Vincent Roger : « Nous avons tous les atouts pour réussir les Jeux »

Vincent Roger, ancien conseiller aux Jeux de la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, publie jeudi aux éditions de l'Archipel le premier livre, résolument positif, sur l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 : « Paris 2024, un défi français ».

En pleine promotion de son livre, Vincent Roger n'a pas très envie de s'étendre sur les conséquences de la déroute de Valérie Pécresse à l'élection présidentielle (4,78 %). Par loyauté envers la présidente de la région Île-de-France qu'il a accompagnée, et souvent remplacée, pendant quatre ans, afin de vivre l'aventure olympique de l'intérieur. Il souligne qu'elle a « toujours la légitimité sur les Jeux » avant d'expliquer en quoi l'événement peut être un « New deal » pour sortir de la crise et mobiliser les Français autour d'un projet commun.

« Pourquoi avoir écrit un livre sur les Jeux de Paris 2024 ?
Ma conviction profonde est que les Jeux peuvent être un tournant historique et psychologique positif pour le pays. Les élections présidentielles ont mis en lumière la fracturation du pays et plus que jamais la France a besoin de projets collectifs. C'est le plus grand événement dans le quinquennat qui s'ouvre, un magnifique défi. Un récit national est à écrire.

C'est pourquoi la puissance publique doit davantage s'engager derrière le COJOP (Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques) pour la réussite des Jeux. Je pars du postulat que nous avons tous les atouts pour réussir les Jeux en matière d'organisation et d'un point de vue historique car on est le pays qui a le plus organisé d'olympiades après les États-Unis. Ces Jeux doivent dépasser cette réussite organisationnelle et de créativité pour être un projet politique au sens noble du terme.

À deux ans des Jeux, on n'a pourtant pas l'impression que le projet décolle...
Les Jeux constituent une organisation colossale. La délégation interministérielle aux Jeux (Dijop), la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques) et le COJOP sont mobilisés dans ce sens. Mais il faut aller au-delà et réanimer l'esprit de Lima, celui de la phase de candidature quand tous les acteurs publics travaillaient de concert. Depuis, ils ont eu d'autres priorités avec la crise du Covid et les élections successives. Chacun avance dans son couloir sans gêner l'autre mais sans travailler vraiment ensemble. Il n'y a pas eu une initiative politique forte de tous depuis la signature du protocole financier en juin 2018 à l'Hôtel de ville de Paris.

Vous n'avez pas peur justement que le budget des Jeux explose après la crise sanitaire et du fait de la guerre en Ukraine ?
Plusieurs rapports ont été commandés lors du Comité interministériel aux Jeux en novembre dernier pour avoir un état des lieux précis. Il peut y avoir quelques coûts supplémentaires avec l'inflation des matières premières mais tout a été fait depuis le début pour que l'on reste dans les clous du budget du COJOP et de la Solideo. C'est injuste de dire que l'on dépense à tort et à travers l'argent public pour les Jeux ! Tout euro investi est un euro investi dans l'héritage des Jeux. Quand vous additionnez les deux budgets de Paris 2024 et de la Solideo, vous obtenez 7,8 milliards d'euros dont 25 % d'argent public et 75 % d'argent privé.

Vous pensez vraiment que les Jeux peuvent transformer la France en "nation sportive ?
Oui, car le sport est un géant sociétal avec ses 18 millions de licenciés, 25 millions de pratiquants, 3,5 millions de bénévoles, un poids économique de 2 % du PIB. C'est aussi l'activité préférée des Français. Mais il reste un nain politique. Il faut mettre fin aux oppositions stériles entre le sport d'élite et le sport pour tous, parce que les Jeux doivent être un moment de rassemblement.

Exemple : on gagne la médaille d'or aux Jeux de Tokyo en volley-ball et la Fédération augmente de 20 % ses licenciés à la rentrée suivante. Il faut aussi mettre fin à une certaine condescendance française vis-à-vis du sport. Le saut de Bob Beamon, en 1968 à Mexico, à ce niveau c'est une oeuvre d'art, il faut l'accepter, comme le revers de Roger Federer. Les Jeux doivent être ce tournant où on admet que le sport, par les valeurs qu'il porte, est l'égal de la culture.

Et les médailles dans tout ça ?
On est tous conscients que Tokyo n'a pas été un grand moment français. Si on peut accepter que la Chine ou les États-Unis aient plus de médailles que nous, cela ne peut être le cas pour les Anglais, les Australiens, les Allemands ou encore les Italiens. Cela prouve que nous avons eu un problème à l'allumage. On ne s'y est pas pris aussi tôt que les Anglais au lendemain des Jeux d'Atlanta en 1996. Ces médailles sont très importantes pour le succès des Jeux. Dans cette optique, un triangle magique est en train de se composer entre l'Agence nationale du sport (ANS), le mouvement sportif et l'INSEP pour accompagner 400 athlètes. Tout le monde a pris conscience qu'il ne pouvait plus y avoir de querelles de chapelle.

Optimiste, vous visez 80 médailles comme Laura Flessel ?
Les 80 médailles me semblent irréalistes mais être dans le Top 5, comme souhaité par le président Macron, me paraît possible, soit entre 50 et 60 médailles. On va pouvoir compter sur la venue d'entraîneurs étrangers de très haut niveau ou encore sur le bataillon de Joinville ; à Tokyo, la moitié des médaillés d'or étaient des militaires. Il y a aussi l'émergence d'une nouvelle génération d'athlètes qui peuvent être très compétitifs à Paris comme le nageur Maxime Grousset, l'archer Lisa Barbelin, la judoka Romane Dicko ou encore la pépite Sasha Zhoya.

L'effet maison jouera à deux niveaux : le CNOSF est dans une logique d'organiser des kops sur tous les lieux de compétition et on sait qu'un public peut transcender un sportif. Et puis imaginez ce que va vivre l'équipe de France olympique le 26 juillet à 20 heures en remontant la Seine sur 6 km... Sans oublier la participation de Mbappé (l'attaquant du PSG souhaite vivre les JO de Paris). Quand on additionne tout cela, il y a des raisons d'espérer un moment de transcendance du sport français en 2024.

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