Vendée Globe - Vendée Globe - Fabrice Amedeo : « Un côté mystique »

L'Equipe.fr
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Skippeur de « Newrest-Arts-et-Fenêtres », Fabrice Amadeo raconte comment il vit le confinement imposé aux marins du Vendée Globe, avant le départ dimanche du tour du monde en solitaire et sans escale.

« Comment vivez-vous vécu le second confinement imposé depuis la semaine dernière ?
On n'était pas forcément préparés, on était plutôt dans l'insouciance. On sait que la Vendée est résistante. Le village (de la course) était ouvert, ce qui était miraculeux, et puis Macron a parlé et on a peut-être mieux compris qu'on vivait un énorme privilège. La ville s'est vidée, l'atmosphère est assez glauque mais nous on s'arrachera quand même, même si on n'aura pas le boost du chenal, qui sera vide, il n'y aura pas cette énergie populaire incroyable qui te poussait. C'est pas tous les jours que tu passes devant 70 000 personnes qui t'encouragent. Nous, on part, on est de grands enfants gâtés alors oui, pour une fois, ça te donne une forme de culpabilité, surtout vis-à-vis de ta famille que tu laisses seule, face au Covid, face aux problèmes politiques. On a des familles, des enfants souvent.

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Cela vous donne-t-il une plus grosse responsabilité vis-à-vis du public ?
Il est évident que ça donne encore plus envie de le sortir symboliquement. Tous les skippeurs avons une carte importante à jouer. Le Vendée est déjà quelque chose d'énorme, il devrait être encore plus fort.

Est-ce que ça vous fera hésiter à raconter en course vos petits malheurs de solitaire volontaire ?
Personnellement, je ne me suis jamais trop plaint, ce n'est pas trop dans ma nature. Mais il est certain que quand on verra des dauphins, il ne faudra pas hésiter à les montrer ou à en parler. Un jour, une dame m'a dit que nous étions les nouveaux Thomas Pesquet, que nous racontions de belles histoires, que nous montrions du beau. Il n'est pas dans l'espace cette fois ci (il l'était durant l'intégralité du précédent Vendée Globe), mais quelque part il nous laisse le flambeau.

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Vous projetez-vous sur votre retour dans moins de trois mois ?
C'est un vrai sujet. La réacclimatation n'est pas toujours aisée. Après le Rhum 2014 (transat sur le parcours Saint-Malo - Pointe-à-Pitre), où je n'avais pas assez bu, j'étais déshydraté, je me perdais dans la rue, j'étais atteint. Un Vendée, c'est plus long, c'est une épreuve très physique, notre système immunitaire, qui va évoluer dans un contexte très différent, sans microbes, sera à plat. On sera clairement une population à risques. Et est-ce que le virus aura évolué ? Est-ce qu'il sera plus virulent ? En tout cas, je ne me fais aucune illusion sur ce que je vais retrouver, il y a peu de chance qu'on soit sorti du truc.

Comment intégrez-vous l'absence du public au départ ?
On était passé à 9 000 spectateurs, ce qui faisait clairsemé, et maintenant à personne, ce qui fera vide. Je pense à ceux pour qui c'est la première fois, il va leur manquer quelque chose. On avait 250 personnes qui devaient venir, le PDG de Newrest, mon père, mes cousins, toute l'équipe... Je me console égoïstement en me disant que je l'ai déjà vécu. Ça va aussi donné un côté particulier, mystique, au départ. Ça va être un Vendée autre et historique. C'est pour l'arrivée que ça m'embêterait le plus. Tu sors de privation et de souffrance, et il faudrait sortir de là en catimini. Je pense aussi au futur vainqueur, pour qui c'est la quête d'une vie, qui d'habitude rentre sous le feu d'artifice, avec cette foule gigantesque. Il est probable qu'il n'y aura pas plus de gens à l'arrivée qu'au départ... »