Voile - Vendée Globe - Jean Le Cam, cap sur un sixième Vendée Globe

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Le marin, 4e de la dernière édition, a profité d'un échange avec les abonnés de l'Équipe, ce mercredi, pour annoncer qu'il serait au départ en 2024 de son sixième Vendée Globe, sur un nouveau bateau. C'est un de ces moments rares et privilégiés que Jean Le Cam a offert, ce mercredi, à neuf abonnés de l'Équipe. Pendant une heure et demie, le héros du dernier Vendée Globe (4e), qui a récupéré Kévin Escoffier au milieu de nulle part après que son monocoque fut parti par le fond, a échangé autour de sa passion pour les bateaux, la mer, la vie. Passionné et passionnant avec ce sens de l'autre unique. « Une aventure ne vaut que si elle est partagée », a coutume de dire le Breton de 62 ans, dont plus de 40 à courir sur toutes les mers du globe. Et Toutes voiles dehors, pour reprendre l'intitulé de son autobiographie (éditions L'Équipe/Solar) qui sort ce jeudi 16 septembre. La soixantaine rugissante, Le Cam n'est pas encore rassasié. Qu'est-ce qui le pousse encore à prendre la mer en compétition ? « À chaque fois, le scenario est différent. » Avant de lâcher une info : « Là, on prépare une histoire pour 2024 ! » De fait, il y aura donc un sixième Vendée Globe de suite ? « Ouais ! Si je ne suis pas mort ! » À bord de Hubert (Yes We Cam !), nom de baptême de son fidèle monocoque, en hommage à son ami disparu, Hubert Desjoyeaux, qui avait construit ce bateau pour son frère cadet Michel, vainqueur du tour du monde en solo en 2008-2009 ? Jean Le Cam « Cela fait trois tours du monde que je fais avec Hubert. J'ai envie d'un peu de nouveauté. » « Attends ! Cela fait trois tours du monde que je fais avec Hubert. Je n'ai cessé de l'améliorer mais j'ai envie de changer un peu. J'ai envie d'un peu de nouveauté. » Pourtant, sa monture ne va pas rester à quai. Prêt donc pour la laisser à quelqu'un ? « Ce ne sera pas quelqu'un ! » Quelqu'une, alors ? « On ne sait pas encore », lâche Le Cam, malicieux. Il se murmure que la jeune et prometteuse Violette Dorange pourrait hériter de Hubert. Même si rien n'est encore finalisé. « Mais la personne aura la pression », balance le marin, rigolard. Hubert dans d'autres mains, Jean Le Cam aspire donc à construire un nouveau 60 pieds. Mais il ne « sera pas doté de foils », pour éviter cette course à l'armement, cette inflation des budgets qu'il dénonçait dès son arrivée aux Sables d'Olonne, lors du dernier Vendée Globe. « On va créer un nouveau concept de bateau, dans une autre forme de performance, uniquement technique, en parallèle de ce qui existe. Et qui vivra verra. » Suivant son raisonnement, un lecteur lui demande : « Peut-on imaginer qu'un non-marin gagne un jour car il a le meilleur bateau, autopiloté ou pas loin ? » De quoi attiser la flamme technicienne du skipper : « Cela dépend de ce qu'on veut faire. Les règles internationales du bateau à voile, c'est naviguer avec la force du vent et la force humaine. Aujourd'hui, on a deux dérogations, le vérin de quille et de pilote automatique. Si on décide qu'on a droit à de l'assistance sur les plans porteurs... Je vais à l'extrême : on pourrait dessiner d'ici une vingtaine d'années un drone et on n'aurait plus besoin d'être à bord. Au moins le drone, lui, il a pas mal » Jean Le Cam « Si on veut autoriser des bateaux entièrement autopilotés dans vingt ans, on y va, ça ne me pose pas de problème, je suis un technicien. En plus, j'aurai 82 ans ! Donc, ça me va bien d'être devant mon écran en train de faire le Vendée Globe avec deux manettes.» La tirade déclenche le rire de l'assemblée, conquise. Et Le Cam de poursuivre : « Mais pour avoir une vision, il faut savoir prendre des décisions et taper du poing sur la table : OK, on va là ou pas ? Si on veut autoriser des bateaux