"Venez ici, plus près, encore plus près...": des enregistrements compromettants révélés par deux ex-collaborateurs d'André Santini

Le maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini le 28 juillet 2020, à Clamart, près de Paris - Ludovic MARIN © 2019 AFP
Le maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini le 28 juillet 2020, à Clamart, près de Paris - Ludovic MARIN © 2019 AFP

De l'insistance et des menaces. Un ancien huissier et un ex-chef de cabinet du maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini ayant porté plainte contre lui pour "agression sexuelle", "harcèlement seuel" et "harcèlement moral" ont enregistré leurs échanges avec l'édile altoséquanais. Des enregistrements compromettants auxquels Le Monde, mais aussi FranceInfo et Le Parisien, ont eu accès et dont ils ont révélé le contenu ce lundi.

Dans un premier enregistrement, André Santini ordonne à l'un d'eux, identifié sous le prénom d'emprunt Marc, de se rapprocher de lui afin de procéder à des attouchements.

"Je voudrais que vous restiez près de moi, il faut que vous restiez près de moi, venez-ici, plus près, encore plus près" dit-il.

Marc lui répond qu'il est "bien, là". Celui qui est également vice-président de la Métropole du Grand Paris insiste.

"Non, vous n'êtes pas assez près, je tiens à vous".

Bruits de frottement

Lors d'un autre enregistrement, des bruits de frottement se font entendre. Selon l'ancien chef de cabinet, il s'agit de caresses sur la cuisse. "Je veux que tu sois proche de moi, approche-toi, encore, viens encore", déclare le maire. Avant de menacer:

"Tu es vraiment naïf, hein! Et toi, quelle protection tu as? Ils peuvent te matraquer, ils disent: 'bon ben c'est un petit [...] il n'est pas viril, il n'a pas de diplômes', faut que tu sois... Approche-toi".

Le Parisien, qui a eu accès au même enregistrement, rapporte que Marc tente alors de poursuivre la conversation tout en déclarant "je suis près de vous [...] là je suis bien". Mais l'élu s'obstine:

"Non! Approche-toi encore, viens, viens plus près, c’est pas mal. Moi, je t’aime beaucoup, c’est moi qui t’ai inventé. Il faut que les autres soient convaincus que tu es proche de moi (…), faut que tu passes pour être près de moi. Eh! C’est comme ça, c’est con, hein! Tu es méfiant, hein… Viens ici!".

"Vous veniez du ruisseau, vous retournez au ruisseau"

Dans l'article de France Info, l'autre homme, identifié sous le prénom d'emprunt Pierre, lui aussi victime d'attouchements, raconte un épisode marquant. De retour d'une réunion et alors en état d'ébriété, l'édile aurait tenté de l'embrasser.

Pierre et Marc sont actuellement en arrêt-maladie. Ils ont été rétrogradés le 19 mai dernier. Le motif officiel: "rupture des liens de confiance". Les deux plaignants se sont rendus au bureau du maire pour obtenir davantage d'informations, en prenant le soin au passage d'enregistrer les échanges.

"Qu'est-ce que vous faites là?", les interroge André Santini à leur arrivée. "Nous sommes en train de faire nos affaires", lui dit Marc. L'ex-chef de cabinet pousuit: "On part, comme vous nous aviez dit qu'on avait le Covid". Une allusion au fait que les deux agents, ainsi qu'une autre employée ont attrapé le virus en même temps, en mai, explique Le Parisien.

L'octogénaire réplique avec ironie:

"J’ai beaucoup apprécié que des collaborateurs, ici, ne soient pas vaccinés. Trois d’un coup, une partouze quoi! Alors, vous êtes indignes, vous avez déconsidéré le cabinet. Vous veniez du ruisseau, vous retournez au ruisseau, ça vous va?".

Contacté par Le Parisien, l'avocat d'André Santini, maître Marc Bellanger, explique qu'il va déposer plainte pour dénonciations calomnieuses. "Nous n’avons jamais été entendus dans cette affaire, nous n’avons jamais écouté ces enregistrements. On ignore leur contexte, s’il s’agit d’un montage. Il y a une réelle volonté de nuire", déclare-t-il dans les colonnes du journal.

Une nouvelle plainte

Le maire UDI d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) est par ailleurs désormais visé par une autre plainte pour "prise illégale d'intérêts" envoyée lundi 21 novembre au parquet de Nanterre par ces deux mêmes ex-collaborateurs, apprend-on par nos confrères de FranceInfo.

En tant que fonctionnaires, les plaignants peuvent bénéficier d'une "protection fonctionnelle", c'est-à-dire une assistance juridique. Problème: André Santini a fait voter au dernier conseil municipal d'Issy-les-Moulineaux cette protection pour sa propre défense. Les deux personnes, qui lui reprochent donc des attouchements et un système d'emprise, ne peuvent en revanche pas bénéficier de ce dispositif car cela n'a pas été soumis au vote. D'où leur plainte pour "prise illégale d'intérêts".

Leur avocate, Christelle Mazza, a, par ailleurs, déposé un référé devant le tribunal administratif de Cergy (Val-d'Oise) pour contester le rejet de la protection fonctionnelle demandée par ses deux clients.

Article original publié sur BFMTV.com