Viñales fait déjà le bilan d'une opportunité en or perdue pour Yamaha

Léna Buffa
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C'est un plus défaitiste que jamais qui prendra dimanche le départ du Grand Prix d'Europe depuis la pitlane du circuit Ricardo Tormo. Pénalisé pour avoir dépassé son quota de moteurs en conséquence d'une erreur commise en début de championnat par Iwata, il s'enfonce également dans des performances trop irrégulières pour être satisfaisantes en dépit de sa victoire à Misano et, comble de la poisse, vient encore de perdre plusieurs membres de son équipe pour les deux manches de Valence à cause du COVID-19.

Il a beau être toujours en lice pour le titre, à une solide troisième place du championnat, Viñales n'a visiblement plus aucun espoir d'y parvenir. Aussi, lorsqu'il lui est demandé ce soir s'il a le sentiment que 2020 est d'ores et déjà une saison pour Yamaha, le pilote espagnol répond avec franchise : "Absolument. Il faut être clair : Marc [Márquez] n'est pas là, alors c'était une très bonne opportunité. Honda et Marc sont à un autre niveau et ils le montrent à la fin de l'année. C'était donc une situation parfaite pour remporter le titre, mais en 2020 comme en 2017 on a perdu en commettant la même erreur."

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Bien que seulement distancé de 19 points à ce stade, avec encore trois courses à disputer, Viñales sait qu'il risque de rétrograder plus bas demain, puisque son départ depuis la voie des stands ne lui permettra pas de sauver un résultat digne de la lutte pour le titre. Et il en est tellement conscient qu'il n'aborde pas cette épreuve dans l'optique de jouer le tout pour le tout comme peut le faire par ailleurs Fabio Quartararo.

"Je ne prendrai pas de risque", assure-t-il. "Si je ne peux pas faire des chronos incroyables pour rattraper les pilotes de tête, je ne vais pas prendre le risque de tomber et de me blesser ou quoi que ce soit. Je vais essayer de donner le maximum, comme toujours, ce qui a été très difficile jusqu'ici, clairement, parce que c'est le chaos actuellement. Mais on verra bien ce que ça donne demain."

"Si j'ai de bonnes sensations, je vais pousser, sinon, non, il ne sera pas nécessaire de pousser. Car si je n'ai pas de super sensations, je ne remonterai pas au-dessus de la 14e ou la 15e place. Et deux points, ça ne fera rien", estime-t-il. "Je vais essayer de faire de mon mieux. Je vais essayer de rejoindre Fabio, c'est la seule cible que j'ai en tête. Fabio va vite, donc ce ne sera pas facile, mais je vais essayer."

"De plus en plus seuls avec la moto"

Le manque de moteurs dans le parc dont il aurait dû disposer pour la saison découle directement de ce qui a été qualifié d'erreur interne, commise d'après Yamaha par omission, et qui explique qu'il ait dû renoncer à trois de ses cinq blocs. Il affirme ainsi avoir su dès l'Autriche, en août, qu'il ne pourrait pas finir le championnat sans pénalité telle que celle dont il écopera demain en utilisant ce sixième moteur hors quota. "On ne peut rien faire de plus, franchement, parce qu'on a fait une erreur à Jerez et on en paye le prix toute la saison", résume-t-il.

Mais à entendre Maverick Viñales, ce n'est finalement qu'une goutte d'eau dans un océan de déceptions cette année, le coup de massue ultime étant arrivé vendredi lorsque son responsable de télémétrie a été diagnostiqué positif au COVID-19. "C'est très compliqué. Davide [Marelli] est très compétent et il nous aide beaucoup. Il sait où et comment trouver de la puissance et il est irremplaçable, il n'y a personne à sa place. Il n'y a donc pas de responsable télémétrie dans mon équipe. C'est compliqué pour travailler, il nous manque beaucoup de monde. […] Il manque la moitié de mon stand. On ne peut pas travailler, on ne peut rien faire", peste-t-il.

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"Franchement, je me sens très étrange, parce qu'il y a trop de choses qui se mélangent", admet ce soir le pilote espagnol, qui déroule de façon implacable le bilan d'une année sur laquelle il a déjà fait une croix. "Il y a d'abord le moteur car j'ai eu des difficultés toute la saison à ce niveau, et puis avec la moto ça n'est pas super. Sur une piste spécifique, avec une gomme et des températures bien précises, elle fonctionne bien, comme on a pu le voir à Misano et Jerez, mais le reste de la saison a été un cauchemar pour nous. Je n'ai jamais eu de bonnes sensations, uniquement sur certaines courses. Sur les autres, je n'ai pas été assez compétitif. Et puis il y a le team… À chaque fois, ce sont toujours plus de personnes de mon team qui partent et on n'a pas de bons remplaçants."

"J'ai donc l'impression qu'on est de plus en plus seuls avec la moto et on ne peut rien faire, on n'a pas assez d'expérience ni assez d'informations pour y apporter des changements. Ce qu'on fait donc c'est que, si la moto fonctionne bien quand on arrive c'est parfait, mais si elle ne fonctionne pas il faut faire une croix sur le week-end. En gros, on ne progresse pas. Après Misano, ça a été très compliqué. Et ça a donc été une situation très stressante, car quoi que je fasse, même en changeant tout, la situation reste la même. Alors qu'est-ce que je fais ?"

"Je perds beaucoup de compétitivité en piste, car tout ce que je fais c'est m'énerver, être triste et très frustré car rien ne fonctionne. Ce que j'essaye de faire désormais c'est donc d'aider l'équipe en leur fournissant de bonnes explications. Je ne peux rien faire de plus, je dois attendre d'avoir la bonne arme. Maintenant, je ne fais juste que piloter et essayer de ne pas me blesser car j'ai encore de nombreuses années devant moi. Et puis, surtout, j'essaye de ne pas exploser, car dans une telle situation ça peut arriver. J'ignore qui a la responsabilité, vous savez. En tant que pilote, on prend toujours sur soi car c'est nous qui pilotons la moto."

Avec Germán Garcia Casanova