa part de palmes et d'honneurs. Champion du monde de vitesse amateur en 1930, puis plusieurs fois champion de France, sa carrière sportive, interrompue par la guerre, s'étalera sur plus de vingt ans. Avant de devenir un des entraîneurs les plus titrés de l'équipe de France, et le mentor, notamment de Daniel Morelon ou Pierre Trentin, qu'il conduira vers leurs succès olympiques, il fut encore victorieux lors des Championnats de France d'hiver en 1953, à 41 ans ! Morelon-Trentin, inséparables Au début des années 50, il fait la rencontre d'Édith Piaf, qui tombe éperdument amoureuse du champion. Quant à lui, il succomba sans doute à la torrentielle énergie, au charme magnétique ou aux radiations émises par l'immense petite femme. La liaison fut brève, et d'ailleurs Louis Gérardin, comme Cerdan avant lui, était marié. C'est lui qui, dès février 1952, mettra un premier terme à leur histoire, vieille de quelques mois. Le champion ébranlé quittera un temps son épouse, mais fera volte-face, n'allant pas jusqu'à divorcer. L'année durant, Piaf lui écrira des tombereaux de lettres enflammées et, souvent, magnifiques. Jusqu'à cette missive datée du 18 septembre 1952, qui commence ainsi « Toto, quand tu recevras cette lettre je serai mariée... » En 2009, ces échanges refont surface à l'occasion d'une vente aux enchères chez Christie's où elles furent adjugées pour 67 000 euros, avant d'être publiée en 2011. Elles témoignent d'une passion violente, dont l'intensité évoque la relation avec Cerdan. Elle l'appelle, « mon amour si beau », « mon grand bonhomme à moi », « mon maître adoré », et elle signe immanquablement « ton petit bout ». Elle y clame son désir à elle et son corps à lui, y décrit leur future maison, elle promet devant Dieu de ne plus boire. Mais, sur le plan épistolaire, la relation est à sens unique... Car Gérardin ne répond pas. On frissonne soi-même à relire ces pages affolantes, émouvantes, parfois effrayantes en effet. À la fin du siècle précédent, Tristan Bernard, alors directeur du vélodrome de Buffalo, avait averti : « Ne plaisantez pas avec les coureurs cyclistes, ils remettent le monde en jeu tous les 500 m ». Mais il ne connaissait pas Piaf, il est vrai.

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