Valcke va-t-il faire tomber Nasser ?

Le ministère public de la Confédération helvétique (MPC) a annoncé hier avoir ouvert une enquête le 20 mars 2017, à l’encontre à la fois de Jérôme Valcke, ex-bras droit de Blatter à la FIFA, et de Nasser Al-Khelaïfi, “en lien avec l’octroi de droits média pour les Coupes du monde de football”. Décryptage.

L’ancien numéro 2 de la FIFA a été mis en examen pour corruption.

L’homme est plutôt fan de vols en jet privé à des fins personnelles, mélangeant conflits d’intérêt et situations malsaines, des vols payés par des amis ici et là un peu partout.

Que raconte cette histoire concrètement ? Que l’ancien numéro 2 de la FIFA aurait été corrompu, acceptant des cadeaux, en échange de la vente des droits TV des 4 prochaines Coupes du Monde au groupe Bein.

Plusieurs choses paraissent étranges. D’abord le timing. Cette information est communiquée par le MPC alors que Valcke a été auditionné par le Tribunal arbitral du sport (TAS) mercredi pour contester sa suspension de dix ans infligée par la FIFA dans l’affaire de vente illégale de billets. Le message envoyé par la justice suisse ? Enfoncer encore un peu plus Valcke, et que le TAS ne réduise pas la sanction prononcée par l’instance du football mondial.

L’enfoncer n’est pas si compliqué tant l’ancien journaliste français traîne de « casseroles ». Et encore une fois, le Qatar est mis à mal. Dans la victoire de Qatar 2022, il ne faut surtout pas oublier le rôle de Valcke, ayant encouragé les membres sud-américains de l’ancien comité exécutif de la FIFA, à voter pour la candidature qatarie. Or, l’affaire révélée hier, relie Valcke à un Qatari, et pas n’importe lequel, l’oreille de l’Emir sur les questions footballistiques, et accessoirement président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi.

Interrogé, Jérôme Valcke a expliqué aujourd’hui dans L’Équipe que « tout ce qui est négociation de droits télé a toujours été fait par le département concerné et la décision finale était toujours dans les mains de la commission des finances et du comité exécutif de la FIFA. Ce n’était pas mon choix, ma décision ou mon pouvoir de faire ce genre de transaction sans que cela soit validé ». Totalement faux. Toutes les décisions stratégiques à la FIFA étaient prises par Blatter et Valcke.

« On m’a demandé de répondre à des questions à la suite d’une plainte supplémentaire de la FIFA contre moi. La FIFA, semble-t-il, a le souhait féroce et ardent de me mettre sous terre, si elle ne l’a pas déjà fait », ajoute l’ancien directeur du marketing puis secrétaire général de l’instance (2007-2015). Là-dessus, le Français a raison. Tout ce qui touche l’ancienne équipe dirigeante de la FIFA arrange bien Gianni Infantino, dans sa volonté de transparence et de renouveau au sein du football mondial. Politique de transparence survendue au début du mandat du nouveau Président suisse, et qui a désormais laissé place à des situations de conflit d’intérêt et d’accusations multiples. Qu’Infantino ne se réjouisse pas trop vite des malheurs de Valcke, car il pourrait lui aussi voir la justice suisse « toquer à la porte » prochainement.

« Ils disent qu’il y a eu des versements d’argent de Nasser à moi contre la vente de droits à un tarif présidentiel. Mais je n’ai rien reçu de Nasser », conclut Valcke. L’enquête nous en dira plus.

Une affaire qui tombe bien mal pour le groupe Bein alors que l’appel d’offres pour les droits TV de la Ligue 1 (à partir de 2020) pourrait être avancé, on parle même déjà de 2018.

Enfin, faut-il y voir la main des Etats-Unis dans la chute de l’ancien régime, Blatter, Valcke and co ? Oui, et de la Suisse dans sa quête de transparence autour des grandes institutions sportives, quasiment toutes installées de l’autre côté des Alpes.

Nasser, lui, n’en sortira probablement pas indemne. Quand les Suisses attaquent, ils ont des preuves, et ne lâchent jamais leur proie. Parlez-en à Platini.

Antoine GRYNBAUM

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