entièrement autopilotés dans vingt ans, on y va, ça ne me pose pas de problème, je suis un technicien. En plus, j'aurai 82 ans ! Donc ça me va bien d'être devant mon écran en train de faire le Vendée Globe avec deux manettes et Anne (sa femme) qui me fait la cuisine ! Je vais à l'extrême car c'est une réalité qui peut arriver. Au moins celui qui sera dessus n'aura pas peur. À un moment, la limite ce sera l'être humain, l'acceptation à se faire mal sera limitateur dans la vitesse. On l'a vu cette année déjà. À un moment c'est tellement dur. Tu peux aller à 300 km/h dans ta bagnole pendant un quart d'heure, si on te demande de le faire pendant dix jours, ce n'est pas la machine qui va refuser, c'est toi. L'outil doit être au service de l'homme, pas l'inverse. Si l'homme ne sait plus utiliser la machine... C'est à certains dirigeants de prendre de bonnes décisions. Je ne suis pas sûr qu'il y ait une évolution positive de l'être humain. » De plus, Jean Le Cam aspire à rendre le Vendée Globe accessible au plus grand nombre, notamment la nouvelle génération. Voilà pourquoi il planche « sur un modèle économique plus accessible, avec des nouvelles technologies au niveau des carènes, forcément plus léger, plus maîtrisable et qui donne le choix à la nouvelle génération de revenir dans un système. Quand un système commence à n'avoir plus qu'une élite et derrière il n'y a plus rien, ou un non choix. La performance n'est pas que dans la technologie, le facteur humain reste une valeur essentielle. Pouvoir s'entraîner plus sur l'eau que de faire des calculs de structure et réparer ce qu'on a cassé pour faire des essais. Voilà l'objectif qu'on monte pour 2024. Faire a minima trois bateaux de ce type-là sans aller en concurrence avec ce qui existe. On essaie de créer un choix, une accessibilité différente pour un futur. » L'idée est de mutualiser les moyens. Marin décalé lui aussi, et proche de Jean Le Cam, Eric Bellion (9e du Vendée Globe en 2017 sur Comme un seul homme) participe aussi au projet. Prochaine étape, la Légion d'honneur, le 6 décembre à l'Elysée En parallèle et comme il l'avait fait sur le dernier Vendée Globe avec Damien Seguin, Jean Le Cam épaulera pour le Vendée Globe 2024 Benjamin Ferré, qui a racheté Banque-Populaire sur lequel Clarisse Crémer a bouclé la précédente boucle en 12e position. Bref, comme il le dit, « avec tout ça je ne suis pas à la retraite ! Déjà que les week-ends devraient faire quatre jours ! » Et comme s'il craignait de s'ennuyer, le skipper a acheté récemment un Swan 59 de 1986 qui sera loué en vue d'un tour du monde en équipage avec quatre escales, dont le départ est prévu en septembre 2023. « Mais il n'est pas prévu que je fasse une étape, car en septembre 2023 on sera à la veille de la transat Jacques-Vabre (départ en novembre). » Qu'il courra sur son nouveau bateau, dont la mise à l'eau est envisagée fin 2022. D'ici là, Jean Le Cam a un autre un rendez-vous prestigieux : le 6 décembre prochain, Emmanuel Macron doit lui remettre la légion d'honneur, ainsi qu'à Yannick Bestaven, le vainqueur du Vendée Globe 2020-2021. On se souvient que le président avait échangé en direct avec Le Cam et Escoffier après le sauvetage et qu'il s'était dit fan de Jean Le Cam. Voilà de quoi encore toucher ce grand pudique devenu coqueluche nationale après son acte héroïque : « Ben j'ai des fans partout, même à l'Élysée. Anne a appelé un conseiller pour dire que j'aimerais que ce soit lui qui me remette la médaille. Le gars de l'Élysée lui a dit : "Mais de toute façon M. Macron a décidé qu'il remettrait personnellement la médaille à Jean Le Cam et à Yannick Bestaven." Bon ben comme ça c'est bien. » Une énième pirouete pour un nouvel éclat de rire partagé. lire aussi Toute l'actualité de la voile

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