Valentino Rossi résiste toujours au renouvèlement générationnel

Léna Buffa
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Vétéran du plateau MotoGP depuis 2015 lorsque Colin Edwards lui a passé le témoin de ce statut peu enviable, poursuit inlassablement sa carrière dans la catégorie reine de la compétition moto, et s'apprête à rempiler pour une nouvelle saison lorsqu'il aura fêté en février prochain ses 42 ans. Dans le même temps, plusieurs pilotes parmi les rares trentenaires que comptait le plateau ont raccroché à la fin de ce championnat, creusant un peu plus le fossé générationnel entre le septuple champion de la catégorie et ses jeunes adversaires actuels.

Tito Rabat et Andrea Iannone, 31 ans, et Cal Crutchlow, 35 ans, ne seront plus de la partie en 2021. Andrea Dovizioso, 34 ans, s'écarte lui aussi, au moins provisoirement. Voilà qui fait d'Aleix Espargaró, dix ans plus jeune que Rossi du haut de ses 31 ans, le deuxième pilote le plus âgé du championnat pour la saison prochaine, devant les deux autres trentenaires que sont Johann Zarco et Danilo Petrucci − auxquels s'ajouterait Bradley Smith s'il était confirmé par Aprilia. Pol Espargaró entrera lui aussi dans la trentaine la saison prochaine, tandis que les 16 autres inscrits sont nés après 1991.

À l'opposé de l'échelle des âges par rapport à Rossi, Iker Lecuona restera le plus jeune du plateau MotoGP, lui qui fêtera ses 21 ans en janvier. Vient ensuite Fabio Quartararo, né en 1999, puis le rookie Jorge Martín, né en 1998, et quatre pilotes qui ont vu le jour l'année précédente : les nouveaux venus Enea Bastianini et Luca Marini, le pilote Ducati Pecco Bagnaia, et le nouveau Champion du monde Joan Mir.

Les départs de Crutchlow et Dovizioso, nés respectivement en 1985 et 1986, font suite à ceux de Dani Pedrosa (1985) et de Jorge Lorenzo (1987) ces deux dernières années, et avec eux c'est une génération qui quitte la compétition, celle-là même qui était venue titiller la star de Tavullia dans la catégorie reine il y a 12 à 15 ans. "Je suis plus vieux que Dovizioso, Pedrosa et Jorge, qui étaient la génération précédente à la mienne", constate Rossi, qui apparait de plus en plus comme le dernier des Mohicans, inusable. "Mais je pense que tout le monde a sa propre histoire, sa motivation, sa passion. L'âge n'est qu'un facteur, mais ça n'est pas le seul, il y a beaucoup de choses différentes. Je suis content parce que je vais courir l'année prochaine et j'espère pouvoir être compétitif. C'est toujours difficile parce que les jeunes pilotes sont toujours plus forts, alors c'est un gros challenge, mais je veux essayer."

Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing

Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing<span class="copyright">Gold and Goose / Motorsport Images</span>
Valentino Rossi, Yamaha Factory RacingGold and Goose / Motorsport Images

Gold and Goose / Motorsport Images

Pour Rossi, un changement de génération est véritablement en train de s'opérer en MotoGP, avec l'arrivée chaque année de nouveaux talents formés dans la catégorie inférieure. "Pratiquement tous les jeunes pilotes qui sont arrivés du Moto2 ces dernières années ont été très compétitifs", observe-t-il après les accessions à la victoire de Quartararo, Binder, Oliveira, Morbidelli, Mir ou encore Rins ces deux dernières saisons. En 2021, c'est son jeune frère qui figurera parmi les rookies, de même que celui qui vient de le battre au championnat Moto2. "L'année prochaine, Marini et Bastianini arrivent, et cette année ils ont fait des choses fantastiques avec la Moto2. […] Ils auront une très bonne moto, la Ducati, et une bonne équipe, alors je pense qu'ils pourront eux aussi être compétitifs dès 2021", pressent le pilote italien, qui voit notamment arriver chaque saison de jeunes talents formés dans son Academy.

"La liste est très longue, avec des jeunes qui se sont battus pour le titre Moto2 ou qui ont terminé deuxième ou troisième. Ils sont d'emblée rapides au guidon de la MotoGP, dès le premier moment. La catégorie Moto2 semble être une bonne école et il y a beaucoup de pilotes très forts dans cette nouvelle génération, comme on l'a vu avec Mir."

Mir mérite son titre à 100%

Champion précoce s'il en est, semble mieux que quiconque personnifier ce renouvèlement. Le jeune Majorquin a décroché le titre cette année alors qu'il ne comptait qu'une saison d'expérience au préalable dans la catégorie reine et qu'il avait déjà grillé les étapes en ne dédiant que deux ans au Moto3 (avec le titre à la clé) et un au Moto2.

"Personne n'aurait parié sur Mir au début de la saison", admet Rossi, "mais il avait déjà beaucoup progressé sur les dernières courses de la saison dernière, et pendant les essais hivernaux aussi il a été fort. Pour moi, il est très mûr, comme s'il avait plus d'expérience si l'on considère qu'il est très jeune et que ce n'est que sa deuxième saison en MotoGP, et ce d'autant plus qu'il n'a fait qu'un an en Moto2. Je pense qu'il a un talent incroyable."

Bien qu'il juge le couronnement du pilote Suzuki "une surprise pour tout le monde", le vétéran du plateau lui reconnaît le plein mérite de son succès. "Personne ne s'attendait à ce qu'il puisse gagner le titre cette année, mais je pense qu'il [le mérite] à 100% car il [a] été le plus régulier, ce qui était très important cette année. Il n'a gagné qu'une seule course, mais il faut se souvenir qu'en Autriche la course a été arrêtée à cause du gros accident, sinon il aurait aussi gagné là-bas."

"Gagner le titre MotoGP à sa deuxième saison, ça n'est pas donné à tout le monde. Il n'y a qu'un petit nombre de pilotes dans l'Histoire qui ont pu être titrés au plus haut niveau dans ce qui n'était que leur deuxième saison", souligne Rossi, dont ce fut le cas également en 2001. "Il est très jeune, mais il ne fait pas d'erreurs, il prend toujours la bonne décision dans les moments déterminants, et il est rapide. Je pense donc qu'il mérite vraiment ce titre. Avec Suzuki et toute l'équipe, ils ont fait un travail incroyable. La moto a très bien fonctionné et ils méritent cette victoire."