Me Versini, avocat de Bernard Laporte : « Ce qui est exagéré est insignifiant »

Me Versini (en marron) accompagnant Bernard Laporte. (E. Garnier/L'Équipe)

Me Versini, avocat de Bernard Laporte, a été le premier à plaider à la suite des demandes de peines du ministère public. Il avait promis de ne pas s'exprimer sur ces réquisitions, mais n'a pas pu s'en empêcher, tout en délaissant le dossier.

Si la première plaidoirie en défense de M. Laporte, entendue hier dans la foulée du réquisitoire, nous a appris quelque chose, c'est que l'un des deux conseils du président de la FFR lisait L'Équipe, l'archivait et, de manière tout à fait attendue, l'accusait de tous les maux devant le tribunal avant de l'agiter au prétoire comme le bulletin honteux du petit dernier.

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Si nous avions parfois ressenti la sensation, pendant les sept premiers jours de procès, d'assister au procès de la Ligue nationale de Rugby, Me Versini a désigné cette fois un autre coupable en la personne d'Eric Russo, procureur du PNF qui a instruit l'affaire à ses débuts, avant de donner une nouvelle orientation à sa carrière : « M. Russo a été acheté. Il s'est vendu. Il est parti pour le cabinet américain Quinn Emanuel, cabinet mondial dont l'objet est la protection de la grande délinquance internationale en matière fiscale, boursière et corruption. M. Russo est coupable de délit de pantouflage inscrit dans notre code pénal, et prise illégale d'intérêts. C'est puni de prison. Je vous dis ça parce que M. Russo est parti avec le savoir-faire et le carnet d'adresses du PNF chez l'ennemi. Et il a laissé le bébé à M. Dulin. Et M. Dulin s'est évertué jusqu'aujourd'hui à mettre des carrés dans des ronds. »

Avocat de Bernard Laporte, faisant allusion au président de la Commission d'appel.

« Est-ce que vous imaginez ce que peut être le problème du sommeil des hommes de plus de 75 ans ? À quel point il faut que l'oreiller soit le bon. »

Il a aussi été question de l'acharnement médiatique. Sur cet aspect, l'avocat de M. Laporte évoquait la cabale contre les puissants : « Bernard Laporte a été secrétaire d'État de M. Sarkozy. C'est impardonnable pour une partie de la presse française. Donc c'est suspect. Quant à M. Altrad, il est suspect parce qu'il est milliardaire. C'est la 30e fortune de France avec des tuyaux et des boulons. Tout milliardaire est détesté. Et quand il y a un contrat entre les deux, les coupables sont là et s'engage une campagne de presse comme, selon moi, on n'a jamais vu. C'est pire que Mediapart avec Cahuzac. » Heureusement que « ce qui est exagéré est insignifiant », déclarait-il à propos des peines réclamées par le ministère public.

La stratégie a ensuite consisté à minimiser l'objet des révélations et du coup de fil au président de la Commission d'appel, Jean-Daniel Simonet, octogénaire maltraité en garde à vue, toujours selon l'avocat de M. Laporte. « Jamais un avocat de 79 ans n'a dormi à la souricière (pendant sa garde à vue) pour un coup de téléphone dont il n'est pas l'auteur. Or, la cible ne peut pas être un complice. On peut l'entendre comme témoin. Et le lendemain, il est dans un tel état... Est-ce que vous imaginez ce que peut être le problème du sommeil des hommes de plus de 75 ans ? À quel point il faut que l'oreiller soit le bon. C'est une torture subie par M. Simonet, mon confrère. Cette torture que lui inflige M. Russo parce que c'est la dernière carte. Son dossier a volé en éclat. Il ne reste que Simonet parce qu'il y a eu des pressions. »

L'absence de Simonet sur le banc des accusés a d'ailleurs pu surprendre. À son sujet, la magistrate Céline Guillet expliquait : « La connaissance du contrat est indispensable pour imputer les faits. On pense que M. Simonet n'était pas au courant. Quelle infraction pénale aurions-nous pu ou dû identifier ? » Les plaidoiries de la défense reprendront mercredi matin à 9h30.