Y a-t-il quelque chose de pourri dans le royaume du tennis ?

Rafael Nadal domine Denis Shapovalov et offre la Coupe Davis à l'Espagne (Photo by GABRIEL BOUYS / AFP)
Rafael Nadal domine Denis Shapovalov et offre la Coupe Davis à l'Espagne (Photo by GABRIEL BOUYS / AFP)

Toutes les critiques se cristallisent sur Gérard Piqué comme le grand méchant qui a détruit l’esprit de la Coupe Davis. Comment a-t-il osé désosser cette épreuve de plus de cent ans ? Comment a-t-il osé piétiner l’esprit de cette compétition en l’organisant dans un seul pays alors que la Coupe Davis est la négation même du terrain neutre et se nourrissait des échanges de lieux entre nations concernées ? Et attention, pas dans n’importe quel pays mais chez lui, en Espagne ! Oh le fourbe, le sournois.

Et qui gagne ? L’Espagne, chez elle, à domicile ! Étonnant non ! L’Espagne emmenée par 2 tops 10 (Nadal et Bautista Agut) qui a toujours joué à guichets fermés, portée par 12 000 aficionados survoltés qui ont envahi les tribunes pour porter leur invincible Rafa et leur équipe, tout en snobant les rencontres des autres pays qui se sont affrontés dans des salles aux trois quarts vides à te déprimer le coup droit.

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Où est la morale sportive dans tout ça ? Rendez-vous compte que pour la finale, il y avait 12 200 supporters ibères pour 200 Canadiens qui étaient là parce qu’ils ont été aidés financièrement par la fédération canadienne pour pouvoir accompagner leurs joueurs pendant toute la semaine. Lors de la demi-finale, l’équipe de Grande-Bretagne a même essayé d’enrayer ce déséquilibre en offrant quelques mille tickets à leurs concitoyens.

Et cerise sur le gâteau, ou plutôt moule sur la paëlla, cette nouvelle Coupe Davis se jouera à Madrid non pas jusqu’en 2020 comme on nous l’avait annoncé, mais jusqu’en 2021. Bonjour l’équité.

Gérard Piqué était présent lors de cette finale de Coupe Davis (Photo by JAVIER SORIANO / AFP)
Gérard Piqué était présent lors de cette finale de Coupe Davis (Photo by JAVIER SORIANO / AFP)

Mais est-ce la faute de Gérard Piqué tout ça ? Non.

Le joueur de Barcelone a profité de l’inertie de la Fédération Internationale de Tennis, engluée dans des bras de fer politiques stériles, qui sentait bien qu’il fallait changer quelque chose mais qui ne proposait rien. Alors un investisseur extérieur qui débarque en proposant un contrat de 3 milliards de dollars sur 25 ans, vous imaginez l’aubaine. Vas-y Gégé, fais ce qu’il te plait, c’est toi l’banquier.

C’est d’ailleurs ce qu’il se passe dans le royaume du tennis depuis quelques temps. Federer qui crée sa Laver Cup à coups de centaines de millions en pleine saison tennistique avec l’aval de l’ATP (Association des Tennismen Professionnels) ; l’Open d’Australie qui décide tout seul de faire un super tie-break de 10 points à 6 jeux partout au 5ème set ; Wimbledon qui se fait sa petite règle dans son coin en décrétant qu’à 12-12 dans le dernier set, on arrête les frais, hop un tie-break ; l’Open d’Australie encore avec la Fédération australienne qui se la jouent solo en créant l’ATP Cup qui n’est ni plus ni moins qu’un copié-collé de la Piqué Cup mais avec des points comptant pour le classement mondial… Quel foutoir ! On n’y comprend plus rien.

Par pitié, pour l’avenir du tennis, entendez-vous messieurs les dirigeants, les présidents, les agents, les légendes. Oubliez vos guéguerres politico-économiques et remettez de l’ordre dans un sport qui perd ses repères historiques, ses fans et ses licenciés. Parce qu’à vouloir tout changer, vous faites n’importe quoi. Même si tout n’est pas à jeter dans cette nouvelle Coupe Davis qui a offert des moments d’intenses émotions et de purs tennis. Il va falloir améliorer beaucoup de choses (notamment modifier son nom) mais ça, c’est votre boulot. Ne laissez pas moisir votre Royaume.


Benoit Maylin

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