Youri Djorkaeff : « Ça va être un Mondial incroyable »

Youri Djorkaeff, champion du monde 1998. (Christophe Negrel/L'Équipe)

Champion du monde avec les Bleus en 1998, Youri Djorkaeff attend beaucoup de la Coupe du monde au Qatar. « On est en novembre, pas en fin de saison et les joueurs sont à bloc », assure-t-il.

« Comment les Bleus doivent-ils aborder cette Coupe du monde en novembre ?
Il y a un facteur que l'on n'a pas mis en lumière, c'est ce manque de préparation, ce peu de temps avant cette Coupe du monde en novembre. Dans le cas de l'équipe de France, où il y a beaucoup de blessures, où il y a eu des histoires, je pense que c'est bien de rentrer tout de suite dans le coeur du sujet. Entre l'Euro et la Coupe du monde, j'ai disputé quatre phases finales... Tu perds des joueurs dans cette longue préparation : les gars qui sont des phénomènes dans leurs clubs et qui pendant ce stage gambergent pendant les deux, trois semaines qui précèdent la compétition.

La pression monte, tu la sens vraiment. Tu as des mecs qui arrivent avec assurance, les meilleurs buteurs, les meilleurs défenseurs, et plus la compétition approche, moins ils en ont... et une semaine avant le tournoi, tu sais qu'ils ne vont pas jouer beaucoup. Tous les jours tu te demandes : ''est-ce que je vais jouer ou pas ? Dans quelle position ?'' Psychologiquement c'est difficile. C'est pour ça qu'à la fin l'équipe se faisait naturellement. Tu perds ceux qui ne sont pas prêts à s'élever à un niveau incroyable. En 1998, il y avait une exigence tellement forte que c'était difficile pour les joueurs avec cette compétition naturelle mais forte dans le groupe. Si tu rajoutes la presse, la pression extérieure... Alors aujourd'hui, comme il y a beaucoup d'absents et de nouveaux joueurs, c'est peut-être mieux qu'il n'y ait pas de préparation. Ils vont être confrontés au ''live'' tout de suite.

Pourquoi les tenants du titre ont-ils toujours du mal quatre ans après ?
C'est dur... Il y a une attente autour du tenant du titre complètement différente et très peu d'équipes sont préparées à ça : défendre le titre. On est prêt à partir à la conquête, mais défendre un titre, non. Surtout collectivement. Un joueur de tennis qui défend son titre, est tout seul dans sa bulle et se prépare à ça. Mais défendre un titre de champion du monde de foot, collectivement, c'est bizarre. En quatre ans les groupes évoluent. C'est très compliqué. Même en analysant 2002, je n'aurais pas de formule magique à apporter.

Quels sont les favoris de cette Coupe du monde ?
Brésil, Argentine, France. Ça fait longtemps que les Sud-Américains n'ont pas gagné (le Brésil en 2002, l'Argentine n'a pas été sacrée depuis 1986). Ça va être un Mondial incroyable, on est en novembre, pas en fin de saison et les joueurs sont à bloc.

Quand ils ne sont pas blessés...
Oui c'est sûr... Mais normalement tu ne devrais pas être blessé... Tu ne peux pas être blessé là. Quand la saison dernière se termine, ton objectif c'est la Coupe du monde, pas les premiers tours de Ligue des champions ou le Championnat. Celui qui ne se prépare pas pour la Coupe du monde alors qu'elle arrive au bout de trois mois, c'est qu'il a rien compris.

Messi, Neymar, les stars sont déjà prêtes...
Oui, mais ils ne pas seuls dans leurs sélections. Ça fait longtemps que je n'ai pas vu un tel équilibre dans les équipes d'Argentine et du Brésil. Elles ne jouent pas que pour Messi ou Neymar. Avant, en Argentine, on avait l'impression qu'il y avait Messi qui faisait l'équipe et ses copains. Là, il y a vraiment un groupe. J'ai vu aussi le Brésil jouer contre la Tunisie (5-1 en septembre au Parc des Princes). Une chose m'a surpris : après le quatrième but, le sélectionneur Tite est allé embrasser tous les remplaçants ! Là je me suis dit : ''les mecs sont en mission. Ils sont prêts. On va avoir une Coupe du monde intense et de vraies surprises''.

Quelles surprises ?
L'Espagne ou l'Angleterre ».

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