Vélotaf : vélo des villes mais aussi vélo des champs

Étienne Demur vit en zone rurale et ne se déplace qu'à vélo. (DR)

Étienne Demur vélotafe en zone rurale, où la pratique et les besoins ne sont pas tout à fait identiques à ceux des villes.

En tant que président de l'association « Aigues-Mortes-Le Grau du Roi-La Grande Motte à Vélo », affiliée à la Fédération française des usagers de la bicyclette, Étienne Demur n'a rien contre la vogue du vélo qui révolutionne nos déplacements quotidiens - bien au contraire, puisqu'il l'incarne ! Mais il milite pour la correction d'un réflexe linguistique : celui qui consiste à ne conjuguer le vélotaf qu'en mode urbain.

Étienne Demur

« Le besoin de vélo est au moins aussi urgent en milieu rural puisque les réseaux de transports en commun y font défaut »

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« On ne parle que du "vélo-en-ville", de ses bienfaits et de ses vertus, commente-t-il. C'est très bien, mais c'est oublier que le vélo n'est pas un véhicule spécifiquement urbain et qu'il s'adapte à tous les environnements. Or, le besoin de vélo est au moins aussi urgent en milieu rural puisque les réseaux de transports en commun y font défaut. On se souvient que les difficultés liées aux coûts des déplacements ont été l'un des déclencheurs du mouvement des gilets jaunes. »

Une carte des différences

Cet engagement prolonge un choix personnel. Car depuis qu'il s'est installé en Petite Camargue voici trois ans (et même un peu avant quand il vivait dans une petite commune de la Marne), notre homme ne se déplace qu'à vélo. Il parcourt chaque jour au guidon de son cargo les 20 kilomètres qui le séparent de son lieu de travail. À quoi il faut ajouter ceux qu'il effectue en tant que livreur pour le site internet de la Communauté de Communes, créé à l'occasion des confinements de 2020.

Une expérience de « vélotafeur des champs » qui lui permet de dresser une sorte de carte des différences car, en pratique, les obstacles au développement de la mobilité vélo en milieu rural ne sont pas tout à fait les mêmes qu'en ville. Et s'il cherche évidemment à convertir un maximum de ses voisins ou collègues, il ne prétend pas pour autant que la solution vélo soit applicable à tous. Il sait bien que la « distance moyenne des trajets quotidiens en milieu rural », établie à environ 7 km, masque une grande variété de situations.

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Par ailleurs, il serait absurde de prétendre qu'à la campagne, aller travailler à vélo est un gain de temps. C'est même plutôt l'inverse. « Dix bornes en Petite Camargue, même vent dans le dos, c'est plus long à vélo qu'en voiture, concède-t-il. Les trajets interruraux que j'effectue n'ont rien à voir avec les trajets urbains. Mais les bénéfices en termes de santé physique ou mentale n'en sont que plus évidents. Pour un cycliste, l'environnement est moins stressant qu'en ville et, pour ma part, je croise très peu de voitures. C'est un bonheur absolu. »

La priorité : flécher les itinéraires

Étienne Demur, qui « choisit ses itinéraires, ses petits chemins » et se dit « plus embêté par les lapins que par les voitures », fait valoir un ordre des priorités qui étonnera peut-être le cycliste urbain. En effet, pour lui, l'urgence ne consiste pas tant dans la création de pistes cyclables isolées de la circulation automobile que dans la mise en exergue des itinéraires existants.

« Je ne dis pas qu'augmenter le nombre d'équipements cyclables n'améliorerait pas la situation. Je dis que ce n'est pas le plus urgent, et que le simple fait de flécher des itinéraires cyclistes "utilitaires" changerait la donne. Ici, en Petite Camargue, le vélo est vu sous l'angle du tourisme, pas du déplacement. Or, on peut se déplacer au quotidien en toute sécurité : les trajets existent, mais les esprits sont formatés. L'habitude de la voiture a limité notre conception de l'espace : tout le monde pense à la route départementale, ça fait peur, et voilà, on reste en voiture ! »

Étienne Demur

« En campagne, il est plus difficile d'exercer de nouvelles contraintes à la circulation automobile »

Étienne Demur met donc en garde contre une attitude trop rigide qui consisterait à refuser ces compromis que sont les « aménagements transitoires ». Selon lui, le tout-ou-rien n'est pas la meilleure stratégie pour une communauté cycliste qui risquerait « d'attendre cinquante ans », faute de se développer, que les mentalités et la volonté politique aient évolué.

« On peut penser à juste titre que la volonté politique en faveur du vélo est insuffisante, ça ne change rien à la réalité. La réalité, c'est aussi qu'en campagne, il est plus difficile d'exercer de nouvelles contraintes à la circulation automobile parce que la voiture n'y est pas aussi évidemment insupportable qu'en ville. Elle oppresse moins. Fléchons des itinéraires, exploitons le patrimoine de chemins ruraux : c'est une façon d'amorcer le changement, de ne pas attendre. Les cyclistes seront plus nombreux, et auront plus de poids auprès des élus. »

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D'ailleurs, il faut bannir toute position radicale quant à l'usage de la voiture, dont on peut « évidemment, avoir besoin de temps à autre ». Ainsi, le militant vélo dit comprendre la détresse des gens piégés par le prix de l'essence. Mais il évoque aussi ce « verrou psychologique » qu'est le prestige social attaché à la voiture, cet effet pervers selon lequel le fait de passer au vélo représente une sorte de déclassement symbolique aux yeux des gens modestes.

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