Walid Regragui (Maroc) : « Les Espagnols font mal à l'adversaire, mais aussi au public ! »

Ancien joueur du Racing Santander (2004-2007), le sélectionneur des Lions de l'Atlas Walid Regragui est ravi de retrouver une culture de jeu qu'il connaît par coeur. Il s'est même permis de taquiner les Espagnols, avant le huitième de finale de la Coupe du monde, mercredi (16h).

« Quel est votre état d'esprit au moment d'affronter l'Espagne en huitièmes de finale ?
Ça va être un match très difficile, on tombe contre une des meilleures équipes du monde, sur le plan footballistique, un des favoris pour la victoire finale. En étant premier plutôt que second du groupe, l'équipe a eu un jour de plus pour la récupération. Si on arrive à éliminer l'Espagne, ce sera une belle surprise pour nous et pour le pays. Mon message à l'attention du groupe est clair depuis le début. On joue une quatrième finale.

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Est-ce particulier d'affronter un pays voisin comme l'Espagne ?
On a des joueurs qui sont originaires d'Espagne (comme Hakimi, ndlr), qui évoluent en Espagne (En-Nesyri et Bounou à Séville, Ezzalzouli à Osasuna, ndlr), c'est un pays cher aux Marocains, on aime le football espagnol. Je suis fan de cette culture, même si je cherche à en développer une particulière pour le Maroc, nous devons avoir aussi la nôtre. Les Espagnols ont toujours le même style de jeu, mais ils arrivent toujours à poser de grands problèmes.

Pouvez-vous développer ?

Je ne vois pas de faiblesses dans cette équipe espagnole. Ils savent ce qu'ils proposent, ils sont d'une patience infinie. Ils font mal à l'adversaire, mais aussi au public ! Face à cette équipe, il faut être fort dans la tête et attendre le bon moment pour les contrer. Tu sais comment se déroule leur plan : ''Tac tac tac, Laporte qui donne à Rodri, Rodri qui donne à Busquets, Busquets qui donne à Alba, etc.'' Puis ils trouvent la faille !

Ils sont à 70 % de possession sur le premier tour, en ayant joué l'Allemagne. Après, la possession rapporte-t-elle toujours des points ? Je ne sais pas, il faudrait demander à la FIFA si ça donne des points en plus... On a laissé le ballon à la Croatie ou la Belgique, le Japon a eu 17 % de possession contre l'Espagne, ils gagnent, 20 % contre Allemagne, ils gagnent. Dans le football moderne, des gens veulent le ballon, d'autres ne le veulent pas. Demain (mercredi), on espère surtout que l'Espagne ne saura pas quoi faire avec.

Comment les contrer ?
J'ai bien aimé notre seconde période contre le Canada (2-1, jeudi dernier). Nous étions en difficulté, et j'ai pu jauger le groupe, qui était en difficulté, acculé, voir son niveau de concentration. Malgré la pression de la première place du groupe, on a montré de la détermination, on a couru. Je m'attends à ce type de scénario contre l'Espagne. Sera-t-on capable de répéter ça sur 90 minutes ?

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Que pensez-vous de Luis Enrique, qui a permis à ses joueurs de s'aérer un peu après la phase de poules ?
J'ai aussi donné un peu de repos à nos joueurs, après la qualification. J'aime beaucoup Luis Enrique, sa personnalité, sa façon de gérer la pression. Il désacralise un peu ce qu'est le football, moi aussi, je devrais me mettre sur Twitch, d'ailleurs ! Je suis content d'affronter un grand entraîneur comme lui.

Après le match nul du Mondial 2018 (2-2), entaché par quelques polémiques liées à l'arbitrage, existe-t-il un sentiment de revanche au sein de votre groupe ?
Revanche, non, il n'y a aucune revanche. Je le dis aux joueurs : ''On a une nouvelle génération, une nouvelle mentalité.'' Stop à la négativité du passé, on avance. Ce sera un match entre deux belles équipes, le mode revanche, ça ne fonctionne pas très bien, selon moi. Le match de 2018 n'a plus d'importance, je ne vais pas me focaliser sur l'arbitrage ou tel autre aspect.

Ici, il y a les meilleurs arbitres du monde. Des piques en Espagne sur notre peuple ? Jusqu'à preuve du contraire, notre passeport, il est vert, personne ne peut nous l'enlever. Mes joueurs n'ont pas besoin de cela, tout ce qui se passe à côté est de bonne guerre, mais ça ne m'intéresse pas.

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Avez-vous évoqué l'aspect historique de ce match avec vos hommes, 36 ans après la défaite contre l'Allemagne en huitièmes de finale au Mexique ?
J'espère que dans le futur, il y aura des matches encore plus importants que cette rencontre face à l'Espagne. La partie de 1986, on ne peut plus la rejouer et aller en quart. Nous avons vingt-quatre heures pour se préparer et entrer dans l'Histoire. Mentalement, on ne doit pas avoir de regrets. Il faut donc trouver un équilibre entre « match pour l'Histoire » mais aussi dédramatiser et ne pas accumuler la pression.

Quelle est l'importance de l'expérimenté défenseur central Romain Saïss ?
Romain est notre capitaine, il est fondamental dans le vestiaire. J'étais adjoint à Clermont quand il a été appelé pour sa première sélection, en 2012. C'est un joueur sous-coté, c'est vraiment bien qu'il puisse être reconnu à sa juste valeur sur une Coupe du monde.

Quel est l'état de forme du milieu Azzedine Ounahi ?
Il y a beaucoup d'incertitudes physiques depuis le début de la Coupe du monde, et on prend à chaque fois la décision le jour du match pour les joueurs concernés (Hakimi, Bounou, Mazraoui, Amallah, ndlr). Azzedine se prépare pour jouer, s'il est à 100 %, il entrera sur la pelouse, sinon quelqu'un le remplacera. Notre fonctionnement est clair sur ce point. »

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