Voile - Vendée Globe - Maxime Sorel : « Accepter d'avoir du temps » sur le Vendée Globe

L'Equipe.fr
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Le jeune skipper de V and B-Mayenne, Maxime Sorel, beau 10e du Vendée Globe, a découvert qu'en sus des caps géographiques, un cap mental se devait d'être dépassé durant la course. C'était le tour de l'Île de Groix et pas le Tour du monde. C'était en équipage mais pas en solo. Ce n'était qu'un petit plaisir de fin d'été, il y a quelques mois, mais dans les vents évanescents, comme s'il revendiquait une légitimité, Maxime Sorel et son dragon dans la grand-voile aux couleurs de V and B-Mayenne, s'était immiscé parmi les favoris de la course, seulement devancé par Kevin Escoffier et Charlie Dalin. Un podium même pour le fun ça fait toujours du bien. À bord, entre deux manoeuvres il notait qu'il « gagnerait plus d'argent à couler du béton », lui qui est ingénieur. Mais son vrai destin, à 34 ans, c'est la voile, et sa dixième place surprise qu'il occupe actuellement sur le Vendée Globe, sans foils, sur un bateau relique sauvé de tout, son bien-être aussi, le confirme. Petite conversation, reçu cinq sur cinq, depuis le bout du monde. « Êtes-vous heureux ?
Carrément. Et pourtant on n'a pas toujours eu les conditions rêvées. Là, par exemple, je ne suis pas encore totalement amoureux des mers du Sud. Il me tarde de profiter de grandes glissades sur de belles houles. Ce n'est pas ce qu'on m'avait vendu. On ne m'a pas menti, certes, sur la couleur du plafond du tunnel, et sur la température qu'il fait à l'intérieur. Déjà qu'il a fallu se battre dix jours dans l'Indien. Et là en plus on nous promet du près. J'aimerais tant avoir un train de dépressions dans le bon sens. On ne va pas vite... Cette météo ne correspond pas en effet aux habitudes. Mais l'avez-vous néanmoins travaillée avant le départ avec votre conseiller Christian Dumard ?
On l'a évoqué, mais ce n'est pas un cas d'école, pas un schéma classique, il y avait plus essentiel à travailler. C'est une édition très particulière, on est là quand il ne faudrait pas y être. C'est la faute à pas de chance. La ligne des glaces, qui vous contraint à rester assez Nord, vous empêche de jouer...
C'est contraignant. Tu peux te retrouver avec une dépression aux fesses et ne pas pouvoir t'échapper au Sud et tu vas te retrouver obligé de la subir. C'est presque de l'insécurité. Faut anticiper, ne pas se laisser surprendre, ne pas se retrouver coincé. Avant, il y avait un système de porte mais les gars redescendaient très sud entre deux et rencontraient les glaces. Je crois qu'il n'y a pas d'autre solution. À propos de position, dixième, à moins de 600 milles de la tête, c'est au-delà de vos espérances ?
Je me souviens d'une conversation où je disais, en parlant de l'éventualité d'avoir des foils, que douzième ou quinzième, ça ne changeait pas grand-chose. Et oui, je suis dans les dix... La météo a clairement favorisé les bateaux moins extrêmes, il y a eu de la casse aussi. Ça nous pousse à avoir une réflexion sur l'avenir. Faut-il limiter les foils ? Doivent-ils être monotype ?

lire aussi La « foil » aventure Votre bateau, même sans foils, a connu bien des déboires par le passé, il avait même failli couler avec Thomas Ruyant, êtes-vous en confiance avec lui ?
C'est le sister-ship de celui d'Escoffier, et aussi de Joschke, sans foils, mais qu'on a beaucoup renforcé. Quand Kevin a eu ses problèmes, y a eu des réunions entre les équipes et les architectes. J'ai compris qu'il ne fallait pas se planter dans une vague à vingt-cinq noeuds, qu'il fallait donc lever le pied. Je cherchais même à dérégler le bateau pour qu'il avance moins vite. Je n'ai pas perdu confiance, je suis bien avec. Vous n'avez pas rencontré de gros problèmes ?
Là, j'ai un hydro-générateur en carafe, j'ai eu une collision avec quelque chose qui a provoqué une fuite de gasoil et je suis un peu à court, j'ai aussi une fuite d'eau dans le moteur, deux ou trois bricoles, rien d'anormal, c'est le boulot. Vous êtes surtout monté au mât plusieurs fois...
Six fois. Normalement ça ne me dérange pas trop, mais en mer, avec le clapot croisé, c'est une autre histoire. Monter à trente mètres au-dessus de l'eau, déjà ça prend un quart d'heure à vingt, vingt-cinq minutes, tu es ballotté, tu te prends des coups, tu en ressors avec des égratignures, des hématomes et des bleus partout. Même mon casque a été abîmé. En plus, il y a le stress de voir ton pilote automatique faire n'importe quoi et de partir en surf. Plus savoir si tu vas réussir à réparer ou pas. Pour mon J2 (NDLR : une voile importante) j'ai dû monter trois fois, l'affaler, la plier pour la rentrer, dix centimètres par dix centimètres, ce qui m'a pris 2h20, pour commencer un atelier couture, ce qui en tout m'a pris 21 heures. Ça te fracasse. lire aussi La montée en haut du mât, exercice redoutable et redouté Mais à la fin, vous êtes fiers de vous ?
Je suis plutôt un insatisfait de nature, même quand je suis devant (NDLR : il a gagné le classement des Class40 sur la transat Jacques Vabre 2017) je trouve que je ne suis pas assez devant. Mais j'avoue que m'être battu comme un ours pour réparer ma voile, c'était satisfaisant. « On est encore trop jeunes et trop petits pour construire nous-mêmes » Êtes-vous déjà comme certains de vos petits camarades à acheter un nouveau bateau pour le coup d'après ?
Je suis même sur mon tableau à faire des projections de projets. Ce bateau-là, qui appartient à un investisseur, un ami, que j'avais rencontré quand j'étais dans les travaux publics, est à vendre (950 000 euros). Mes partenaires doivent se réunir entre les fêtes. On est encore trop jeunes et trop petits pour construire nous-mêmes, on regarde ce qu'on peut acheter pour jouer les avant-postes. Donc vous aimez ?
Dans la descente de l'Atlantique, je me suis ennuyé et j'ai écrit un texte introspectif pour essayer d'analyser. Maintenant c'est bon, j'ai compris, c'est bien aussi d'accepter d'avoir du temps, de ne pas être à 3000 pour cent sur les réglages comme sur une transat. Il y a trois caps sur le parcours, mais en fait il y en a un quatrième, mental, c'est celui-là qu'il faut réussir à franchir, et c'est peut-être le plus dur. Noël du sens pour vous ?
J'adore Noël. Je ne suis pas souvent chez moi, alors d'habitude, j'aime bien me retrouver trois ou quatre jours en famille, par exemple chez mon frère (NDLR : qui est aussi son team-manager) à la montagne. Là on va le faire en visio. J'ai choisi. Mais je crois comprendre que pour vous, à terre, ça ne va pas être simple. Alors je ne vais peut-être pas rater grand-chose. C'est pas mal ici. Même la nuit, puisqu'on est dans le grand sud, il y a encore de la lumière, tu peux sortir sur le pont sans lampe frontale, c'est beau. »