Yamaha n'a pas obtenu avec Lorenzo "le feedback attendu"

Léna Buffa
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L'annonce du recrutement de Cal Crutchlow au poste de pilote essayeur pour 2021 a confirmé la sortie par la petite porte de du programme Yamaha. Revenu à Iwata l'hiver dernier avec l'ambition de développer la version actuelle de la moto avec laquelle il a remporté ses trois titres MotoGP, mais aussi de la piloter en course grâce à des wild-cards, l'Espagnol s'est en réalité enfermé dans un rôle qu'il n'a pas réellement pu tenir, coronavirus oblige. Après une année inactive et globalement très peu utile pour le constructeur, il se voit préférer un pilote plus frais.

Lorenzo n'aura finalement été vu que deux fois en piste cette année. D'abord en février à Sepang, pour un roulage de remise en jambe avec la version 2019 de la M1, qui aurait dû être suivi au printemps par de véritables tests puis une participation au GP de Catalogne, des projets finalement annulés par le COVID-19. Puis en octobre à Portimão, pour préparer le Grand Prix qu'y disputeront les pilotes officiels cette semaine.

Après avoir eu la mauvaise surprise de découvrir que c'était à nouveau l'ancienne version de la machine qui l'attendait au stand, le #99 s'est fait remarquer par des performances très faibles, que lui-même a expliquées par son manque d'entraînement, huit mois d'inactivité ayant séparé ses deux roulages. Dans la foulée, lorsque Yamaha a eu besoin de remplacer dans le cadre d'un Grand Prix, c'est vers un jeune pilote Superbike que la marque s'est tournée, et non vers son testeur de luxe, un choix qui en disait déjà long sur la dégradation de la relation.

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Yamaha n'a fourni que peu d'explications sur le sujet, mais Massimo Meregalli n'a pas caché que ce test portugais avait été révélateur. "Jorge ne s'est clairement pas entraîné car il ne pensait faire aucun test avant la fin de l'année", a expliqué le directeur de l'équipe officielle Yamaha à DAZN, cherchant ses mots. "Ce que nous attendions de la part d'un pilote d'essais, nous ne l'avons probablement pas obtenu. Quand nous avons fait le test à Portimão, nous avons vu que ce n'était pas... Je sais que nous lui avions dit qu'il ne ferait plus de test. Nous n'avons pas obtenu le feedback que nous attendions."

"Pour 2021, nous avons discuté avec Lorenzo, nous avons même pensé poursuivre ensemble", souligne quant à lui Lin Jarvis auprès de Sky Italia. Mais le patron de Yamaha Motor Racing admet lui aussi que la collaboration avec le pilote espagnol s'est révélée décevante. "Nous avons pensé qu'il nous fallait améliorer le test team. Cette année a été très difficile. Jorge n'a effectué que deux journées d'essais à Sepang, puis les plans ont malheureusement été annulés par la crise du COVID-19. Nous n'avons pas eu la possibilité de faire de belles choses avec Lorenzo, et le test à Portimão ne s'est pas bien passé. C'est dommage pour les résultats, ça aurait pu beaucoup mieux se passer, et nous avons perdu la possibilité de tester de nombreuses choses."

Après avoir tenté de recruter que s'est finalement orienté Yamaha. "Une nouvelle opportunité s'est présentée et nous avons pensé que c'était la direction à prendre", explique Meregalli. "La décision de [recruter] Cal, nous l'avons prise d'un commun accord. Il a fait preuve d'un grand d'intérêt. Il avait déjà en tête de passer de pilote de course à pilote d'essais. Nous sommes sûrs qu'avec son expérience et sa vitesse, nous pouvons faire du très bon travail. Nous sommes convaincus que si le COVID-19 le permet, les choses seront différentes de cette année."

Lin Jarvis a par ailleurs précisé que l'Anglais n'a signé pour le moment que pour 2021, mais qu'il s'attend "à ce qu'il continue les saisons suivantes". Meneur des trois derniers titres de Yamaha (en 2010, 2012 et 2015) et vainqueur 44 fois en neuf saisons avec la marque d'Iwata, Jorge Lorenzo a quant à lui révélé récemment avoir reçu une offre d'Aprilia.

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Rossi veut un "programme sérieux" pour un test team européen

Fervent soutien de l'option Dovizioso, Valentino Rossi a, comme ses collègues, accueilli avec espoir malgré tout l'arrivée de Crutchlow, un pilote qui aura le mérite de pouvoir s'appuyer sur une expérience très fraîche de la compétition et d'avoir travaillé durant son parcours avec trois marques (les mêmes que Lorenzo et Dovizioso), à savoir Honda, Ducati, et déjà par le passé Yamaha. Mais pour le #46, ce qui compte plus globalement c'est que le constructeur fasse le nécessaire pour enrichir son programme de tests afin de se porter à la hauteur de la concurrence. Il en appelle à "un programme sérieux de test team", quel que soit son meneur.

"Il y a avant tout un problème de base, qui est que jusqu'en 2020 toutes les autres motos avaient un test team très actif qui roulait en Europe, avec des pilotes européens. Mais le problème est que Yamaha n'avait pas ce team", déplore Rossi. "Il y en avait un au Japon, qui roulait avec des pilotes japonais. Mais ce n'est pas le plus gros problème, c'est plutôt qu'ils roulaient au Japon sur des pistes sur lesquelles je suis allé et qui n'ont rien à voir avec des pistes européennes. Il faut rouler avec les pneus que nous avons, nous, et sur les pistes où nous courons, nous."

"On a donc poussé comme des fous pour avoir ce team. Lorenzo est arrivé, mais le problème c'est qu'il a fait une journée en Malaisie, ensuite le COVID-19 a mis tout à l'arrêt, puis il a fait une autre journée huit mois plus tard à Portimão. Lorenzo, le pauvre, il n'a plus travaillé. Donc à mon avis, la première chose à faire pour l'année prochaine c'est que Yamaha ait une équipe sérieuse en Europe pour les tests."

"J'aurais beaucoup aimé que le pilote d'essais soit Dovizioso qui est un pilote très rapide et également très sensible, doté d'une grande expérience, mais Crutchlow aussi a couru jusqu'à cette année, et s'il la motivation et l'envie c'est un pilote qui peut mener la moto à la limite."

Avec Carlos Guil Iglesias