Avec Warmshowers, les cyclotouristes ont leur réseau solidaire

En France, il existe 17 000 kilomètres d'itinéraires aménagés adaptés au cyclotourisme. (Wikipedia Commons)

Fort de la popularité nouvelle du cyclotourisme, l'organisation américaine Warmshowers, qui met en relation les cyclistes voyageurs à la recherche d'un hébergement ou d'un coup de main, connaît un nouvel essor.

Depuis la pandémie de Covid-19, le cyclotourisme n'en finit plus de faire de nouveaux adeptes : en 2020, 52 % des Français se disaient plus intéressés par cette pratique que l'année précédente. Petit à petit, cette nouvelle génération de voyageurs à deux roues découvre et s'approprie les réseaux d'entraide mis en place par les anciens depuis plusieurs décennies. À l'image de Warmshowers (« douches chaudes » en anglais), un service d'hospitalité à but non lucratif destiné aux cyclistes, qui a fait des centaines de milliers d'adeptes depuis sa création en 1993 et enregistré une recrudescence d'inscriptions ces derniers mois.

Un modèle similaire au couch surfingSur un modèle ressemblant à s'y méprendre au couch surfing (même si sa création est de six ans antérieure), Warmshowers est une plateforme basée sur l'économie du don. Via son site web ou son application, des cyclotouristes peuvent contacter des hôtes dans les villes qu'ils visitent, qui les accueillent ensuite « selon leurs propres termes » mais sans leur demander la moindre rémunération. Si elle a d'abord vu le jour aux États-Unis, l'organisation, qui se finance uniquement via des donations et les frais de la première inscription sur le site, est désormais présente aux quatre coins du monde.

« Les hôtes ouvrent leurs portes à des gens fatigués et vulnérables, auxquels ils offrent une aide à la hauteur de leur moyen : une maison, une chambre, une douche, un repas..., s'enthousiasme Tahverlee Anglen, directrice exécutive de l'organisation. Le principal avantage de Warmshowers, c'est la sensation d'être comme chez soi alors qu'on est loin de sa maison. » À l'origine créé par un couple de Canadiens, Terry Zmrhal et Geoff Cashmen, qui souhaitaient simplement regrouper dans un tableur Excel leurs rencontres faites au gré des voyages à vélo, Warmshowers s'est au fil du temps bâti sa communauté.

« Un désir de créer des connexions »« Nos utilisateurs ont un désir commun de se créer des connexions, explique Anglen. Ils veulent se détacher de la technologie, de voyager seul mais tout en rencontrant des gens. » « Dans le voyage à vélo, les paysages c'est bien, mais l'échange, les rencontres qu'on fait avec les gens, c'est ce qu'il y a de mieux, confirme Rémi Laurent, 36 ans. Quand je voyage avec Warmshowers, c'est un voyage vers les gens et avec les gens. » Inscrit sur la plateforme en 2013, ce Québécois a d'abord profité de l'hospitalité de locaux lors de voyages en Asie, avant de devenir à son tour hôte chez lui, à Montréal.

De son premier hébergement, « dans un appartement à Istanbul avec un balcon et vue sur le détroit du Bosphore, avec un jeune hôte qui venait d'être interdit d'université pour avoir manifesté sur la place Taksim », au plus marquant, « un vieil appartement soviétique en Ouzbékistan, la mère de la famille parlait seulement russe mais elle a pleuré quand on est parti », il a gardé un souvenir de chaque voyage. « Au total, j'ai dû dormir chez plus d'une cinquantaine de personnes, mais ce sont tous des moments uniques », se remémore celui qui est désormais devenu administrateur de Warmshowers. « Et dès que je suis redevenu sédentaire, j'ai commencé à être hôte. Il y a une envie de redonner, parce qu'on a reçu tellement... »

Un réseau mondialiséComme lui, ils étaient 104 000 hôtes à être inscrits sur le site en avril 2021, lors du dernier recensement rendu public, sur un total de 161 000 membres. Répartis parmi 161 pays, les potentiels hébergeurs sont toutefois majoritairement concentrés aux États-Unis et en Europe occidentale, France comprise. « Évidemment, on n'a pas encore d'hôte dans chaque ville du monde, même si on y travaille, assure Anglen. De toute façon, nous sommes une initiative qui est là pour aider dans le voyage, pas pour être l'axe principal. Personne ne doit partir avec l'idée de faire un voyage de trois semaines et de se dire que l'on aura un hébergement Warmshowers à chaque arrêt. »

À l'avenir, cela sera peut-être possible : depuis les confinements, l'organisation connaît un net regain d'intérêt. « Pendant la pandémie, on se disait qu'il y aurait moins de voyages, mais ça a au contraire créé une envie de connexions, conclut la dirigeante. Le cyclotourisme est une manière rafraîchissante de découvrir le monde, tout en ayant conscience des problèmes environnementaux actuels. Et je pense que ça ne va qu'augmenter avec le temps. »