Valentino Rossi exhorte Yamaha à suivre l'exemple de Suzuki

Léna Buffa
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Yamaha avait entamé le championnat par deux succès éclatants, mais quatre mois plus tard force est de constater qu'il règne comme une atmosphère de crise au sein du constructeur en cette fin de saison. Pourtant à la tête du plus gros palmarès de 2020, avec neuf pole positions et sept victoires sur un total de 11 podiums en 13 courses, la marque japonaise paye l'éparpillement des points entre ses trois pilotes de pointe ainsi qu'une pénalité aux championnats teams et constructeurs qui va très probablement la priver de récompense.

Depuis plusieurs semaines maintenant, actuellement au sommet de la vague.

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se montre bien plus mesuré sur ce point, estimant que "si Yamaha le veut, il y a une grande marge de progression" en dépit du gel du développement pour 2021, en exploitant ce à quoi il est autorisé de toucher. "Il est vrai que le moteur est un de nos problèmes, un des points faibles de la M1", reconnaît l'Italien, "mais en MotoGP il y a tout un tas d'autres choses que l'on peut faire, on peut énormément travailler sur autre chose que le moteur. Sans compter que l'on peut aussi travailler pour le moteur, mais sans l'ouvrir, sur des pièces autour. Et puis on peut aussi travailler sur la moto pour améliorer le grip et faire quelque chose d'autre."

Sans ajouter sa voix aux requêtes de ses jeunes collègues, partisans de changements radicaux, le #46 estime donc que Yamaha a tout de même une carte à jouer. Il pense notamment que, d'un point de vue technique, la M1 aurait toutes les raisons de s'inspirer de la GSX-RR, car tout en étant dotée comme elle d'un moteur quatre-cylindres en ligne que l'on disait favorisé par le nouveau pneu arrière introduit cette année, la Suzuki a indéniablement beaucoup moins souffert que la Yamaha. "Sur le papier, ce pneu devait être le pneu de Yamaha, [mais] c'est devenu celui de Suzuki. Ils semblent avoir compris quelque chose que Yamaha n'a pas compris et on n'arrive pas à exploiter le grip du pneu arrière", constate le pilote.

En observant la période actuelle du haut de son expérience, Rossi porte également un regard plus général sur le travail mené par Yamaha. Dubitatif face à un programme de tests toujours concentré au Japon, notamment, le pilote italien juge globalement que le constructeur d'Iwata aurait dû évoluer comme l'a fait Suzuki pour ouvrir son travail à des méthodes et une organisation plus européennes.

"À mon avis, ces dernières années la façon de travailler en MotoGP a beaucoup changé, car jusqu'en 2015 ou 2016 ce qui arrivait du Japon ne correspondait pas seulement à la majeure partie, mais vraiment à tout. Or, aujourd'hui, tous les autres teams ont une deuxième ou une troisième équipe d'ingénieurs qui travaillent, par exemple, en Italie", décrit-il. "Chez Suzuki, l'Italie travaille avec le Japon, par exemple", souligne-t-il, soulignant régulièrement ces jours-ci ce qu'il envie dans l'équipe dirigée par son ancien team manager, Davide Brivio : "Ils ont super bien réussi à fusionner la méthode japonaise avec la méthode européenne et italienne, et je ne pense pas que ce soit un hasard que l'équipe Suzuki soit aussi forte." Pour lui, c'est clair : "Ça a beaucoup changé ces dernières années et Yamaha doit un peu s'adapter à cette méthode de travail."

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Le constat parait donc simple aux yeux de Valentino Rossi, toutefois le pilote italien doute que ses remarques soient véritablement prises en compte par Yamaha. "J'essaye toujours d'expliquer au maximum que je le peux les sensations que j'ai sur la moto et les problèmes que je pense avoir, mais je dois dire que ces dernières années les problèmes sont toujours restés plus ou moins les mêmes. Franchement, je n'ai donc pas compris à quel point ils m'ont écouté − ni même à quel point ils le font aujourd'hui !" admet-il. "Je ne suis donc pas très inquiet de ne pas être dans l'équipe officielle l'année prochaine, car je pense que ça ne changera pas beaucoup de ce point de vue-là. Ceci dit, j'aime travailler pour Yamaha. J'essaye toujours de donner mes indications, car j'ai beaucoup d'expérience et je suis très sensible, mais on n'a malheureusement pas réussi à beaucoup progresser."

Viñales aussi veut être entendu

Après l'expérience douloureuse de cette saison, les autres pilotes également souhaitent faire porter leur voix auprès de la direction technique et être entendus par Yamaha. Maverick Viñales, en particulier, regrette l'orientation prise avec la moto de 2020, affirmant avoir alerté dès les premiers essais sur ses défauts, et il espère que la situation ne se représentera plus à l'avenir.

"Il y a eu quelques erreurs dans la direction [prise], mais j'ai toujours essayé de donner de bonnes informations. Au final, il semble que nous avons fait une erreur sur la moto, c'est sûr, parce que pour moi, la moto de l'an dernier était plus performante sur toutes les pistes, pas seulement quelques-unes", constate le pilote espagnol.

"Mes informations étaient bonnes. Je leur ai dit à Sepang. Je leur ai dit immédiatement, à Sepang, quelle moto je voulais cette année", souligne le pilote espagnol, déplorant une mauvaise décision collégiale. "J'espère [qu'ils vont m'écouter] pour les prochaines [motos]. Il faut un changement. Nous faisons des erreurs depuis quatre ans, en faisant les mauvais choix, en allant dans les mauvaises directions, à mes yeux. J'espère que nous serons plus [unis] avec Yamaha l'an prochain et que nous pourrons concevoir une moto complète pour toute la saison, pas seulement pour quatre ou cinq courses."

Avec Vincent Lalanne-Sicaud