Vélo Mag - « Sun Trip Europe » : le soleil brille et la roue tourne

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Dans le temps record de 34 jours, le Français Jean-Marc Dubouloz a remporté le Sun Trip Europe, dont les concurrents se meuvent au jarret et à l'énergie solaire. Il en rêvait et il s'y préparait : Jean-Marc Dubouloz avait le projet de parcourir, entre Lyon et Canton, les 12 000 kilomètres du Sun Trip en moins de soixante jours. Mais, comme beaucoup de ce qui devait se dérouler en 2020, le Sun Trip a été reporté une première fois, puis son itinéraire modifié. Le terrain de jeu s'est un peu contracté, et limité à l'Europe, les steppes de l'Asie centrale ou les hauts-plateaux tibétains n'étant pas encore des territoires ouverts à la libre circulation des voyageurs (pour les raisons épidémio-géopolitiques que l'on devine). Depuis Bruxelles, où le départ fut donné le 16 juin, les concurrents avaient cinq check-points à valider : Riga, la capitale de Lettonie, d'où ils descendraient plein Sud jusqu'à la roumaine Constanta, sur les bords de la mer Noire, puis ils piqueraient à l'Ouest jusqu'au col du Stelvio (2758m), avant de descendre en Andalousie, pointer au sommet du Pico di Veleta (où la plus haute route goudronnée d'Europe s'élève à 3400m), et enfin Porto, dernier point de contrôle avant le retour sur Lyon. lire aussi « Sun Trip » : une course de 12 000 km de Lyon à Canton à l'énergie solaire Au compteur, ce Sun Trip Europe totalisait donc environ 11 000km, soit mille de moins que le plan cantonnais, initial. Mais à l'aune de ces mille bornes précisément, on jugera l'exploit de Jean-Marc Dubouloz, qui a bouclé son affaire non pas en soixante jours comme il l'ambitionna d'abord, mais en 34 ! VAS : vélos à assistance solaire On sait que cette course d'un genre particulier exige de ses concurrents qu'ils ne progressent qu'à la force conjuguée du jarret et de l'énergie solaire - et que le règlement ne les autorise d'ailleurs à rouler qu'entre 06h00 et 21h00. Ainsi, le Sun Trip réunit-il donc toutes sortes de cyclistes et toutes sortes de vélos, pour peu qu'ils s'augmentent d'une certaine surface (2,50m2 max.) de panneau solaire : d'aucuns les portent sur la tête, comme une sorte d'auvent, d'autres les traînent en remorque. La machine de Jean-Marc Dubouloz, baptisée WAW, faisait partie des quatre vélos couchés-carénés en compétition : aérodynamique, efficacité de la machine étaient acquises depuis longtemps. Notre homme a optimisé quelques détails, notamment les barres de support des panneaux solaires. Et, « détail qui a fait rire beaucoup de monde, explique l'intéressé, j'ai installé une sorte de sonde pour faire pipi, non pas sans m'arrêter, mais sans avoir à descendre de l'engin et y remonter, ce qui, avec le panneau solaire, réclame quelques contorsions. Ce fut donc un gain de temps important. » Une affaire de navigation Le succès de l'entreprise, on l'aura compris, repose sur la capacité à s'arrêter le moins possible. Comme le Britannique Emil Barbut, son concurrent le plus acharné (l'écart entre les deux hommes n'excéda jamais plus de quelques heures : trois seulement à l'arrivée !), le futur vainqueur roula parfois sans discontinuer de 06h00 à 21h00, pour ne pas manquer la bonne fenêtre météo. « C'est mentalement que c'est le plus difficile. » Car l'autre clé du succès, bien entendu, c'est la navigation. Il s'agit de surfer sur une météo favorable. Dubouloz se présente comme un « voileux » et de fait, les analogies avec la course en mer sont évidentes. « C'est sur l'aspect navigation que j'ai bossé le plus. J'utilisais des applis de cartographie, j'avais deux téléphones dans l'habitacle : plan large et plan serré. J'étais en contact permanent avec mon routeur - un copain architecte qui a pas mal roulé sa bosse. On passait bien une heure ou deux par jour au téléphone, et il me conseillait en direct. Notamment en fonction des options prises par Emil, mon concurrent. Il m'aidait aussi à trouver où dormir : il est arrivé qu'à 20h50, en Pologne, je ne sache toujours pas où dormir, et qu'il me guide par Google StreetView pour me dégoter un petit coin pour le bivouac ! C'est ce jour-là que j'ai battu le record de distance journalière du Sun Trip, avec 449km. » Jean-Marc Dubouloz ne s'attendait pas à gagner. Il confesse : « C'est mentalement que c'est le plus difficile. Moi, je savais que sur dix jours je tenais, mais au-delà c'était moins sûr. Et j'ai bel et bien connu des moments difficiles, notamment en descendant vers le sud de l'Espagne, où j'appréhendais les grosses chaleurs. » De fait, au Pico di Veleta, à 3400m d'altitude, il faisait encore 25°C. Est-ce vraiment moins étonnant, mois affolant, que les 40°C constatés en Pologne, ou les 35°C, dont s'émouvaient les locaux, à Riga ? Le soleil n'a pas fini de briller, mais faut-il s'en réjouir ? C'est la question posée, depuis le début, par le Sun Trip.

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