Vélo Mag - Vélo Mag : en Chine, les cimetières de vélos disparaissent

L'Equipe.fr
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Depuis 2017 et la crise du vélo en libre-service en Chine, 27 millions de bicyclettes sont à l'abandon aux quatre coins du pays. Ces « cimetières » à ciel ouvert sont peu à peu démantelés par le gouvernement, qui procède à un gigantesque recyclage. En décembre 2018, la série de clichés de Wu Guoyong, exposée au Lianzhou Foto Festival, avait fait découvrir au monde entier une curiosité chinoise : les cimetières de vélos. Dans chaque grande métropole du pays le plus peuplé du monde, des milliers de bicyclettes bariolées s'entassent sur d'immenses décharges sauvages à ciel ouvert, conséquence directe d'une politique ambitieuse de vélo en libre-service qui, après avoir marché au-delà des espérances, s'est écrasée quelques années plus tard. Ces nécropoles, recueillant 27 millions de vélos, sont néanmoins en train de disparaître, au prix d'un important effort de recyclage. lire aussi Tous les articles Vélo Mag Impulsée par le gouvernement chinois, qui souhaite en finir avec la pollution visuelle causée par les amoncellements de véhicules, l'opération est entièrement payée par le contribuable. D'ici la fin de l'année, l'entièreté des vélos laissés à l'abandon devrait être retirée. Retrouvé par le South China Morning Post, journal anglophone basé à Hong Kong, Guoyong, le photographe ayant révélé à l'Occident l'existence de ses décharges, explique d'ailleurs que « la plupart des cimetières ont déjà disparu ».

Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut remonter en 2014. Le phénomène du vélo en libre-service sans bornes est alors en plein essor et marche du tonnerre à Londres ou New York. En Chine, plusieurs entreprises tentent simultanément d'exploiter le créneau. Les plus fructueuses d'entre elles, Ofo et Mobike, dépassent rapidement le milliard de dollars de valeur boursière.

Au total, plus de 70 compagnies, avec chacune leurs propres couleurs de vélos, se lancent dans ce business, qui grandit de manière incontrôlable. À Pékin et Shangaï particulièrement, se déplacer à pied devient un chemin de croix, tant les deux roues investissent toute la largeur des trottoirs. Après avoir longtemps encouragé la pratique du vélo partagé, le gouvernement finit par sévir et distribue des amendes aux cyclistes enfreignant le code de la route, tant les rues chinoises saturent de vélos. Dans le même temps, les actes de vandalisme se multiplient et les entreprises peinent à assurer la maintenance de leurs flottes. En conséquence, la bulle dégonfle et le couperet tombe, progressivement, sur les loueurs les moins puissants. Coup sur coup, Kuqi Bikes, Bluegogo, Dingding Bikes, 3VBikes ou encore Wukong Bikes, mettent la clé sous la porte, incapables de rembourser les dépôts de leurs clients. Seul Mobike, racheté par Tencent, un des géants de l'économie chinoise, s'en sort encore à peu près convenablement, là où ses anciens concurrents ont laissé leur flotte à l'abandon. Depuis, les bécanes s'amoncellent et rouillent dans les grandes métropoles, sans que personne ne puisse être légalement tenu responsable.

Le gouvernement s'est récemment emparé de la problématique, ayant vu dans le recyclage des deux-roues abandonnés une importante manne financière, puisque la plupart sont composés d'aluminium et d'acier, deux matériaux assez prisés. Au total, un vélo récupéré par un recycleur lui rapporterait en moyenne 40 yuans (5 euros). Multipliés par 27 millions, les chiffres deviennent vite colossaux, d'où l'intérêt autour de ces décharges. Les ressources recyclables chinoises se sont occupées de quatre millions de véhicules depuis 2017, en rachetant notamment 430 000 vélos de Xiaoming Bike, qui a fait faillite en 2018, pour 12 yuans (1,50 €) l'unité.