Yannick Borel, champion d'Europe pour la quatrième fois : « J'ai su me remettre en question »

À Tokyo, Yannick Borel avait été éliminé dès son entrée en lice. (L. Argueyrolles/L'Équipe)

Après des JO ratés à Tokyo, l'épéiste Yannick Borel a retrouvé le succès dimanche à Antalya, pour sa quatrième couronne européenne.

« Vous voilà champion d'Europe pour la quatrième fois de votre carrière, après une finale implacable contre le Néerlandais Tristan Tulen (15-1)...
Je l'avais rencontré quelques fois et je l'avais plus souvent battu qu'il ne m'avait battu. Comme c'était une finale, je me suis juste dit : « ne le laisse pas espérer. Il faut que tu tues tout espoir en lui ». Dans ce genre de situation, en finale, si le mec commence à espérer, tu peux jouer le titre à la mort subite et je ne voulais pas d'un 50-50 comme ça. Je voulais que mon match soit construit de A à Z pour avoir une quatrième victoire aux Europes. Quatre en cinq éditions ! (les éditions 2020 et 2021 ayant été annulées à cause du Covid, Borel a remporté le titre en 2016, 2017, 2018 et 2022)

« Il faut faire attention dans un championnat comme ça. Tous les mecs y croient, c'est une journée, on ne sait jamais ce qui peut arriver »

Le début de votre journée n'avait pourtant pas été facile...
Réveil, 5h45. Navette pour la salle, 6h45... Je savais que ça allait être une longue journée. Et les poules, ça a été compliqué ! Mais pour tout le monde, je pense : il y a même un Italien qui est dans les 16 meilleurs mondiaux qui saute à ce stade-là (Cimini). Dès mon premier match, je suis mené 4-2, je me bats pour revenir et gagner. Et heureusement : au final, je fais trois victoires pour trois défaites. Chaque touche était importante. Et au moins, avec le caractère, je me suis battu pour montrer que j'allais être au combat. J'ai aussi beaucoup pensé à mon père, comme c'était la fête des pères... Ceux qui m'ont battu là, ils m'ont vraiment battu. Puis je savais que le tableau, ça serait du hasard, tellement les poules rebattent les cartes.

Vous avez hérité d'adversaires au palmarès établi ?
J'ai eu un tableau compliqué. Déjà, j'ai dû tirer un tour supplémentaire, un tableau de 128. Ça promettait sept matches dans la journée. Puis en 32e, je prends le vainqueur de la dernière épreuve en date de Coupe du monde, Stankevych. Puis j'enchaîne contre un membre des 16 meilleurs mondiaux, Vismara. Puis deux médaillés mondiaux, Jorgensen (bronze en 2015) et Schmidt (bronze 2017). En demie, c'est Heinzer, plusieurs fois médaillé aux Europe (trois de bronze et deux d'argent)... Il faut faire attention dans un championnat comme ça, tous les mecs y croient, c'est une journée, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tout le monde se dit : « c'est une de mes dernières chances, il faut que je donne tout ». Alors tu respectes tes adversaires, et j'ai trouvé la clé à chaque fois.

« J'ai pris une option tactique. Je suis souvent attendu sur de l'offensif. Je ne peux pas me jeter sur les mecs, parce qu'on me connaît très bien sur le circuit, on m'étudie à la vidéo, je m'en suis rendu compte aux Jeux »

Avec un match très particulier contre l'Allemand Schmidt, où vous avez été longtemps attentiste.
J'ai pris une option tactique. Je suis souvent attendu sur de l'offensif. Je ne peux pas me jeter sur les mecs, parce qu'on me connaît très bien sur le circuit, on m'étudie à la vidéo, je m'en suis rendu compte aux Jeux par exemple (défaite en 16e de finale). J'en ai conscience. Il me faut surprendre différemment. J'ai les armes offensives, défensives, contre-offensives. Si mon adversaire ne sait plus où m'attendre, c'est plus compliqué pour lui !

Ce titre vous remet-il définitivement d'aplomb après les JO 2021 ratés ?
Ça fait du bien. Ça montre que j'ai su me remettre en question, en profondeur, à tous les niveaux, perso, escrime, physique, parce que ces deux défaites à Tokyo ont fait mal. Je me suis demandé comment mettre le maximum de chances de mon côté pour répéter la perf'. Je n'ai plus beaucoup de temps, je pense, je suis plutôt sur la fin de ma carrière, à 33 ans. Après les Jeux de Paris, je ne sais pas ce qui va se passer... Donc je ne dois pas avoir de regrets, et maintenant je ne calcule plus. « Là, il faut que je me cache, là il ne faut pas que je fasse de podium ». Non ! Si je gagne, je gagne ! ».

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