Vidéo ? Contre !

Denis Balbir

But marqué, carton rouge, penalty, méprise sur une identité : voilà les quatre cas possibles pour utiliser la vidéo. Depuis de longues années, ce sujet est au centre des débats. Joueurs, techniciens, arbitres : tous les acteurs du football veulent limiter les erreurs. Voilà une bonne intention. Mais à quel prix ? L’image prend de plus en plus le pas sur l’humain et ça, c’est inacceptable.

Les arbitres ont besoin d’être aidés. Ils sont trop seuls, objet de critiques multiples quand les décisions prises en une fraction de seconde sont mauvaises. Des louanges quand les décisions sont bonnes ? Trop rares à leurs yeux et pourtant ils en ont… Les images polémiques, les présidents dans les vestiaires, les coups de gueule. Fini tout ça. On veut nous vendre l’idée que la vidéo va tout régler. Je n’y crois pas. Les arguments ne peuvent être favorables qu’à l’existence de la goal-line technology, essentielle nouveauté et seul fait de jeu pouvant échapper à la décision humaine. Les cartons rouges ? La vidéo ? Ne me dites pas qu’un arbitre ne peut discerner le vrai du faux sur un carton qui exclut un joueur.

Un arbitrage différent et une appréciation qui varie

Un directeur de jeu international, ou pas, doit tout de même avoir les capacités de jugement nécessaires pour se faire une idée, d’autant que sortir un carton de n’importe quelle couleur n’a aucune obligation de rapidité. Ce n’est pas une course contre la montre et déplacer le débat là-dessus dans une pièce du stade autre que le terrain revêt quel intérêt ? Les fautes de main dans la surface offrent des débats entre les arbitres eux-mêmes, puisque selon les matchs et les situations, certains sifflent et d’autres non… Imaginez dans le stade, devant leur écran vidéo, deux juges se crêpant le chignon car ils ne sont pas d’accord sur l’interprétation de l’image. Les tirages de maillot sur les corners ? Penalty ou non ? L’enjeu du match comptera toujours, comme les noms des équipes en place. L’uniformisation de l’arbitrage à ce jour est un dossier qui s’épaissit. On arbitre différemment en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, en Italie ou en France et au sein de certains championnats, les arbitres sont d’un niveau bien différent.

Prendre en compte le contexte 

La vidéo est une solution de facilité, qui de manière contradictoire, au lieu de simplifier, augmentera la complexité des décisions à prendre, sans parler du temps perdu, des matchs hachés et de la crédibilité même des hommes de terrain qui s’exposeraient au risque, pour certains, d’être contestés par l’image, d’être perdus et de lâcher l’affaire… Le danger existe aussi de voir les fameux “hommes en noir”, inconsciemment moins concentrés, se “reposant” sur la nouvelle star, l’image… L’image ? Oui. Il faut sauver le football.

La vidéo ne peut pas tout résoudre

Lors du plongeon de Ravanelli dans la surface du Parc des Princes, nous étions agglutinés autour d’un écran de Canal+ avec d’autres collègues pour nous faire une idée de l’action. Aujourd’hui, le débat n’est pas encore clos ? Certes, la zone géographique compte beaucoup dans l’analyse, car certains pensent encore qu’il y avait penalty. Mais on peut étendre le décorticage des bandes vidéo, à l’époque, à certains matchs de Coupe du monde ou de Coupe d’Europe, dont certains faits décidés ne sont toujours pas éclaircis des années plus tard. Alors la vidéo ?

Valoriser le sport dans le milieu scolaire

En Coupe d’Europe, depuis quelques années, les arbitres sont cinq. Au lieu de prêcher pour l’utilisation de l’image dans certains cas litigieux, ne peut-on pas, une fois pour toutes, essayer de mieux former les arbitres ? Rêver qu’ils soient meilleurs, plus courtois, parfois plus honnêtes (Barcelone-PSG) et toujours aussi bien rémunérés. Rêver que les stages d’avant-saison ne soient pas suivis dès la première journée de championnat, d’incidents divers qui annulent en un samedi les intentions louables mais vaines des joueurs, des entraîneurs et donc des arbitres. En fait, revenir au problème de base de la société, un problème d’éducation et de pratique du sport plus fréquente en milieu scolaire. Vous savez, du moins pour ceux de ma génération. Ce fut une promesse électorale jamais tenue. Se calquer sur le modèle anglo-saxon pour aller plus loin, plus haut et être plus fort et alors se servir de l’image comme un loisir, celui de voir de plus en plus de Français récolter des médailles.

Denis Balbir

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