Victor Bergeon : « J'avais l'impression que mon corps m'avait lâché »

Victor Bergeon, un corps taillé pour l'aventure. (Roberto Frankenberg/L'Équipe)

Victor Bergeon, réalisateur de 29 ans, raconte dans la rubrique « Fenêtre sur corps » du Magazine L'Équipe comment la maladie l'a incité à vivre intensément sa passion pour les voyages et les aventures extrêmes. Et à se surpasser.

« À 22 ans, au printemps 2014, on m'a diagnostiqué la tuberculose. J'avais décroché une bourse pour étudier en Californie dans un campus avec 30 000 jeunes qui faisaient la fête tout le temps. J'avais des cours sur la sexualité, la géographie du surf, je surfais tous les jours. Je me sentais béni, intouchable, jusqu'au matin où j'ai craché du sang.

À Poitiers, où je suis rentré auprès des miens dès que j'ai compris que j'étais en danger, le médecin m'a dit que la maladie était à un stade très avancé mais qu'elle se soignait bien. Après un traitement de neuf mois, je pensais être guéri, mais, en 2016 j'ai rechuté. C'est cette rechute qui m'a marqué au fer rouge et qui est à l'origine de Voyages au bout de l'effort, ma série documentaire (dont le troisième épisode est diffusé sur Canal+ le 5 mai à 22 h 40).

À côté de mon lit d'hôpital, j'avais un carnet. Un soir, j'ai couché à l'écrit la promesse que si je m'en sortais, je ferais tout mon possible pour me bâtir un corps heureux, fort et vivant. Et réaliser mes rêves : plonger sous la glace, vaincre mon vertige en devenant parachutiste, être capable de survivre seul dans la forêt et courir un Ironman (3,8 km de natation, 180,2 km de vélo et 42,195 km de course à pied). Le défi ultime.

J'avais fait du sport toute ma vie, et dans mon lit d'hôpital, j'avais l'impression que mon corps m'avait lâché. Que face à la maladie, j'étais une merde. J'avais perdu 7 kg en trois semaines lors de mon premier séjour, 5 ou 6 au moment de ma rechute. J'étais touché dans mon ego. Cette série a été une vraie thérapie et elle continue à l'être.

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J'avais besoin de me prouver que mon corps était mon allié et pas mon ennemi. Au fil de mes défis, j'ai découvert que mes limites étaient bien au-delà de ce que je pensais. Le froid a été un très bon professeur pour ça. T'es en slip dehors, la nuit, il fait moins 12 °C, il y a des rafales de vent, ta tête te dit "ne le fais pas". Et, une fois que tu y es, ton corps s'adapte. J'ai beaucoup appris sur la gestion de ma respiration. Sur ma capacité à reprendre le contrôle de mon corps. D'ailleurs, je continue à prendre des douches froides tous les jours.

Mais le gros changement, ça a été la caisse que j'ai gagnée pendant la prépa de l'Ironman, parce que c'est le défi qui m'a demandé le plus de temps, d'énergie et d'entraînement spécifique. Quand ma copine m'a récupéré, j'étais à l'ouest complet. J'avais oublié 4 000 € de matos dans notre bungalow, acheté mes billets de train en double, perdu mes écouteurs. Mais j'étais sur un nuage.

Aujourd'hui, j'essaie de m'en tenir à cinq entraînements par semaine pour rester en forme. Je pourrais m'en passer, mais ce serait au détriment de ma santé mentale. Depuis la tuberculose, je ne suis pas retourné à l'hôpital. Je suis devenu un peu hypocondriaque, j'ai peur d'aller faire des examens. J'aurai des cicatrices dans les poumons toute ma vie. Les médecins m'ont dit de faire gaffe. Mais je ne me sens pas plus faible.

Ce que la maladie m'a apporté, c'est l'envie et l'urgence de vivre des trucs très forts. J'ai plein d'idées pour une deuxième saison. L'apnée, par exemple, me fascine. J'aimerais aussi grimper l'un des plus hauts sommets du monde. Et puis, je veux à tout prix monter sur un ring. »

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