Les syndicats à Matignon, retrait de la réforme des retraites et salaires au menu

Force ouvrière a ouvert le bal mardi de nouvelles rencontres syndicales à Matignon, avec toujours comme première revendication l'abrogation de la réforme des retraites, objet d'une proposition de loi de l'opposition que le gouvernement entend torpiller.

"On a été francs, directs de chaque côté de la table. On a ouvert le bal mais on n'a pas dansé", a déclaré à l'issue de sa rencontre avec Elisabeth Borne le patron de FO, Frédéric Souillot, qui a offert à la Première ministre un insigne rouge réclamant le "retrait" de la réforme, "priorité" du syndicat.

Le responsable syndical a remis les propositions de FO pour "contrer ce que disait le président de la République depuis des mois (sur le fait que) +personne n'a fait de propositions+".

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Il a évoqué ensuite la question des salaires, que FO veut voir indexés sur l'inflation. M. Souillot a demandé un "dégel du point d'indice" des fonctionnaires "à la hauteur de l'inflation", un "coup de pouce au Smic", et que les aides publiques aux entreprises soient "conditionnées" à ces augmentations.

Après une rencontre avec l'intersyndicale début avril qui avait tourné court, Élisabeth Borne -qui souffle mardi sa première bougie à Matignon- reçoit cette fois chacune des cinq organisations représentatives, sans ordre du jour précis, pour la première fois depuis la promulgation de la réforme.

Elle s'entretient dans la soirée avec la CFDT puis, mercredi matin, avec la CFE-CGC et la CFTC, avant la CGT l'après-midi.

- Multilatérale -

Les syndicats seront ensuite reçus en "multilatérale" d'ici la fin du mois, a annoncé le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran.

Mais FO ne veut "pas de calendrier, pas de multilatérale, pas de conférence" sociale. "Aujourd'hui c'est retrait de la réforme, salaires liés à l'inflation". "Il faut juste qu'on prenne les choses par le bon bout", "parler de l'emploi" des seniors, et "on prouvera qu'il n'y a pas besoin" de reculer l'âge de départ pour financer le système des retraites, a dit M. Souillot.

Ces rencontres s'inscrivent dans la feuille de route qu'Emmanuel Macron a confiée à la Première ministre pour relancer l'exécutif après la crise des retraites.

"On va d'abord lui parler des retraites en lui disant qu'il y a un nouveau rendez-vous à l'Assemblée nationale et qu'il faut laisser faire ce rendez-vous", avait déclaré sur France 2 Laurent Berger, numéro un de la CFDT.

Les députés doivent examiner le 8 juin une proposition du groupe indépendant Liot, visant à abroger le recul de l'âge légal de 62 à 64 ans.

"Le 8 c'est le dernier combat. Derrière on passe à juillet-août, ça va être compliqué de faire des mobilisations", a affirmé sur Public Sénat le patron de la CFTC Cyril Chabanier.

- "agenda social" -

L'intersyndicale a redit lundi dans un communiqué son opposition "déterminée" à la réforme, contre laquelle elle organise une 14e journée de grève et de manifestations le 6 juin.

Elle a aussi lancé le site internet jusquauretrait.fr pour appeler les parlementaires à "voter cette loi" Liot, que le gouvernement et la majorité tentent de faire échouer.

Refusant de rompre l'unité affichée sur les retraites, les syndicats préparent aussi des propositions communes, qui seront présentées le 30 mai.

Sur les salaires, la CFDT devrait plaider pour une suspension des exonérations de cotisations pour les branches qui ont des minima inférieurs aux Smic, et la CGT réclamer comme FO une indexation des salaires sur la hausse des prix.

Les organisations patronales, reçues la semaine prochaine, auraient préféré une négociation autonome avec les syndicats avant de voir le gouvernement.

"L'agenda des discussions, il est très large, et nous proposons aux syndicats de le définir", a affirmé M. Véran.

"Il peut s'agir de dispositions de la loi retraite qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel, comme les dispositions sur les emplois-seniors, il peut s'agir d'améliorer les conditions de travail des salariés, d'améliorer les carrières professionnelles, d'améliorer la formation des salaires", a-t-il énuméré.

La Première ministre entend surtout bâtir avec eux un "agenda social" pour un "nouveau pacte de la vie au travail", qui fera l'objet d'un projet de loi présenté en fin d'année ou début 2024.

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